L’US Air Force prépare un campus à 1,057 milliard de dollars pour tester le F-47 à Nellis. Infrastructures, calendrier, financement et enjeux militaires.

En résumé

L’US Air Force prépare la construction d’un campus consacré aux essais opérationnels du Boeing F-47, son futur chasseur de sixième génération, sur la base aérienne de Nellis, près de Las Vegas. Évalué à 1,057 milliard de dollars, ce projet comprend des hangars, des laboratoires sécurisés, un centre de simulation et une vaste aire de stationnement. La consultation publiée le 30 octobre 2026 prévoit une attribution initiale en février 2027 et la livraison des premières installations en mars 2031. Certains bâtiments complémentaires pourraient être terminés en 2032. L’objectif n’est pas de concevoir l’avion sur place, mais de vérifier son efficacité dans des conditions proches du combat, de préparer ses équipages et de développer ses tactiques. Les 730,7 millions de dollars demandés au budget 2027 ne couvrent qu’une partie de l’enveloppe. Le coût se justifie techniquement, sans écarter les risques liés à un programme encore en développement.

Le futur chasseur américain disposera d’un campus d’essais à Nellis

Le 30 octobre 2026, l’US Air Force a publié une consultation officielle pour son « F-47 Future Campus ». Le projet se situe à Nellis Air Force Base, dans le Nevada, à environ 13 kilomètres (8 miles) au nord-est de Las Vegas. Il doit principalement occuper le côté est des pistes.

Le choix est opérationnel. Nellis héberge l’US Air Force Warfare Center, la Weapons School et des unités spécialisées dans les essais tactiques. La base participe déjà à l’évaluation d’appareils comme le F-35 Lightning II.

Le Nevada Test and Training Range offre environ 31 000 km² (12 000 square miles) d’espaces aériens militaires, restreints ou partagés, permettant des exercices associant chasseurs, bombardiers, brouillage électronique et défenses simulées.

Le côté ouest de la base est déjà saturé. Les installations existantes sont occupées et ne répondent pas aux exigences de surface et de sécurité du nouveau programme. Le chantier vise donc à créer une infrastructure autonome, et non à réaménager quelques hangars existants.

Les bâtiments prévus vont bien au-delà d’un simple hangar

La première tranche comprend un ensemble d’opérations et de maintenance d’environ 10 846 m² (116 745 ft²), un laboratoire de reprogrammation de 3 642 m² (39 200 ft²) et un bâtiment de simulation de 3 800 m² (40 903 ft²).

Une aire de stationnement d’environ 107 200 m² (1 154 000 ft²), équipée d’ombrières, accueillera les appareils et leurs moyens de soutien.

Une deuxième tranche reste optionnelle : ateliers pour systèmes carburant, traitement de la corrosion et entretien des revêtements furtifs, entraînement au chargement des armes, formation des mécaniciens, maintenance générale et restauration.

Le laboratoire logiciel sera aussi important que les pistes

Sur un avion de chasse de sixième génération, la performance dépend autant des logiciels que de la cellule.

Le laboratoire doit notamment permettre d’adapter les bibliothèques de menaces, les paramètres des capteurs et les systèmes de guerre électronique. La reprogrammation sert à faire reconnaître de nouveaux radars adverses et à modifier les réponses du système sans remplacer physiquement son matériel.

Les simulateurs permettront de répéter des missions complexes, notamment avec les drones semi-autonomes Collaborative Combat Aircraft, avant de les éprouver en vol.

Ces capacités exigent des réseaux hautement sécurisés, une alimentation fiable et des espaces protégés pour traiter des données classifiées.

NGAD Campus

Le calendrier prévoit des travaux de 2027 à 2031

Le 772d Enterprise Sourcing Squadron, associé à l’Air Force Civil Engineer Center, cherche des équipes de conception-construction. Les candidatures initiales sont attendues le 18 novembre 2026. L’administration privilégie un groupement responsable de l’ensemble, mais peut sélectionner jusqu’à quatre équipes.

L’attribution est envisagée le 5 février 2027. Suivraient neuf mois de conception préparatoire, puis environ quarante mois de travaux, de novembre 2027 à mars 2031. Des constructions supplémentaires pourraient prolonger le calendrier jusqu’en 2032.

Le marché utilise une procédure Other Transaction Agreement, associée à la conception-construction progressive.

Elle permet au client militaire et à l’entrepreneur de préciser le projet ensemble plutôt que de figer entièrement les plans avant le chantier. C’est un levier d’accélération, mais aussi un facteur de risque si les besoins évoluent ou si les coûts sont mal maîtrisés.

Les équipes devront transformer le F-47 en système de combat

Boeing a remporté en mars 2025 le contrat de développement du F-47, dans le cadre du programme Next Generation Air Dominance (NGAD). Cela ne fait pas du constructeur le titulaire du marché immobilier de Nellis : les entreprises chargées du campus restent à sélectionner.

À Nellis, pilotes d’essai opérationnel, ingénieurs, mécaniciens, spécialistes de simulation, analystes électroniques et instructeurs devront déterminer comment employer l’avion contre des menaces réalistes.

Les unités déjà présentes, dont le 422nd Test and Evaluation Squadron et la Weapons School, fournissent le modèle de ces activités. Leur affectation précise au F-47 n’a pas été annoncée.

Il faudra éprouver la fusion des capteurs, les liaisons de données, les contre-mesures, l’entretien de la furtivité et les interactions avec les drones accompagnateurs. Les exercices compareront les capacités annoncées aux résultats observés sous brouillage ou dans des engagements complexes.

Le premier vol du F-47 reste annoncé pour 2028. Le campus de Nellis n’a donc pas vocation à être prêt pour ce décollage initial : les essais de développement et l’évaluation opérationnelle correspondent à des étapes différentes.

La future implantation des unités de combat n’est pas non plus décidée publiquement.

Le budget d’un milliard couvre les bâtiments, les réseaux et la sécurité

Les documents militaires évaluent le coût total à 1,057 milliard de dollars. Ils distinguent environ 645 millions pour les bâtiments principaux et 247,5 millions pour les aménagements de soutien.

Les réseaux d’eau, d’énergie et de climatisation représentent à eux seuls 133,4 millions de dollars ; les routes et stationnements, 48,2 millions.

S’ajoutent notamment 44,6 millions de provisions pour imprévus, 60,9 millions de supervision, 35,7 millions de conception et 23,4 millions de surveillance de sécurité du chantier.

Des équipements évalués à 84,8 millions figurent dans d’autres crédits et ne doivent pas être confondus avec l’enveloppe immobilière.

Pour 2027, l’Air Force a sollicité 730,7 millions de dollars de crédits, tout en demandant une autorisation couvrant l’ensemble du projet. Ce sont des demandes soumises au Congrès, et non la preuve que tous les travaux ont déjà été financés ou attribués.

Le coût paraît défendable, mais le calendrier reste risqué

Consacrer plus d’un milliard à une infrastructure pour un avion qui n’a pas encore volé représente un pari industriel.

Le risque le plus visible serait de livrer des bâtiments spécialisés avant que le F-47 atteigne une maturité suffisante, ou de devoir les adapter après des changements de configuration.

À l’inverse, attendre que l’avion soit prêt retarderait de plusieurs années son évaluation opérationnelle. Les revêtements furtifs, les systèmes classifiés et les équipements de simulation réclament des installations conçues pour eux. La saturation du côté ouest de Nellis limite les solutions de substitution.

Le coût n’est donc pas aberrant à l’échelle d’un programme stratégique. Mais son caractère raisonnable dépendra de trois résultats vérifiables : la livraison dans les délais, le respect du budget et l’utilisation effective du campus par les unités d’essais.

Le F-47 doit à terme succéder au F-22 Raptor. L’enjeu du campus est précisément de vérifier que cette relève pourra être employée au combat, et pas seulement de démontrer qu’un nouveau chasseur peut voler.