La France lance son avion de combat du futur ACF après l’échec du SCAF. Un chasseur souverain prévu pour 2040, avec une capacité nucléaire en 2050.
En résumé
L’abandon du chasseur européen NGF n’a pas mis fin au projet français d’avion de combat de sixième génération. Le 14 octobre 2026, le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, a présenté l’Avion de Combat du Futur (ACF) comme un programme désormais national. Le calendrier vise des missions conventionnelles vers 2040, puis l’emport du missile nucléaire ASN4G vers 2050.
Cette orientation ne signifie pas que l’avion est déjà financé, défini ou commandé. Elle fixe une trajectoire industrielle. La France veut maîtriser la conception de son futur chasseur, tout en maintenant des coopérations européennes sur les liaisons de données et le cloud de combat.
Le Rafale F5, attendu à l’horizon 2035 avec l’ASN4G, assurera la transition. Les contraintes opérationnelles françaises, notamment la dissuasion nucléaire et l’emploi depuis un porte-avions, rendent difficile l’adoption d’un chasseur étranger standard.
Le futur chasseur français change de cadre après la rupture du SCAF
L’ACF reprend la mission initialement confiée au New Generation Fighter (NGF), l’avion piloté prévu au sein du Système de combat aérien du futur (SCAF) avec l’Allemagne et l’Espagne. En juin 2026, Berlin a décidé de mettre fin au projet commun, après des désaccords prolongés entre industriels sur la répartition des travaux et les responsabilités de conception.
Devant le Sénat, le 10 juin, la ministre des Armées Catherine Vautrin a chiffré les investissements réalisés à 2,5 milliards d’euros en huit ans, dont la moitié consacrée à des développements souverains. Ces dépenses ne sont pas entièrement perdues. Les études de furtivité, de propulsion, de drones et d’architectures de combat constituent un acquis.
Le changement est décisif. La France veut que les partenariats éventuels ne conditionnent plus la naissance de l’avion. La coopération pourra porter sur des systèmes complémentaires, sans imposer les mêmes compromis industriels à la cellule et aux équipements essentiels.
Cette décision marque une nouvelle étape pour l’aviation de chasse française, après le choix d’une filière nationale pour le Rafale dans les années 1980.
Le calendrier de l’ACF répond d’abord aux exigences nucléaires
Les deux jalons annoncés ne désignent pas la même capacité. Vers 2040, l’ACF devra conduire des opérations conventionnelles : défense aérienne, frappe en profondeur et combat connecté. Vers 2050, il devra pouvoir emporter l’ASN4G, missile Air-Sol Nucléaire de quatrième génération.
Ce missile n’attendra pourtant pas 2050. Le 2 juin 2026, la Direction générale de l’armement a engagé son développement auprès de MBDA, pour une entrée en service vers 2035 sur le Rafale F5.
Hypersonique, l’ASN4G doit dépasser Mach 5, soit plus de cinq fois la vitesse locale du son, et pouvoir manœuvrer afin de compliquer son interception.
Pour l’ACF, le défi ne sera pas seulement de transporter une arme. Il faudra garantir son intégration mécanique et électronique, la fiabilité du système d’armes et le respect des procédures nationales de dissuasion. Les caractéristiques dimensionnelles et la masse du missile ne sont pas suffisamment documentées publiquement pour en déduire celles du futur porteur.

Le Rafale F5 prépare plusieurs technologies avant l’arrivée du nouveau chasseur
Le Dassault Rafale conserve un rôle central. En septembre 2026, la DGA a détaillé les travaux préparatoires au standard F5 : radar RBE2-XG, modernisation numérique du système de guerre électronique SPECTRA et évolution du moteur M88 vers le T-REX.
L’objectif annoncé pour ce dernier est une poussée supérieure de 20 %, passant de 73,6 à 88,3 kN (de 7,5 à 9 tonnes-force).
Le F5 devra également coopérer avec des drones et employer de nouveaux armements, notamment le STRATUS RS, destiné à neutraliser les défenses aériennes adverses. Cette évolution prolonge la polyvalence des armements du Rafale, tout en préparant des missions plus complexes.
Ces équipements créent une transition technologique. Leur présence sur le Rafale ne signifie cependant pas qu’ils seront repris à l’identique sur l’ACF.
La sixième génération privilégie la furtivité et la guerre en réseau
Aucune fiche technique officielle ne fixe aujourd’hui les dimensions, la masse, la vitesse maximale ou le rayon d’action de l’ACF. Lui attribuer des performances précises serait prématuré. Les besoins opérationnels sont néanmoins identifiables.
La furtivité radar doit réduire les distances de détection par les systèmes adverses. Elle impose de travailler les formes de la cellule, les entrées d’air, les matériaux et, autant que possible, l’emport interne des armements. Elle n’assure pas l’invisibilité, notamment face à des réseaux de capteurs multiples.
L’avion devra fusionner les informations de ses capteurs et celles de plateformes extérieures, puis transmettre des données malgré le brouillage.
L’intérêt du combat collaboratif est de permettre à un drone d’explorer une zone dangereuse, de leurrer une défense ou de participer à une attaque sans exposer systématiquement le pilote.
La puissance de calcul, la cybersécurité et la fiabilité des communications deviennent aussi importantes que la vitesse pure. L’ACF devra combattre au sein d’un réseau, plutôt que comme une plateforme isolée.
La capacité d’opérer sur porte-avions impose des choix de conception
Le futur appareil devra également pouvoir opérer depuis le porte-avions France Libre, conformément à l’orientation inscrite dans la programmation militaire.
Une version embarquée exige un train d’atterrissage renforcé, une crosse d’appontage, une bonne maîtrise des vitesses d’approche et une résistance aux efforts de catapultage. Elle impose aussi des limites d’encombrement et de masse.
Ces impératifs ne sont pas accessoires. Un chasseur conçu uniquement pour des bases terrestres peut se révéler coûteux, voire impossible, à navaliser ensuite.
La combinaison entre discrétion radar, capacité nucléaire et aviation embarquée sera l’un des arbitrages majeurs du programme.
La souveraineté industrielle devra encore se traduire en décisions budgétaires
Dassault Aviation possède l’expérience de la maîtrise d’œuvre d’avions de combat. Safran, Thales et MBDA apportent des compétences cruciales en propulsion, électronique et armements.
Mais la capacité industrielle ne remplace ni un calendrier contractualisé ni des crédits suffisants.
La loi du 16 août 2026 actualisant la programmation militaire prévoit un démonstrateur national de sixième génération à l’horizon 2035, avec possibilité de partenariats. Un démonstrateur permet de valider des technologies. Il n’équivaut pas à un avion de série qualifié et disponible en escadron.
Le choix français n’interdit pas la coopération. Le général Bellanger insiste au contraire sur la nécessité d’un cloud de combat partagé avec les partenaires européens.
Pour la France, le risque principal n’est pas de perdre toute capacité à concevoir un chasseur. Il est de laisser glisser les essais, la qualification et la montée en cadence au-delà des dates imposées par le renouvellement de la dissuasion.
Avec l’ACF, la souveraineté française ne se mesurera pas seulement à la nationalité de ses industriels. Elle dépendra surtout de leur capacité à livrer, dans les délais, un système de combat complet, évolutif et opérationnel.