F-16, Mirage 2000, MiG-29, Gripen : quels avions l’Europe fournit-elle à l’Ukraine, qui finance les livraisons et quels pays en bénéficient ?
En résumé
Depuis l’invasion russe de février 2022, les alliés de l’Ukraine ont engagé le renouvellement de son aviation militaire. Les livraisons comprennent des F-16 Fighting Falcon, des Mirage 2000 français, des MiG-29 polonais et slovaques, ainsi que des avions d’attaque Su-25, des appareils de transport et des hélicoptères. La Suède a également fourni un avion de surveillance radar ASC 890 et prépare la livraison de 16 Gripen C/D, parallèlement à la vente de 16 Gripen E. L’Union européenne et ses États membres annoncent désormais 97,3 milliards d’euros de soutien militaire, auxquels participent différents mécanismes de financement. Si ces équipements renforcent la défense ukrainienne, leurs retombées économiques sont inégalement réparties. L’Allemagne, la Suède, la France et plusieurs pays d’Europe centrale disposent d’industries susceptibles de bénéficier des commandes. Mais les contrats industriels ne constituent pas un bénéfice économique net pour l’Europe, qui supporte simultanément des dépenses considérables et des risques stratégiques durables.
Les pays européens ont fourni plusieurs générations d’avions de combat
La modernisation de l’aviation ukrainienne s’est déroulée en deux étapes. Les premiers transferts ont concerné des appareils soviétiques, immédiatement familiers des équipages ukrainiens. À partir de 2024, les livraisons ont progressivement intégré des chasseurs occidentaux.
Les MiG-29 et Su-25 ont permis de préserver la flotte existante
En 2023, la Pologne a livré 14 MiG-29 Fulcrum, tandis que la Slovaquie transférait 13 appareils, dont certains inutilisables sans réparation.
Varsovie a annoncé deux chasseurs supplémentaires en octobre 2026, dont un seul encore en état de vol.
La Macédoine du Nord avait également transféré quatre Su-25, des avions d’attaque spécialisés dans l’appui aérien rapproché. Ces appareils n’étaient pas opérationnels au moment de leur donation.
Les MiG-29 ont permis à Kyiv de maintenir des capacités d’interception, tandis que les Su-25 ont contribué à préserver son aviation d’attaque.
Les F-16 constituent le principal programme occidental
Quatre pays se sont engagés à fournir des F-16 Fighting Falcon.
Les Pays-Bas ont donné 24 appareils, dont la livraison a été achevée en 2025. Le Danemark en a promis 19, avec des transferts commencés en août 2024.
La Norvège a cédé six F-16, mais quatre nécessitaient encore d’importants travaux de remise en état en avril 2026.
La Belgique avait initialement promis 30 chasseurs. En 2026, elle a évoqué une extension pouvant porter sa contribution à 53 appareils d’ici 2029, sous réserve des décisions politiques nécessaires. Les premiers avions belges opérationnels étaient attendus avant la fin de 2026.
Les engagements atteignent donc 79 F-16 fermement annoncés, avec un potentiel de 102 appareils si l’extension belge est intégralement confirmée.
Ces chiffres ne correspondent pas à la flotte opérationnelle ukrainienne. Certains avions sont affectés à l’entraînement, d’autres attendent leur rénovation ou restent immobilisés pour maintenance.
Les Mirage 2000 français renforcent la défense aérienne
La France a commencé à livrer des Mirage 2000-5 en février 2025. Six appareils avaient été envisagés dans les documents parlementaires français, mais le nombre exact transféré reste partiellement confidentiel.
Équipés de missiles MICA, ces chasseurs sont notamment utilisés contre les missiles de croisière et les drones russes.
La France a aussi adapté les appareils aux missions air-sol, afin d’élargir leur emploi opérationnel.

La Suède prépare une nouvelle génération de chasseurs ukrainiens
Le 30 juin 2026, Saab a signé un contrat de 24,6 milliards de couronnes suédoises, soit environ 2,54 milliards de dollars, pour fournir 16 Gripen E à l’Ukraine.
Les livraisons sont prévues entre 2029 et 2030.
Parallèlement, Stockholm prévoit de donner jusqu’à 16 Gripen C/D provenant de sa flotte actuelle. Les premières livraisons sont attendues début 2027.
Cette formule associe une donation militaire immédiate à une commande industrielle financée par un prêt européen.
Le Gripen présente des avantages pour l’Ukraine : maintenance relativement simplifiée, capacité d’opérer depuis des pistes courtes et utilisation de missiles modernes, notamment Meteor sur les configurations compatibles.
La Suède doit toutefois remplacer les appareils donnés pour préserver ses propres capacités militaires.
Les avions de transport et de surveillance complètent les chasseurs
Les donations d’avions de transport à voilure fixe sont beaucoup moins nombreuses que celles de chasseurs.
La Croatie a transféré deux Antonov An-32B, des avions de transport bimoteurs à turbopropulseurs. Ces appareils sont notamment destinés au service ukrainien des situations d’urgence. Un An-32B peut transporter environ 6 700 kg (14 770 lb) de fret.
Les États-Unis ont également fourni des hélicoptères Mi-17 issus de stocks précédemment destinés à l’Afghanistan. D’autres pays ont transféré des Mi-8, Mi-24, Sea King ou Puma, employés pour le transport, l’évacuation sanitaire ou l’appui militaire.
La Suède a apporté une capacité plus stratégique : l’ASC 890, équipé du radar Erieye. Cet avion de surveillance et de commandement aérien, dérivé du Saab 340, effectue des missions opérationnelles depuis mars 2026.
Son radar permet de détecter des objectifs à plusieurs centaines de kilomètres et de transmettre des informations aux chasseurs ukrainiens.
Enfin, la Lituanie a livré un L-39ZA d’entraînement et d’attaque légère, tandis que la République tchèque contribue à la formation avec des L-39 et des avions légers Alto NG.
Les bombardiers occidentaux n’ont pas été transférés à l’Ukraine
Aucun pays occidental n’a annoncé la donation d’un bombardier stratégique ou d’une flotte de bombardiers lourds à l’Ukraine.
Kyiv conserve en revanche des Sukhoi Su-24 d’origine soviétique. Ces bombardiers tactiques à géométrie variable ont été adaptés pour employer les missiles de croisière Storm Shadow britanniques et SCALP-EG français.
Ces armes permettent de frapper des objectifs situés à plusieurs centaines de kilomètres, selon leur version et leurs conditions d’emploi.
Les alliés occidentaux ont donc privilégié la livraison d’armements de précision plutôt que de bombardiers supplémentaires.
Cette politique limite les délais de formation et les difficultés logistiques associés à l’introduction d’une nouvelle famille d’avions.
Le financement européen repose sur plusieurs mécanismes distincts
L’aide militaire n’est pas systématiquement financée par le pays qui fournit les équipements.
Une donation provenant des stocks nationaux constitue une dépense supportée initialement par l’État concerné. Elle peut ensuite faire l’objet de remboursements partiels européens.
En octobre 2026, le Conseil de l’Union européenne indiquait avoir mobilisé 10,8 milliards d’euros au titre de la Facilité européenne pour la paix, dont 9,9 milliards destinés au remboursement d’assistance militaire fournie par les États membres.
L’Union a également établi un prêt de 90 milliards d’euros pour 2026 et 2027. Il comprend une enveloppe indicative de 60 milliards pour les besoins militaires et de 30 milliards pour le soutien budgétaire.
Ce financement est levé sur les marchés financiers, avec la garantie du budget européen. Son remboursement doit reposer sur les réparations dues par la Russie.
L’ensemble du soutien militaire de l’Union et de ses membres est évalué à 97,3 milliards d’euros. Ce chiffre englobe plusieurs dispositifs et ne doit pas être additionné sans précaution aux montants précédents.
Les avions occidentaux améliorent la défense sans garantir la supériorité aérienne
L’effet opérationnel des livraisons est réel, mais reste limité par plusieurs contraintes.
Les F-16 et Mirage 2000 permettent d’intercepter des missiles de croisière et des drones, de conduire des missions air-sol et d’utiliser des armes occidentales.
Cependant, la Russie conserve d’importantes capacités aériennes et antiaériennes. Les systèmes S-400 et les missiles air-air longue portée compliquent les opérations ukrainiennes près du front.
Un chasseur supplémentaire ne produit donc pas automatiquement une augmentation proportionnelle de la puissance militaire.
La disponibilité des pièces, la formation des pilotes, les stocks de missiles et l’entretien des moteurs sont déterminants.
La Norvège en offre un exemple : sur six F-16 donnés, quatre nécessitaient encore une rénovation importante en avril 2026.
Le nombre d’avions disponibles au combat reste plus significatif que le nombre annoncé.
Les industriels européens obtiennent des contrats considérables
La guerre a accéléré les investissements européens dans la défense, mais leurs retombées sont inégalement réparties.
L’Allemagne bénéficie d’un puissant appareil industriel
Rheinmetall figure parmi les entreprises les mieux positionnées dans les munitions, les véhicules blindés et les systèmes militaires.
Au premier semestre 2026, son activité armes et munitions a enregistré 1,757 milliard d’euros de chiffre d’affaires, soit une progression de 33 % sur un an.
Les commandes ukrainiennes y contribuent, parallèlement aux achats allemands et européens.
En juin 2026, Rheinmetall a notamment annoncé un nouveau contrat ukrainien de munitions de 155 mm, évalué à plusieurs dizaines de millions d’euros. La production est réalisée dans son usine espagnole Expal.
L’Allemagne bénéficie donc de son industrie nationale, mais aussi des implantations étrangères de ses groupes.
La Suède profite directement du programme Gripen
Le contrat ukrainien de 16 Gripen E représente un exemple précis de retombée industrielle.
Saab bénéficie d’un carnet de commandes supplémentaire, tandis que la donation des Gripen C/D entraîne également un besoin de remplacement au sein de l’armée de l’air suédoise.
Pour Stockholm, les bénéfices industriels et les dépenses publiques avancent donc simultanément. Un contrat de 2,54 milliards de dollars n’est pas un profit équivalent.
La France, la Pologne et l’Europe centrale bénéficient d’autres marchés
La France possède une industrie intégrée autour de Dassault Aviation, Safran, Thales et MBDA. Les besoins ukrainiens concernent notamment les missiles, les équipements électroniques et le maintien en condition opérationnelle.
La Pologne bénéficie de son rôle logistique, de ses entreprises de défense et de ses investissements militaires. La République tchèque et la Slovaquie profitent également des commandes de munitions et des opérations de remise en état d’équipements.
Ces retombées ne permettent cependant pas d’établir un classement fiable des bénéfices nets par pays.
L’Europe gagne-t-elle réellement à financer l’Ukraine ?
Sur le plan industriel, certains fabricants européens bénéficient incontestablement de la hausse des commandes.
Sur le plan stratégique, l’aide à l’Ukraine peut contribuer à contenir les capacités militaires russes, renforcer les partenariats de défense et accélérer la modernisation des armées européennes.
L’Union cherche également à réduire sa dépendance extérieure. Mais cette ambition se heurte à une réalité : selon le SIPRI, 48 % des importations européennes de grands armements provenaient des États-Unis sur la période 2021-2025.
Une partie des dépenses européennes continue ainsi de soutenir les industriels américains, notamment pour les avions, leurs pièces et leurs armements.
L’Europe supporte parallèlement le coût des donations, de l’endettement, de la reconstitution des stocks et de l’accueil des réfugiés.
Il serait donc trompeur de présenter la guerre comme une opération économiquement profitable pour l’ensemble des pays européens.
La question essentielle est ailleurs. Si l’aide permet de limiter durablement le risque d’une guerre plus large en Europe, son bénéfice stratégique peut dépasser son coût budgétaire. Mais cet avantage reste difficile à mesurer et dépendra du résultat du conflit.
La véritable réussite européenne ne sera pas déterminée par les milliards de contrats signés. Elle dépendra de la capacité des États à reconstruire une défense crédible, à maintenir leurs finances publiques et à établir une sécurité durable sans entretenir indéfiniment une économie de guerre.