Les nouveaux essais du J-36 révèlent un chasseur chinois de 6e génération profondément remanié, pensé pour la furtivité, l’autonomie et le combat en réseau.
En résumé
Les nouvelles images apparues les 22 et 23 septembre 2026 confirment l’accélération spectaculaire des essais du J-36, le grand avion de combat furtif développé par Chengdu Aircraft Corporation. Au moins quatre prototypes, et peut-être cinq, seraient désormais en vol. Les dernières configurations présentent des évolutions majeures : tuyères à poussée vectorielle 2D, entrées d’air DSI généralisées, cockpit biplace côte-à-côte et radôme compatible avec l’installation d’un radar opérationnel. Avec environ 23 mètres de longueur et près de 25 mètres d’envergure selon les premières estimations, le J-36 dépasse nettement les dimensions d’un chasseur classique. Sa cellule sans empennage privilégie la furtivité, le rayon d’action et l’emport interne. Sa mission pourrait dépasser le combat aérien : pénétration profonde, frappe à longue distance, renseignement et contrôle de drones collaboratifs. La Chine dispose surtout d’un avantage visible : elle fait déjà voler et évoluer plusieurs prototypes, alors que le F-47 américain reste officiellement attendu pour 2028.
Le J-36 évolue à une vitesse inhabituelle
Le programme chinois de chasseur de sixième génération n’est plus un simple démonstrateur aperçu occasionnellement au-dessus de Chengdu.
De nouvelles vidéos diffusées les 22 et 23 septembre montrent le J-36 en phase d’essais, notamment lors d’approches à basse altitude. Elles offrent certaines des vues les plus précises obtenues jusqu’ici de sa partie supérieure, de son cockpit et de ses échappements.
Selon les analyses ouvertes disponibles, au moins quatre appareils distincts pourraient voler, et certaines différences observées suggèrent l’existence d’un cinquième prototype. Pékin ne confirme aucun chiffre. Même le nom J-36 reste officieux : il découle notamment du numéro « 36011 » aperçu sur le premier appareil.
Cette prudence est nécessaire. Chengdu pourrait également utiliser des numéros identiques sur plusieurs appareils afin de compliquer leur identification.
Le rythme d’évolution reste néanmoins remarquable. Le premier appareil avait été observé publiquement en décembre 2024. Moins de deux ans plus tard, plusieurs configurations sensiblement différentes sont déjà apparues.
Cette campagne d’essais illustre la montée en puissance plus générale de l’industrie chinoise, déjà visible avec le J-20. Le développement du J-36 s’inscrit directement dans la transition vers les avions de chasse de sixième génération.
La nouvelle configuration change profondément l’arrière de l’appareil
L’évolution la plus frappante concerne les trois moteurs.
Le premier prototype possédait des échappements encastrés dans la partie supérieure arrière de la cellule. Cette architecture favorisait vraisemblablement la réduction de la signature radar et infrarouge.
Les appareils plus récents présentent au contraire trois tuyères bidimensionnelles à poussée vectorielle, dont la disposition rappelle dans son principe celle du F-22 Raptor. Elles permettent d’orienter une partie de la poussée dans le plan vertical.
Le changement est important sur un avion sans dérive verticale ni empennage horizontal classique.
Une architecture tailless réduit les surfaces susceptibles de réfléchir les ondes radar, mais complique le contrôle en tangage et surtout en lacet. L’avion dépend davantage de ses gouvernes de bord de fuite, de ses commandes de vol numériques et éventuellement de la vectorisation de poussée.
Cette technologie ne transforme pas automatiquement le J-36 en chasseur de combat rapproché. Les images de 2026 ont toutefois montré l’appareil effectuant des évolutions relativement agressives malgré ses dimensions. Une séquence a notamment montré une manœuvre à forte incidence suivie d’une récupération prononcée. La vitesse, l’angle d’attaque et le facteur de charge n’étant pas connus, il serait excessif d’en tirer des performances chiffrées.
Le message est néanmoins clair : le J-36 n’est pas simplement un bombardier furtif volant en ligne droite.
Les nouvelles entrées d’air améliorent furtivité et alimentation moteur
Chengdu a également profondément modifié les trois entrées d’air.
Le premier prototype utilisait une entrée dorsale de type DSI, mais des entrées latérales d’une géométrie différente. Les versions suivantes semblent adopter des Diverterless Supersonic Inlets sur les trois prises d’air.
Une DSI utilise une bosse aérodynamique pour contrôler la couche limite et ralentir correctement l’air avant son arrivée au compresseur. Elle évite les plaques séparatrices et certains mécanismes mobiles employés sur des architectures plus anciennes.
Le bénéfice est double. La conception est plus simple et peut contribuer à diminuer la signature radar frontale en masquant davantage les parties métalliques du moteur.
La Chine maîtrise déjà cette technologie sur plusieurs avions, notamment le J-20, son principal chasseur furtif de cinquième génération.
Le cockpit confirme une mission différente de celle d’un chasseur classique
Une autre particularité distingue profondément le J-36 : son cockpit comporte deux sièges côte-à-côte.
Cette disposition a été identifiée sur des images frontales et apparaît encore plus clairement dans les dernières vidéos. Janes estime qu’elle est cohérente avec un appareil de combat et de frappe à très long rayon d’action.
Le second membre d’équipage pourrait gérer les capteurs, la guerre électronique, les armes longue portée ou des plateformes sans pilote.
Ce choix prend tout son sens compte tenu des dimensions estimées de l’appareil. Janes évalue sa longueur à environ 23 mètres et son envergure à près de 24,8 mètres. Le train d’atterrissage lourd observé sur le premier prototype suggérait également une masse maximale supérieure à 40 tonnes.
Le J-36 se situe donc aux frontières du chasseur lourd et du bombardier tactique.
Sa grande aile delta en diamant offre surtout un volume interne considérable pour le carburant et l’armement. Les premières analyses évoquent une soute principale d’environ 7,3 mètres, assez longue pour recevoir des missiles air-air à très longue portée comme le PL-17 ou des armes air-sol de dimensions importantes.

Le nouveau radôme suggère que les essais changent de nature
Les images de septembre montrent également une zone plus claire sur le nez de certains prototypes.
Cette différence de couleur pourrait signaler la présence d’un radôme associé à un véritable radar d’essai, plutôt qu’à une instrumentation provisoire. Ce point n’est pas confirmé par Chengdu et la couleur seule ne constitue pas une preuve.
Mais l’hypothèse est cohérente avec l’évolution générale du programme.
Le nez du J-36 est extrêmement large. Il pourrait accueillir une antenne AESA de dimensions importantes. Plusieurs surfaces plus claires apparaissent également sur le dessus et les bords de la cellule. Certaines pourraient dissimuler des antennes conformes permettant communications, détection passive et échanges de données sur de longues distances.
Le passage de simples essais aérodynamiques à l’intégration progressive de capteurs serait une étape importante vers un véritable système de combat.
Le rayon d’action paraît prioritaire sur le combat rapproché
Le J-36 est avant tout dimensionné pour aller loin.
Les estimations ouvertes restent très incertaines, mais certaines analyses placent son rayon de combat potentiel entre 2 000 et 3 000 kilomètres selon le profil de mission. Ces chiffres ne sont pas des données officielles et devront être confirmés.
Une telle autonomie correspond directement aux contraintes du Pacifique occidental.
Depuis la Chine continentale, un appareil de cette catégorie pourrait opérer au-delà de Taïwan et du Japon et menacer les moyens de soutien adverses situés beaucoup plus loin : avions radar, ravitailleurs, postes de commandement aéroportés ou appareils de patrouille maritime.
Le J-36 paraît ainsi conçu pour étendre la bataille bien derrière la ligne de front.
Le choix de trois moteurs peut apporter poussée, capacité électrique et marge de croissance, au prix d’une consommation et d’une signature thermique potentiellement supérieures.
Le J-36 pourrait devenir un commandant de drones de combat
C’est probablement ici que le concept de sixième génération prend réellement son sens.
Un appareil furtif de grande taille disposant de deux membres d’équipage, d’une forte production électrique, de grandes antennes et d’une importante capacité de traitement peut devenir bien davantage qu’un simple lanceur de missiles.
Il peut devenir un nœud de commandement aérien avancé.
Les analystes envisagent depuis 2025 que le J-36 puisse coordonner des drones furtifs évoluant plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres autour de lui. L’appareil habité resterait relativement en retrait tandis que ses Collaborative Combat Aircraft avanceraient leurs capteurs, brouilleraient les défenses ou emporteraient des missiles supplémentaires.
La Chine développe parallèlement de nombreuses ailes volantes et plateformes de combat sans pilote. Le rapprochement doctrinal est donc logique, même si Pékin n’a publié aucune architecture opérationnelle précise.
Cette philosophie rejoint celle du programme américain associant le F-47 et les drones de combat collaboratifs CCA.
L’avance chinoise est visible, mais pas encore mesurable
Comparer directement le J-36 et le F-47 reste dangereux.
La Chine montre des prototypes en vol. Le futur chasseur de Boeing n’a pas encore été dévoilé et son premier vol sous configuration F-47 reste annoncé pour 2028. Mais les États-Unis ont déjà fait voler pendant plusieurs années des démonstrateurs secrets liés au programme NGAD. L’absence d’images ne signifie donc pas absence de technologie.
Le Pentagon estimait encore fin 2025 que les chasseurs chinois de sixième génération pourraient devenir opérationnels vers 2035.
Ce qui distingue aujourd’hui la Chine est ailleurs : la vitesse visible de son prototypage.
Entre décembre 2024 et septembre 2026, le J-36 est passé d’un mystérieux appareil sans empennage à une famille de prototypes présentant des évolutions significatives de propulsion, d’aérodynamique, d’admission d’air et probablement de capteurs.
La PLAAF n’a toujours pas révélé ses performances, ses moteurs, son radar, son armement ou sa date d’entrée en service. Il est donc prématuré de déclarer la Chine technologiquement en tête.
Mais une réalité est désormais difficile à ignorer : Pékin ne travaille plus seulement sur les concepts de l’après-J-20. Il les fait voler, les modifie et les teste déjà à grande échelle.
La question occidentale n’est donc plus de savoir si la Chine développera un avion de combat de sixième génération. Elle est de déterminer quand le J-36 deviendra un système de combat complet, et ce que feront les États-Unis et leurs alliés si cette date arrive plus tôt que prévu.