Lockheed Martin développe cinq drones de combat furtifs Vectis. Performances, autonomie, missions et ambitions face aux concurrents du programme CCA.
En résumé
Lockheed Martin accélère le développement de Vectis, son nouveau drone de combat autonome et furtif, destiné à accompagner les avions de chasse américains. Le 14 septembre 2026, sa division Skunk Works a annoncé la construction de quatre appareils supplémentaires, portant à cinq le nombre de prototypes prévus. Le premier vol reste programmé pour fin 2027.
Financé sur les fonds propres du constructeur, Vectis entend se positionner sur le marché des Collaborative Combat Aircraft (CCA), des drones militaires capables d’opérer seuls ou en coopération avec des chasseurs pilotés.
Son architecture sans empennage, sa soute interne et ses systèmes autonomes doivent lui permettre de mener des missions de reconnaissance, de frappe, de guerre électronique et de combat aérien.
Mais Lockheed Martin arrive sur un marché déjà disputé. General Atomics et Anduril ont remporté les premiers contrats américains de production de CCA. Vectis devra démontrer que sa furtivité et sa polyvalence justifient son coût.
Le programme Vectis passe à cinq prototypes financés par Lockheed Martin
Présenté en septembre 2025, Vectis constitue une nouvelle tentative de Lockheed Martin pour s’imposer sur le marché des drones de combat collaboratifs.
Le 14 septembre 2026, lors de l’Air, Space & Cyber Conference de National Harbor, le constructeur a dévoilé une maquette grandeur nature et confirmé la construction de quatre appareils supplémentaires, en plus du prototype initial.
L’ensemble du programme est financé par Skunk Works, la division de recherche avancée de Lockheed Martin. Aucun contrat d’acquisition de Vectis n’a été annoncé par une force aérienne.
Selon Ron Fehlen, directeur général de Skunk Works, cette décision doit accélérer les essais et préparer une éventuelle production industrielle.
Le calendrier reste ambitieux. Les équipes ont effectué leurs premiers essais en soufflerie moins de deux mois après les premières études. La conception numérique initiale a été achevée en six mois et la première pièce mise en fabrication après huit mois.
Le premier vol est prévu fin 2027. Cette échéance concerne le prototype initial et non l’ensemble des cinq appareils.
Le Vectis privilégie une architecture furtive sans empennage
Vectis appartient à la catégorie américaine des drones Group 5, regroupant les appareils militaires sans équipage de plus de 598 kg (1 320 lb).
L’avion mesure environ 10,36 mètres de longueur (34 ft) pour 11,58 mètres d’envergure (38 ft). Sa masse maximale au décollage et sa charge militaire restent confidentielles.
Sa configuration repose sur une voilure en lambda, sans dérive verticale ni empennage horizontal classique. Cette architecture réduit les surfaces susceptibles de réfléchir les ondes radar et limite la traînée aérodynamique.
L’entrée d’air du réacteur est profondément encastrée sur le dessus du fuselage. Cette disposition contribue à réduire certaines signatures radar, notamment depuis l’avant. Elle limite également l’aspiration de débris lors des opérations sur des pistes sommaires.
La furtivité impose toutefois des compromis aérodynamiques. Les entrées d’air intégrées peuvent compliquer l’alimentation du moteur à forte incidence. Les commandes de vol doivent également compenser l’absence d’empennage conventionnel.
Le moteur Williams FJ44-4 doit faciliter le développement
Lockheed Martin a retenu pour le premier prototype un turboréacteur commercial Williams International FJ44-4, délivrant plus de 16 kN de poussée (3 600 lbf).
Ce choix permet d’utiliser une motorisation éprouvée plutôt que de développer un moteur spécifique.
Selon les informations communiquées à Janes, le constructeur évoque un rayon d’action de combat supérieur à 1 770 km (1 100 miles). Cette performance demeure une estimation non validée par des essais en vol.
La vitesse maximale, le plafond opérationnel et les caractéristiques précises de la soute n’ont pas été officiellement publiés.
Le drone Vectis doit mener quatre grandes catégories de missions
Lockheed Martin conçoit Vectis comme un appareil multirôle, et non comme un simple drone destiné à accompagner passivement les chasseurs.
Sa première mission concerne le combat air-air. Il pourrait détecter des appareils adverses, participer à leur interception et engager des cibles avec des missiles guidés.
La seconde concerne les frappes de précision contre des objectifs terrestres. Les animations officielles montrent des armements ressemblant à des AIM-120 AMRAAM et à des bombes guidées GBU-53/B StormBreaker. Ces représentations ne prouvent cependant pas leur qualification opérationnelle.
Vectis doit également assurer des missions de renseignement, surveillance et reconnaissance, ou ISR, grâce à des capteurs embarqués.
Enfin, il pourrait mener des opérations de guerre électronique pour perturber les radars ennemis ou protéger les chasseurs habités.
L’emport interne des armements constitue un élément important : il permet de préserver la discrétion radar, contrairement à des missiles installés sous les ailes.

L’intelligence artificielle doit permettre un combat collaboratif
Vectis est conçu pour évoluer aux côtés des F-35 Lightning II et des futurs chasseurs de nouvelle génération.
Il pourrait recevoir des objectifs tactiques, calculer sa trajectoire, adapter ses manœuvres et coordonner son action avec plusieurs plateformes.
Lockheed Martin s’appuie notamment sur son architecture de contrôle MDCX, conçue pour superviser différents systèmes autonomes.
La supervision humaine reste au centre du dispositif
Le pilote d’un avion de chasse pourrait transmettre des instructions à Vectis au moyen d’une interface tactile. Une station terrestre pourrait également assurer cette fonction.
Cette architecture doit réduire les échanges nécessaires entre le pilote et le drone. L’opérateur définit une mission ; les automatismes exécutent les tâches de navigation et les manœuvres autorisées.
Les règles précises d’engagement et les niveaux d’autonomie opérationnelle de Vectis ne sont pas encore publics.
Lockheed Martin exploite aussi les enseignements de ses essais d’interception autonome réalisés avec le Lockheed X-62A VISTA.
Cette expérience doit faciliter l’intégration des algorithmes dans les futurs appareils sans équipage.
Le marché américain des CCA est déjà dominé par General Atomics et Anduril
Vectis arrive après les premiers vainqueurs du programme américain Collaborative Combat Aircraft.
En juin 2026, l’US Air Force a attribué les contrats de production de l’Increment 1 à deux industriels :
General Atomics développe le FQ-42A Vengeance, tandis qu’Anduril produit le FQ-44A Fury.
Ces deux appareils ont franchi des étapes expérimentales que Vectis n’a pas encore atteintes. En juillet 2026, un YFQ-44A a notamment procédé à un tir réel de missile AIM-120 contre une cible numérique.
L’US Air Force prévoit plus de 150 CCA opérationnels avant la fin de la décennie. Son ambition à plus long terme atteint environ 1 000 appareils, dont 500 visés pour 2032.
Lockheed Martin n’a pas été retenu pour développer les cellules de l’Increment 1. L’entreprise figure néanmoins parmi les six fournisseurs sélectionnés pour concourir dans le domaine des logiciels d’autonomie.
Vectis pourrait participer à de futures compétitions américaines, notamment l’Increment 2, ou séduire des clients internationaux.
Le prix de Vectis sera déterminant face aux drones concurrents
L’US Air Force vise un coût d’environ 20 millions de dollars par cellule pour la première génération de CCA, hors certains équipements et systèmes de mission.
Lockheed Martin affirme rechercher un prix compétitif, mais n’a publié aucun tarif pour Vectis.
Le constructeur utilise des techniques d’assemblage numérique et de production simplifiée afin de réduire les coûts. Ron Fehlen affirme que certaines méthodes permettent de diminuer jusqu’à 80 % les heures de travail nécessaires à l’assemblage de structures.
L’enjeu est de maintenir une furtivité élevée sans reproduire les coûts d’un chasseur habité comme le F-22 Raptor.
Cette équation reste difficile. Les matériaux furtifs, les capteurs, les équipements de communication et la maintenance augmentent rapidement le coût d’un drone de combat.
Une plateforme trop chère perd une partie de l’intérêt économique du concept CCA, qui consiste précisément à augmenter le nombre d’appareils engagés sans multiplier les avions pilotés.
Le futur de Vectis dépendra de sa capacité à combiner furtivité et production en série
Lockheed Martin mise sur une architecture ouverte permettant d’intégrer différents logiciels, capteurs et systèmes d’armes sans dépendre d’une configuration unique.
Cette approche pourrait intéresser l’US Air Force, mais également les pays utilisateurs de F-35 qui souhaitent développer des capacités de combat collaboratif.
La principale difficulté reste industrielle et commerciale. Vectis n’a pas encore volé, son coût reste inconnu et ses performances n’ont pas été démontrées.
Le constructeur dispose néanmoins d’un avantage technologique : plusieurs décennies d’expérience dans les avions furtifs, les systèmes autonomes et l’intégration des architectures de mission.
La compétition ne se limitera donc pas à la qualité de la furtivité. Elle portera également sur la fiabilité des logiciels, la capacité de production et les coûts d’exploitation.
En 2027, le premier vol de Vectis devra démontrer la viabilité de cette architecture. Lockheed Martin devra ensuite transformer un démonstrateur financé sur fonds propres en un système de combat réellement compétitif. Sur le marché des CCA, l’enjeu n’est plus seulement de construire un drone performant, mais de pouvoir en produire suffisamment pour transformer l’équilibre des forces aériennes.