MiG-23 : analyse historique et militaire d’un chasseur soviétique à géométrie variable, de sa conception à son bilan opérationnel et à ses limites en combat.

Le MiG-23 occupe une place à part dans l’histoire de l’aviation militaire soviétique. Il n’est pas seulement un successeur du MiG-21. Il marque un changement de logique dans la manière dont l’URSS conçoit son avion de chasse soviétique au cœur de la guerre froide. Le programme naît entre 1964 et 1966, dans un contexte où le MiG-21 reste rapide et simple, mais montre des limites nettes en allonge, en capacité d’emport, en interception tous temps et en emploi depuis des pistes sommaires. Le premier vol du MiG-23 intervient en 1967, et l’entrée en service opérationnel suit au début des années 1970, selon les sources entre 1970 et 1971.

La réponse du bureau Mikoyan-Gurevich est technique avant d’être doctrinale. Le MiG-23 reçoit un moteur bien plus puissant que celui du MiG-21, un radar plus ambitieux, une capacité d’engagement à plus longue distance, et surtout une aile à géométrie variable. Ce choix n’est pas anodin. L’URSS cherche alors un compromis entre deux besoins qui tirent l’avion dans des sens opposés : un bon comportement à basse vitesse pour le décollage, l’atterrissage et l’emploi sur terrains moins préparés, et une vitesse élevée en interception. L’aile variable permet précisément de déplacer ce compromis selon la phase de vol. C’est le trait le plus reconnaissable du Flogger, nom OTAN de la famille MiG-23/27.

Il faut aussi replacer le MiG-23 dans la hiérarchie soviétique. Ce n’est pas un pur chasseur léger comme le MiG-21, ni un intercepteur lourd comparable au MiG-25. Il se situe au milieu : plus complexe, plus coûteux, plus polyvalent, mais encore compatible avec une production de masse. C’est ce qui explique le volume construit : plus de 5 000 exemplaires toutes versions confondues selon les grandes institutions muséales américaines qui conservent l’appareil. Ce chiffre est considérable pour un chasseur à géométrie variable et dit bien l’importance du type dans les forces soviétiques, chez les alliés du Pacte de Varsovie et à l’export.

Dès l’origine, le MiG-23 n’est donc pas un simple appareil de transition. Il sert à faire entrer l’aviation de chasse soviétique dans un segment plus moderne : interception plus autonome, meilleure allonge, emploi plus souple, et intégration d’une avionique qui prépare le terrain aux générations suivantes. Son parcours sera pourtant moins linéaire que prévu. Le concept est solide sur le papier, mais l’appareil demande un niveau de mise au point, de maintenance et de formation que toutes les forces utilisatrices ne maîtrisent pas au même niveau. C’est l’un des points qui explique sa réputation contrastée dans l’historiographie militaire.

La cellule et le système d’armes : une formule rapide, nerveuse et exigeante

Sur le plan technique, le Mikoyan-Gurevich MiG-23 repose sur une cellule monoréacteur à entrées d’air latérales, associée à une aile à géométrie variable réglable en vol. Les positions publiées pour le MiG-23 sont de 16°, 45° et 72°. En position ouverte, l’aile favorise le décollage, l’atterrissage et le vol à vitesse plus faible. En position intermédiaire, elle sert le compromis en combat ou en transit. En position très refermée, elle réduit la traînée pour le vol supersonique. Cette architecture permet au MiG-23 de garder une vitesse élevée tout en conservant une aptitude correcte sur piste plus courte que celle qu’exigerait une aile fixe optimisée uniquement pour Mach élevé.

Les données publiées pour un MiG-23MLD conservé au Pima Air & Space Museum donnent un ordre de grandeur utile : 17,31 m de longueur, 13,97 m d’envergure, 4,82 m de hauteur, pour une masse chargée d’environ 15 700 kg. La vitesse maximale indiquée atteint 1 553 mph, soit environ 2 499 km/h, ce qui correspond à un domaine autour de Mach 2,3 à 2,4 selon l’altitude et la version. Le plafond pratique publié est d’environ 18 500 m. L’autonomie affichée par cette fiche est d’environ 917 km, mais il faut la lire avec prudence : en usage réel, la distance franchissable varie fortement selon le profil, l’emport externe et la réserve de combat.

La motorisation est un autre point clé. Les fiches muséales américaines donnent pour le MiG-23MS un Tumansky R-29-300 d’environ 122,3 kN de poussée, et pour le MiG-23MLD un R-35-300 d’environ 127,7 kN. Cette réserve de poussée place le MiG-23 dans une catégorie bien plus énergique que le MiG-21, surtout en accélération et en montée. En revanche, cette performance a un coût : consommation élevée, comportement parfois brutal selon l’enveloppe de vol, et exigences mécaniques supérieures.

Le système d’armes est lui aussi un saut important pour l’époque soviétique. Les sources ouvertes rappellent que le MiG-23 est l’un des premiers chasseurs soviétiques à intégrer un radar look-down/shoot-down, généralement associé à la famille Sapfir, et à pouvoir tirer des missiles au-delà de la portée visuelle. La fiche du National Museum of the United States Air Force pour le MiG-23MS mentionne un canon bitube GSh-23L de 23 mm et jusqu’à six missiles air-air, mêlant missiles à courte portée à autodirecteur infrarouge et missiles à moyenne portée de type AA-7 Apex. Sur le papier, c’est un bond réel. En pratique, l’efficacité dépend beaucoup de la version, de la qualité du radar export ou domestique, et surtout du niveau de l’équipage et du contrôle au sol. C’est là que les écarts entre théorie et usage réel deviennent visibles.

Les versions et les emplois opérationnels : un appareil plus large qu’un simple intercepteur

Parler du MiG-23 au singulier est utile pour la clarté, mais techniquement, il faut raisonner en famille. L’appareil a existé en un grand nombre de sous-versions, et leur niveau réel n’est pas homogène. Les versions d’interception de base, les versions d’export, les versions améliorées de la fin de carrière, les biplaces d’entraînement et les dérivés d’attaque au sol forment un ensemble plus large que ce que le nom unique laisse penser. Les sources ouvertes du National Museum of the United States Air Force rappellent ainsi que la série MiG-23/27 a servi à la fois comme intercepteur et, de manière secondaire ou dédiée selon les variantes, comme plate-forme d’attaque.

La version MiG-23MS, par exemple, est explicitement donnée comme une version d’export moins performante que les appareils soviétiques destinés à l’usage national. Elle reçoit un radar plus simple, logé dans un radôme plus petit. Ce point est capital pour comprendre certains jugements sévères portés sur le MiG-23 dans des forces étrangères : beaucoup d’analyses mélangent des appareils export dégradés et des versions soviétiques plus abouties. Or, un MiG-23MS livré à un client étranger en 1973 n’offre pas le même potentiel qu’un MiG-23MLD de la première moitié des années 1980.

Le MiG-23MLD, souvent décrit comme la forme la plus aboutie du Flogger, reçoit des améliorations aérodynamiques, avioniques et d’armement. Les sources FAS comme les fiches muséales américaines le signalent clairement comme la version la plus avancée de la lignée. Dans les faits, cela signifie un appareil plus crédible face aux standards occidentaux de la fin de la guerre froide, même s’il reste dépassé par la génération suivante des chasseurs conçus autour d’une maniabilité supérieure et d’une avionique plus intégrée, comme le MiG-29 ou le Su-27. Le MiG-23MLD sert alors d’étape de maturité, pas de rupture définitive.

Il faut aussi intégrer le MiG-27 dans l’attaque au sol. Il dérive du MiG-23, mais avec une orientation nettement plus tournée vers l’attaque au sol. Cela montre bien la souplesse de la cellule de départ. L’URSS a cherché à tirer d’un même socle une famille de plates-formes couvrant l’interception, l’appui tactique et l’entraînement. Sur le plan industriel, c’est cohérent. Sur le plan opérationnel, cela a produit un parc large, mais aussi une maintenance plus lourde qu’avec un appareil plus simple.

Enfin, le MiG-23 a été exporté très largement : Europe de l’Est, Moyen-Orient, Afrique, Asie. Cette diffusion explique deux choses. D’une part, il a participé à des conflits très divers. D’autre part, sa réputation varie fortement d’un théâtre à l’autre. Entre un appareil entretenu dans une force encadrée par une doctrine stricte et un appareil export employé sous forte contrainte logistique, l’écart de résultats peut être très marqué. C’est pour cela qu’un jugement uniforme sur le MiG-23 manque souvent le point central : sa valeur dépend beaucoup de la version, du contexte et de la chaîne de soutien.

Le bilan au combat et l’héritage : un chasseur de rupture imparfaite, mais important

Le MiG-23 Flogger a connu le combat réel, ce qui permet de le juger au-delà des brochures techniques. Il apparaît dans plusieurs théâtres de la guerre froide et de l’après-guerre froide : Moyen-Orient, Afghanistan, Afrique australe, puis divers conflits régionaux. La documentation ouverte montre qu’il a servi en interception, en escorte, en frappe et en police du ciel selon les besoins des opérateurs. Cette diversité d’emploi est un point fort de la cellule, mais elle a aussi exposé l’appareil à des missions qui ne valorisaient pas toujours ses qualités premières. Un intercepteur rapide, pensé pour l’engagement guidé par radar et par contrôle au sol, n’est pas forcément à son meilleur dans des missions d’usure, sur terrain austère, avec un soutien technique irrégulier.

Dans la guerre d’Afghanistan, les synthèses historiques ouvertes indiquent que le MiG-23 a servi notamment en escorte, en patrouille et en appui tactique. Une donnée souvent reprise dans cette historiographie est que les missions d’escorte et de patrouille air-air ne couvrent qu’une fraction du total, autour de 15 % des sorties dans certains ensembles documentaires, le reste relevant surtout de profils air-sol. Cela dit quelque chose d’important : malgré son statut de chasseur, le MiG-23 a souvent été employé comme plate-forme polyvalente dans un conflit où la menace principale ne venait pas toujours d’un autre avion de combat.

Son évaluation par les États-Unis est tout aussi instructive. Le National Museum of the United States Air Force rappelle que des MiG-23MS ont été utilisés par la 4477th Test Squadron, les “Red Eagles”, dans le cadre de Project Constant Peg. Ce point est majeur. Un appareil étudié, piloté et opposé à des pilotes occidentaux en entraînement avancé donne une valeur militaire concrète, pas seulement symbolique. Si l’US Air Force a intégré le MiG-23 à ce programme secret, c’est bien qu’elle le considérait comme une menace crédible à comprendre en détail.

Le bilan historique doit donc rester nuancé. Le MiG-23 n’a pas complètement tenu la promesse politique implicite qui consistait à remplacer le MiG-21 partout et pour tous les usages. Il est plus complexe, plus exigeant, plus coûteux en soutien. Certaines versions d’export ont dégradé sa réputation. Mais le réduire à un appareil moyen serait une erreur technique. Il a introduit, dans la chasse soviétique de grande série, une combinaison utile : vitesse élevée, aile à géométrie variable, radar plus ambitieux, engagement à plus longue portée, et une réelle capacité de croissance jusqu’au MiG-23MLD. Dans l’histoire de l’aviation militaire, le MiG-23 reste donc moins un aboutissement qu’un jalon décisif : celui d’un passage entre le chasseur léger supersonique de la première phase de la guerre froide et les chasseurs plus intégrés de la génération suivante.

Les sources

  • National Museum of the United States Air Force, fiche Mikoyan-Gurevich MiG-23MS “Flogger-E”.
  • National Museum of the United States Air Force, fiche Mikoyan-Gurevich MiG-23MLD.
  • Federation of American Scientists, fiche MiG-23 Flogger.
  • Pima Air & Space Museum, fiche MiG-23MLD Flogger-K.
  • Encyclopaedia Britannica, entrée MiG-23 et synthèse sur la famille MiG.
  • Synthèse d’historiographie ouverte sur l’historique opérationnel du MiG-23 (repère de comparaison, à croiser avec les sources institutionnelles).

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