Après de lourdes pertes de MQ-9 en Iran, l’US Air Force accélère le MMA, un drone moins cher, modulaire et conçu pour combattre en nombre.

En résumé

L’US Air Force accélère le programme Massed Modular Aircraft, ou MMA, après les lourdes pertes de MQ-9A Reaper subies durant la guerre contre l’Iran. Au moins 45 Reaper auraient été perdus, soit environ un quart de la flotte américaine. Washington veut changer de logique. Plutôt que de remplacer un drone coûteux par un appareil encore plus sophistiqué, l’USAF cherche une plateforme moins chère, modulaire et produite en masse. L’objectif évoqué est d’au moins 180 appareils, avec une cellule autour de 10 millions de dollars hors capteurs et systèmes de mission. Le MMA devra emporter au moins 1 270 kg (2 800 lb), afficher un rayon de combat d’au moins 4 260 km (2 300 nm) et accepter un niveau de pertes impossible avec le MQ-9. Derrière ces chiffres apparaît une évolution doctrinale majeure : la survivabilité ne reposera plus uniquement sur la technologie, mais aussi sur le nombre.

Les pertes de MQ-9 en Iran changent brutalement le calcul américain

Pendant deux décennies, le MQ-9 Reaper a parfaitement correspondu aux guerres américaines contre des adversaires disposant de défenses aériennes limitées. Il pouvait rester longtemps en vol, surveiller une zone puis frapper une cible avec des missiles AGM-114 Hellfire ou des bombes guidées.

L’Iran vient d’en montrer la limite.

Selon plusieurs responsables américains cités par la presse spécialisée et le Washington Post, au moins 45 MQ-9 auraient été perdus depuis le début des opérations contre l’Iran. Cela représente environ un quart de la flotte disponible au début du conflit.

Le problème n’est pas que le Reaper soit inefficace. Le chef d’état-major de l’US Air Force l’a même présenté comme l’un des appareils les plus utiles des opérations. Le problème est économique.

Un MQ-9A missionné avec ses capteurs, ses communications et ses équipements représente plusieurs dizaines de millions de dollars. L’US Air Force estime qu’elle ne peut pas durablement accepter un tel taux d’attrition.

Le Reaper reste un grand drone à turbopropulseur relativement lent. Sa vitesse de croisière est proche de 370 km/h (200 kt). Sa signature et ses performances ne lui permettent pas de survivre durablement à proximité de défenses sol-air modernes.

Face à l’Iran, c’est déjà problématique. Face à la Chine, cela deviendrait critique.

Le Massed Modular Aircraft inverse la logique du Reaper

Le Massed Modular Aircraft part donc d’un principe différent : concevoir dès le départ un appareil attritable.

Le terme ne signifie pas que le drone est jetable. Il signifie que sa destruction doit rester économiquement et opérationnellement acceptable. Une force peut perdre plusieurs appareils tout en continuant sa mission.

C’est un changement profond dans la manière de concevoir les avions et systèmes de combat modernes.

L’USAF ne demande pas d’abord une furtivité exceptionnelle ou une propulsion révolutionnaire. Elle veut des technologies éprouvées, une production rapide et une architecture suffisamment simple pour réduire les coûts.

Le lieutenant-général Christopher Niemi, chargé de la modernisation de l’US Air Force, évoque désormais au moins 180 MMA.

L’objectif de coût est particulièrement agressif : environ 10 millions de dollars pour la cellule, soit environ la moitié du prix cible d’un Collaborative Combat Aircraft. Ce montant n’inclut toutefois pas nécessairement les capteurs, les communications, les armes et les équipements de mission.

Cette distinction est essentielle. Un MMA pleinement équipé coûtera davantage.

Les performances recherchées restent celles d’un grand drone

Le MMA ne sera pourtant pas un petit drone consommable.

La solicitation de la Defense Innovation Unit demande une charge utile minimale de 1 270 kg (2 800 lb). À titre de comparaison, le MQ-9A dispose d’une capacité maximale publiée proche de 1 700 kg.

Le rayon de combat demandé atteint au moins 4 260 km (2 300 nm) avec charge utile. Pour un déploiement sans retour, le drone doit pouvoir parcourir au minimum 14 800 km (8 000 nm).

Ces distances répondent directement aux contraintes du Pacifique.

L’appareil devra également dépasser environ 370 km/h (200 kt) et pouvoir utiliser une piste de moins de 1 830 m (6 000 ft), y compris des installations moins préparées que les grandes bases aériennes classiques.

Washington demande aussi une réserve d’au moins 25 kW de puissance électrique et environ 5 kW de capacité de refroidissement pour accueillir des charges de mission variées.

Le MMA pourrait ainsi devenir successivement plateforme ISR, relais de communications, appareil de guerre électronique ou vecteur de frappe.

MQ 9 REAPER

La modularité doit empêcher le prochain drone de vieillir trop vite

La véritable innovation pourrait être moins visible que les performances aéronautiques.

Le programme impose une Modular Open Systems Approach. Les interfaces matérielles et logicielles doivent être ouvertes et standardisées afin de remplacer rapidement un capteur, une radio ou un logiciel.

Un système traditionnel peut nécessiter plusieurs années de développement pour intégrer un nouvel équipement. Le MMA doit raccourcir radicalement ce cycle.

Cette architecture rejoint la logique des Collaborative Combat Aircraft développés avec le F-47.

L’US Air Force veut notamment réutiliser des architectures gouvernementales développées pour les CCA. Elle souhaite également passer d’un pilotage classique à une gestion dans laquelle un opérateur supervise plusieurs drones.

Les communications devront associer SATCOM et réseaux maillés. Si la liaison principale disparaît, les appareils devront pouvoir poursuivre certaines fonctions localement.

Cela rapproche progressivement les drones ISR traditionnels des systèmes autonomes de combat.

La masse devient une nouvelle forme de protection

Le principe le plus intéressant du MMA concerne la survivabilité.

Un B-21 ou un futur F-47 est conçu pour éviter la détection grâce à la furtivité, à la guerre électronique et à des systèmes extrêmement sophistiqués.

Le MMA adopte une autre logique : la protection vient aussi du nombre.

Envoyer vingt appareils au lieu de quatre oblige l’adversaire à détecter davantage de cibles, engager davantage de radars et consommer davantage de missiles sol-air. Même si plusieurs drones sont détruits, les autres peuvent poursuivre la mission.

Le coût de l’interception devient alors une variable stratégique.

Détruire un drone à 10 millions de dollars avec un missile sol-air coûtant plusieurs millions reste envisageable. Mais devoir répéter l’opération des dizaines ou des centaines de fois épuise les stocks et expose les positions des batteries.

Cette logique rejoint les développements chinois autour de l’intelligence artificielle et des formations de drones. Washington se prépare clairement à une guerre dans laquelle la quantité de plateformes disponibles sera presque aussi importante que leur sophistication individuelle.

Le Wildfire de General Atomics montre déjà l’ambition industrielle

General Atomics, constructeur du MQ-9, ne veut évidemment pas abandonner ce marché.

L’entreprise prépare un nouveau drone baptisé Wildfire. Peu de caractéristiques officielles sont encore publiées, mais General Atomics évoque des objectifs particulièrement ambitieux.

Le constructeur travaille notamment autour d’une autonomie de transfert pouvant atteindre 18 500 km (10 000 nm), de la possibilité d’emporter jusqu’à quatre missiles antinavires AGM-158C LRASM et de formations pouvant atteindre 100 appareils sous contrôle semi-autonome.

Ces caractéristiques ne doivent pas encore être considérées comme des performances contractuelles. Elles montrent néanmoins la direction suivie par l’industrie.

L’USAF souhaite initialement obtenir un prototype grandeur réelle rapidement. La solicitation publiée en juillet évoquait un premier vol dans les 21 mois suivant le contrat et 20 appareils opérationnels à l’horizon de l’exercice 2031. Après les pertes iraniennes, le secrétaire à l’Air Force Troy Meink a demandé d’accélérer encore le calendrier. L’objectif évoqué début septembre est désormais de pouvoir démontrer un prototype environ un an après la sélection.

Le MQ-9 laisse place à une économie de guerre aérienne

Le programme MMA traduit une leçon simple des conflits récents : un appareil peut être excellent et devenir malgré tout économiquement inadapté à une guerre d’attrition.

Pendant les campagnes antiterroristes, perdre exceptionnellement un MQ-9 restait supportable. Perdre des dizaines d’appareils en quelques mois change complètement l’équation.

L’US Air Force ne renonce donc pas aux drones sophistiqués. Elle construit plusieurs niveaux de force. Les F-47 et B-21 disposeront de technologies très coûteuses pour pénétrer les espaces les mieux défendus. Les CCA accompagneront les chasseurs. Les MMA fourniront la profondeur, la surveillance, la frappe et surtout la masse.

Le pari américain est désormais clair : ne plus demander à chaque plateforme de survivre à tout prix.

Dans une guerre contre une puissance capable de détruire régulièrement des appareils américains, Washington veut pouvoir remplacer les pertes plus vite que l’adversaire ne peut les provoquer. C’est moins spectaculaire qu’un nouvel avion furtif. Mais dans une guerre longue, cette capacité industrielle pourrait être beaucoup plus déterminante.

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