Des photos montrent un J-35 chinois à la surface argentée. Revêtement furtif, réduction infrarouge ou simple effet de lumière : ce que l’on sait.
En résumé
Depuis la mi-août 2026, des photographies d’un J-35 de l’aéronavale chinoise montrent l’appareil avec une surface inhabituellement brillante, presque métallique. Aucun organisme chinois n’a confirmé l’application d’un nouveau revêtement furtif. Les images seules ne permettent donc pas d’affirmer que Pékin teste une nouvelle technologie. L’hypothèse est néanmoins crédible car les États-Unis ont expérimenté, depuis 1993, des traitements comparables sur F-117, puis sur des démonstrateurs Model 401, des F-22 et des F-35C. Plusieurs fonctions sont envisageables : réduction de la signature infrarouge, amélioration de la résistance aux agressions marines, évolution des matériaux absorbant les radars ou expérimentation liée aux lasers. L’apparence brillante dans le visible ne dit presque rien de la furtivité radar. L’enjeu véritable est désormais multispectral : un chasseur furtif doit être difficile à détecter non seulement au radar, mais aussi dans l’infrarouge et par des moyens électro-optiques.
Le J-35 argenté apparaît au moment où l’appareil entre dans une nouvelle phase
Les premières photographies ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux chinois à la mi-août 2026. Elles montrent un J-35 naval en vol avec une finition beaucoup plus claire et réfléchissante que le gris habituellement associé aux appareils furtifs. Selon l’angle du soleil, certaines zones du fuselage, des ailes et des empennages prennent un aspect presque chromé.
L’image a rapidement été comparée aux F-22 et F-35 américains ayant porté des surfaces expérimentales similaires.
Mais le premier constat doit rester prudent. La Chine n’a annoncé aucun nouveau revêtement furtif pour le J-35. Rien ne permet, à partir de photographies compressées et prises à distance, de déterminer la composition chimique ou électromagnétique de sa surface.
Des spécialistes chinois ont eux-mêmes avancé une explication plus simple : la combinaison de l’éclairage, de l’angle d’observation et du traitement numérique des images pourrait accentuer considérablement la brillance d’un revêtement déjà existant.
Le contexte rend néanmoins cette apparition intéressante.
Le J-35 est devenu l’un des éléments centraux de la nouvelle aviation embarquée chinoise. En septembre 2025, la marine chinoise a officiellement confirmé ses premiers décollages par catapulte électromagnétique et ses premiers appontages sur le porte-avions Fujian. Le navire, de plus de 80 000 tonnes à pleine charge selon les données chinoises, est entré en service le 5 novembre 2025.
Le J-35 opère désormais aux côtés du J-15T et de l’avion de guet aérien KJ-600.
Un traitement de surface expérimental prend donc une importance particulière sur cet appareil. Le J-35 n’est plus simplement un prototype terrestre. Il devient un chasseur destiné à passer une partie de sa vie dans l’un des environnements les plus agressifs possibles pour un avion : le pont d’un porte-avions.
La brillance visible ne signifie pas que le J-35 est moins furtif
L’idée d’un avion furtif brillant paraît contradictoire.
Elle ne l’est pas nécessairement.
La lumière visible occupe approximativement des longueurs d’onde comprises entre 400 et 700 nanomètres. Un radar de conduite de tir fonctionnant en bande X utilise au contraire des longueurs d’onde de l’ordre de quelques centimètres. Entre les deux, l’écart atteint plusieurs dizaines de milliers de fois.
Un matériau peut donc réfléchir fortement la lumière visible tout en ayant un comportement complètement différent vis-à-vis d’une onde radar.
C’est un point essentiel.
La furtivité radar ne repose d’ailleurs jamais uniquement sur la peinture. La forme de l’avion constitue sa première défense. Le J-35 utilise des surfaces alignées selon des angles précis, des entrées d’air masquant les parties fortement réfléchissantes du moteur, des armements placés en soute et des traitements particuliers autour des ouvertures et des panneaux.
Le but consiste à empêcher l’énergie radar de revenir vers l’émetteur.
Des matériaux absorbant les ondes radar, ou RAM, complètent ensuite cette géométrie. Ils utilisent différentes combinaisons de polymères, de matériaux diélectriques, de particules conductrices ou magnétiques et de couches résistives afin de dissiper ou de déphaser une partie de l’énergie électromagnétique.
Sur le F-35, par exemple, la faible observabilité résulte simultanément de la forme de la cellule, des matériaux composites, des traitements de surface et de la précision d’assemblage. Des milliers de fixations et de joints doivent être surveillés afin de conserver les performances furtives de l’appareil.
Une couche réfléchissante très mince peut donc parfaitement être placée au-dessus d’un système absorbant, à condition que ses propriétés électriques aient été conçues pour ne pas perturber le comportement de l’ensemble aux fréquences radar recherchées.
À l’inverse, une simple feuille métallique conductrice placée sans précaution sur une surface furtive pourrait augmenter fortement les réflexions radar.
Sans connaître la composition du revêtement du J-35, personne ne peut déterminer dans quelle catégorie il se situe.
La réduction de la signature infrarouge est l’hypothèse la plus intéressante
La comparaison avec les expérimentations américaines conduit naturellement vers l’infrarouge.
Un avion n’est pas seulement détectable au radar. Il rayonne également de l’énergie thermique.
Les moteurs et leurs tuyères constituent les sources les plus évidentes. Mais le fuselage lui-même chauffe. À haute vitesse, l’échauffement aérodynamique augmente la température des bords d’attaque, du nez et de certaines zones de la cellule. L’avion reçoit aussi de la chaleur de ses systèmes internes et du rayonnement solaire.
Des capteurs IRST, pour Infrared Search and Track, peuvent rechercher ces différences de température sans émettre eux-mêmes aucune onde radar.
C’est particulièrement gênant pour un avion furtif.
Un radar actif révèle généralement qu’il recherche une cible. Un IRST peut rester entièrement passif. L’amélioration des détecteurs infrarouges, des systèmes optiques et du traitement informatique augmente donc progressivement la menace contre les avions de cinquième génération.
Une surface possédant une faible émissivité dans certaines bandes infrarouges pourrait diminuer la quantité d’énergie thermique rayonnée directement vers un capteur.
La physique des revêtements thermiques est bien connue. L’industrie spatiale utilise depuis longtemps des matériaux dont l’absorptivité solaire et l’émissivité infrarouge sont contrôlées séparément. Certains films métallisés peuvent réfléchir une grande partie du rayonnement solaire tout en présentant un comportement thermique précisément ajusté dans l’infrarouge.
Le principe appliqué à un chasseur serait cependant beaucoup plus complexe.
Un revêtement à faible émissivité peut réduire le rayonnement thermique directement émis par une surface, mais il peut aussi compliquer son refroidissement radiatif. La température réelle de la peau dépend alors de la conduction, de la convection aérodynamique et des différentes sources internes de chaleur.
Il ne suffit donc pas de mettre un miroir sur un avion pour le rendre invisible aux capteurs infrarouges.
Il faut concevoir une véritable gestion spectrale de la signature.
Le F-117 avait déjà expérimenté cette idée en 1993
La première comparaison sérieuse remonte à plus de trente ans.
En juillet 1993, un F-117A Nighthawk de développement a participé au programme SENIOR SPUD. Une partie de l’avion avait reçu un revêtement métallique fortement réfléchissant.
Quatre vols d’essais auraient été réalisés. Le F-117 évoluait à proximité du NKC-135A Flying Infrared Signature Technology Aircraft, un laboratoire volant spécialisé dans la mesure des signatures infrarouges.
L’objectif documenté était d’évaluer une réduction de la signature infrarouge.
Le résultat visuel était spectaculaire. La surface pouvait paraître terne sous certains angles puis réfléchir violemment le soleil sous d’autres.
Les essais montraient déjà une difficulté fondamentale de la furtivité multispectrale : améliorer une signature peut en dégrader une autre.
Un traitement susceptible de réduire certains rayonnements infrarouges peut rendre un avion beaucoup plus visible dans le spectre visible lorsqu’il réfléchit directement le soleil.
Les Model 401 ont relancé les essais aux États-Unis
En juin 2020, l’un des deux démonstrateurs Scaled Composites Model 401 Son of Ares a été photographié avec une surface presque intégralement recouverte de matériau réfléchissant.
Les essais se déroulaient autour de Naval Air Weapons Station China Lake, l’un des principaux centres américains de développement de systèmes aéronautiques et d’armements.
Le programme n’a jamais été publiquement expliqué en détail.
Les Model 401 ont néanmoins travaillé avec différentes plateformes d’essais et plusieurs types de capteurs. Les traitements métalliques observés présentent également des similitudes avec ceux qui sont apparus ensuite sur les chasseurs furtifs américains.
Ils ont donc probablement servi à tester le comportement de différents matériaux dans plusieurs parties du spectre électromagnétique.
Les F-22 ont ensuite reçu plusieurs peaux métalliques
En novembre 2021, un F-22 basé à Nellis Air Force Base est apparu avec une surface constituée de panneaux métalliques réfléchissants.
Un deuxième appareil a ensuite reçu une configuration différente, composée de petites pièces géométriques formant une sorte de mosaïque.
L’U.S. Air Force a fourni une explication volontairement limitée. Selon le 57th Wing, il s’agissait d’une démonstration de matériaux visant notamment à évaluer des solutions susceptibles d’améliorer le maintien en condition et de réduire la charge de maintenance sur le cycle de vie.
Des responsables militaires ont confirmé que les matériaux expérimentaux étaient évalués pour déterminer s’ils pouvaient améliorer la soutenabilité et la fiabilité du F-22.
Ce point est important.
La furtivité possède un coût industriel élevé.
Les revêtements du F-22 demandent une maintenance méticuleuse. Humidité, température, abrasion et ouvertures répétées des panneaux peuvent dégrader leur adhérence ou modifier leur comportement électromagnétique.
Les forces aériennes doivent donc disposer d’équipes spécialisées chargées de restaurer les surfaces à faible observabilité.
Un nouveau revêtement plus résistant peut donc améliorer indirectement la disponibilité opérationnelle d’une flotte.

Le F-35C constitue la comparaison la plus pertinente pour la Chine
Le parallèle le plus intéressant avec le J-35 concerne cependant le F-35C.
Les deux appareils sont des chasseurs furtifs embarqués appelés à fonctionner depuis des porte-avions.
À partir de 2022, plusieurs F-35C de l’U.S. Navy ont été observés avec des revêtements réfléchissants. Certaines surfaces étaient constituées de losanges, de triangles et de petits panneaux métallisés appliqués par-dessus la finition habituelle de l’appareil.
Un F-35C équipé de ce traitement a également été photographié lors d’opérations sur porte-avions.
Cette dimension navale ouvre une seconde hypothèse particulièrement crédible pour le J-35 : la durabilité.
Le pont d’un porte-avions expose les avions aux embruns salins, à une humidité importante, au vent, aux hydrocarbures, aux variations thermiques, aux ultraviolets et aux sollicitations mécaniques répétées.
Or les revêtements furtifs sont sensibles à leur état de surface.
La lutte contre la corrosion fait directement partie de l’entretien de la faible observabilité sur le F-35.
Des photographies d’un F-35C américain expérimental prises après des essais intensifs ont montré des éléments réfléchissants très dégradés. Selon des témoignages rapportés dans la presse spécialisée, le traitement aurait notamment été évalué pour améliorer la résistance aux effets de l’air salin, même si cette explication n’a jamais été officiellement confirmée par l’U.S. Navy.
Pour le J-35, cette piste mérite donc d’être prise très au sérieux.
Le revêtement pourrait remplir plusieurs fonctions simultanément
Chercher une fonction unique serait probablement une erreur.
Les matériaux modernes permettent de concevoir des surfaces possédant plusieurs propriétés.
Un traitement destiné au J-35 pourrait ainsi viser simultanément à améliorer la résistance aux agressions marines, stabiliser les caractéristiques radar du revêtement dans le temps et modifier son comportement dans certaines bandes infrarouges.
Une autre hypothèse concerne les lasers.
Une surface capable de réfléchir une forte proportion d’une longueur d’onde donnée absorbe moins d’énergie à cette fréquence. En théorie, cela peut augmenter sa résistance à un laser ou perturber certains systèmes de télémétrie et de désignation.
Les États-Unis étudient depuis longtemps la protection des aéronefs contre les armes à énergie dirigée. La présence de revêtements métalliques sur plusieurs plateformes d’essais a donc alimenté l’hypothèse de recherches sur des contre-mesures laser.
Mais aucune preuve publique ne permet de relier directement le J-35 à cette fonction.
Il faut conserver la même prudence pour l’hypothèse radar.
Une nouvelle génération de matériaux absorbants plus résistants serait extrêmement intéressante. Les avions furtifs modernes cherchent précisément à intégrer davantage les propriétés absorbantes directement dans les matériaux de structure afin de limiter les longues réparations de surface.
Mais une photographie argentée ne suffit pas à démontrer un progrès dans ce domaine.
La furtivité devient désormais une bataille multispectrale
Le véritable intérêt de ces photographies dépasse finalement la couleur du J-35.
Les premiers avions furtifs ont été conçus principalement pour réduire leur surface équivalente radar. Cette priorité demeure. Mais les adversaires développent désormais des moyens complémentaires : IRST longue portée, réseaux de capteurs passifs, radars fonctionnant dans différentes bandes de fréquences, satellites infrarouges et fusion de données provenant de plusieurs plateformes.
La réponse consiste à passer de la furtivité radar à la faible observabilité multispectrale.
Cela signifie travailler sur la signature radar, infrarouge, électromagnétique et parfois visuelle d’un appareil, tout en contrôlant sa chaleur et ses émissions électroniques.
La Chine suit clairement cette logique dans la conception générale du J-35.
Les photographies disponibles depuis plusieurs années montrent notamment des tuyères aux contours dentelés destinées à réduire certains retours radar et à mieux contrôler la signature arrière. L’appareil combine également des soutes internes, des capteurs électro-optiques intégrés et une géométrie générale pensée pour réduire la détectabilité.
Sa masse maximale au décollage est généralement estimée autour de 30 tonnes. Sa cellule a été spécifiquement navalialisée avec un train renforcé, une crosse d’appontage, des ailes repliables et un dispositif compatible avec le lancement par catapulte.
Une amélioration de la peau de l’appareil serait donc parfaitement cohérente avec la maturation du programme.
Le véritable impact dépendra de ce que montreront les prochains appareils
Il serait prématuré de présenter le J-35 argenté comme la preuve d’une révolution chinoise dans les matériaux furtifs.
Trois scénarios restent crédibles.
Le premier est relativement banal : un effet d’éclairage amplifié par les photographies et leur traitement numérique.
Le deuxième est intermédiaire : une nouvelle finition protectrice ou un traitement de production présentant simplement une réflectivité visible différente.
Le troisième est beaucoup plus significatif : un revêtement expérimental destiné à contrôler les signatures radar, infrarouges ou thermiques tout en améliorant la durabilité de l’appareil en environnement naval.
C’est la répétition qui permettra de les départager.
Si plusieurs J-35 apparaissent avec cette finition, notamment lors d’opérations régulières depuis le Fujian, l’hypothèse d’un nouveau standard industriel deviendra beaucoup plus sérieuse.
Si un seul appareil conserve cette apparence pendant quelques campagnes d’essais avant de revenir au gris conventionnel, il faudra plutôt y voir un banc d’essai volant.
Le précédent américain invite surtout à ne pas rejeter l’hypothèse technologique au seul motif que l’appareil semble brillant.
Des F-117, des F-22 et des F-35 ont réellement testé des traitements présentant une apparence comparable.
Mais ces précédents invitent aussi à rester prudent.
Un avion brillant peut être furtif. Un avion brillant n’est pas nécessairement plus furtif.
Tout dépend des longueurs d’onde considérées, de la structure microscopique des matériaux, de leur conductivité, de leur émissivité et de la manière dont ils sont intégrés à la cellule.
C’est précisément pour cette raison que le J-35 photographié en août mérite l’attention.
La furtivité du prochain affrontement aérien ne se jouera plus uniquement sur ce que voit un radar. Elle se jouera sur la capacité d’un avion à contrôler ce qu’il renvoie, ce qu’il absorbe et ce qu’il émet dans plusieurs parties du spectre électromagnétique à la fois.
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