Séoul lance une étude de 14 mois pour définir son futur chasseur de 6e génération, avec furtivité avancée, IA et drones de combat collaboratifs.

En résumé

La Corée du Sud ne veut pas s’arrêter au KF-21 Boramae. Alors que son premier chasseur national entre dans sa phase opérationnelle, la Defense Acquisition Program Administration a lancé une étude conceptuelle de 14 mois consacrée à un futur avion de combat de nouvelle génération. L’appel d’offres a été publié le 21 août 2026 et largement commenté début septembre. Dotée de 900 millions de wons, environ 650 000 dollars, l’étude doit déterminer les missions, l’architecture et les technologies d’un éventuel chasseur de sixième génération susceptible d’entrer en service dans les années 2040. Parmi les pistes étudiées figurent une furtivité couvrant plusieurs bandes radar, des soutes internes, une propulsion avancée, l’intelligence artificielle et le combat collaboratif avec des drones autonomes. Aucun programme de développement n’est encore lancé. Mais Séoul commence clairement à préparer l’après-KF-21 alors même que les premiers Boramae doivent rejoindre la Republic of Korea Air Force en 2026.

La Corée du Sud ouvre officiellement l’étude de son futur chasseur

Le calendrier est révélateur.

Le 21 août 2026, la Defense Acquisition Program Administration, ou DAPA, a publié un appel d’offres pour une étude intitulée « Korean Next-Generation Fighter Concept Study ».

Le projet doit durer 14 mois et dispose d’un budget de 900 millions de wons, soit environ 650 000 dollars. À l’échelle d’un programme de chasseur moderne, cette somme est minuscule. C’est logique : il ne s’agit pas de construire un prototype, mais de définir ce qu’il faudrait construire.

L’étude doit préciser le concept d’emploi, les performances nécessaires, les architectures possibles et la feuille de route technologique.

La nuance est essentielle : la Corée du Sud n’a pas encore lancé le développement d’un chasseur de sixième génération. Aucun budget de plusieurs milliards n’a été approuvé et aucune date d’entrée en service n’est contractualisée.

Séoul veut d’abord déterminer si les technologies nécessaires sont réalistes et à quel coût.

Le KF-21 arrive à peine en service

Cette anticipation peut surprendre car le KF-21 Boramae vient seulement d’achever son propre développement.

La DAPA a officiellement clôturé le programme de développement du KF-21 le 29 juillet 2026, après environ 1 600 vols d’essais réalisés sans accident pendant 42 mois et quelque 13 000 conditions de test.

L’appareil avait obtenu sa qualification définitive pour le combat en mai.

Le premier KF-21 de série avait été présenté le 25 mars. Sa livraison à la Republic of Korea Air Force est prévue à partir du second semestre 2026, avec une première remise annoncée pour septembre.

La Corée du Sud prévoit 40 appareils principalement optimisés pour le combat air-air d’ici 2028, puis 80 supplémentaires dotés de capacités air-sol et antinavires. La cible reste 120 KF-21 à l’horizon 2032.

Le Boramae reste officiellement un chasseur de génération 4,5. Il dispose d’une cellule réduisant sa signature radar, d’un radar AESA sud-coréen et d’une avionique moderne, mais ses premières versions transportent leurs armes principalement à l’extérieur.

Le futur appareil étudié doit franchir un seuil beaucoup plus ambitieux.

La furtivité envisagée va beaucoup plus loin que celle du KF-21

Les critères publiés autour de l’appel d’offres montrent que Séoul ne souhaite pas simplement produire un KF-21 amélioré.

L’étude doit comparer plusieurs configurations aérodynamiques. Au moins l’une d’elles serait dépourvue de dérives verticales.

Cette architecture est devenue caractéristique de plusieurs concepts de sixième génération. Les dérives sont efficaces pour contrôler l’avion en lacet, mais leurs surfaces verticales peuvent fortement réfléchir les ondes radar.

Les supprimer peut donc réduire la signature radar sous certains angles. Cela impose en contrepartie une aérodynamique plus complexe et des commandes de vol extrêmement sophistiquées.

La documentation rapportée par la presse spécialisée évoque également une faible observabilité couvrant les bandes L, S et X.

Ce point est important. Un avion furtif moderne n’est pas conçu uniquement pour être difficile à détecter par les radars de conduite de tir en bande X. Les réseaux de défense utilisent plusieurs fréquences. Une furtivité dite « broadband » cherche donc à diminuer la signature sur une plage plus large du spectre électromagnétique.

Des soutes internes sont également envisagées afin d’éviter que missiles et pylônes externes ne dégradent cette faible observabilité.

La propulsion adaptative apparaît comme l’un des défis majeurs

Les caractéristiques étudiées comprennent deux moteurs de nouvelle génération et la possibilité d’une propulsion à cycle adaptatif.

Un moteur adaptatif peut modifier certains paramètres de son flux d’air selon les besoins.

En combat, il peut privilégier la poussée. Pendant une mission de longue durée, il peut rechercher une meilleure efficacité énergétique. Cette flexibilité permet théoriquement de combiner rayon d’action, vitesse et capacité de production électrique.

Le cahier des charges évoqué dans plusieurs publications mentionne également le vol supersonique prolongé.

Le défi pour Séoul sera industriel. Le KF-21 utilise actuellement deux General Electric F414-400K. Même si une partie de leur production est localisée en Corée, la technologie de base reste américaine.

Un futur chasseur véritablement souverain imposerait donc de progresser fortement dans la maîtrise nationale des moteurs militaires avancés.

KF-21

L’intelligence artificielle doit changer le rôle du pilote

La différence la plus importante ne se trouve peut-être pas dans la cellule.

La future plateforme doit intégrer des fonctions d’intelligence artificielle directement dans le système de mission.

L’objectif n’est pas de supprimer le pilote. Il est de lui permettre de superviser un champ de bataille beaucoup plus complexe.

Un chasseur moderne reçoit déjà les données du radar, des capteurs infrarouges, de la guerre électronique et des liaisons tactiques. Avec plusieurs drones autour de lui, le volume d’informations augmente brutalement.

L’IA doit trier ces données, identifier les menaces, proposer des trajectoires ou répartir les tâches entre les différents appareils.

Le pilote évolue alors progressivement d’un rôle de conducteur d’avion vers celui de commandant d’une formation distribuée.

C’est l’une des caractéristiques centrales d’un avion de chasse de 6e génération : la plateforme habitée n’est plus considérée comme une arme isolée.

Les loyal wingmen deviennent une composante centrale du projet

Séoul travaille déjà sur ce modèle.

Korea Aerospace Industries a présenté au Farnborough International Airshow 2026 une architecture associant un KF-21 à quatre MUCCA et huit SUCA, soit douze drones de combat collaboratifs autour d’un seul chasseur.

Cette architecture coréenne de drones collaboratifs reste un concept en développement. Mais elle montre clairement la direction retenue.

Les drones pourraient effectuer des missions de reconnaissance avancée, de guerre électronique, de leurre ou de frappe.

Leur intérêt est géométrique autant que numérique.

Un radar installé sur un drone évoluant 100 ou 200 km devant l’avion piloté peut observer une cible sous un angle différent. Un autre appareil peut brouiller un radar ennemi. Un troisième peut transporter des missiles.

L’adversaire doit alors détecter et traiter plusieurs plateformes simultanément.

Cette dispersion est au cœur du combat aérien futur.

Le futur chasseur pourrait ne pas remplacer directement le KF-21

Parler aujourd’hui de « successeur » demande néanmoins de la prudence.

La DAPA décrit un futur système susceptible de fournir les capacités de combat aérien sud-coréennes à partir des années 2040. Cela ne signifie pas que les KF-21 disparaîtront à cette date.

Au contraire, les deux générations pourraient coexister pendant longtemps.

Le KF-21 doit lui-même évoluer. Le ministère sud-coréen de la Défense a déjà évoqué une trajectoire conduisant vers une furtivité accrue, l’IA et le MUM-T, pour Manned-Unmanned Teaming.

KAI travaille également sur des variantes spécialisées et sur une évolution parfois désignée KF-21EX, potentiellement dotée de caractéristiques furtives plus poussées et de soutes internes.

Séoul devra donc choisir entre deux stratégies : pousser très loin l’évolution du Boramae ou financer une cellule entièrement nouvelle.

C’est précisément l’une des questions auxquelles l’étude actuelle doit préparer une réponse.

La Corée du Sud veut entrer dans le club fermé des architectes du combat aérien

La portée stratégique de cette décision dépasse le prochain avion.

Il y a vingt ans, l’industrie sud-coréenne dépendait encore largement de technologies étrangères pour produire ses chasseurs. Avec le KF-21, elle a appris à concevoir une cellule supersonique complexe, intégrer un radar AESA national, développer de l’avionique et conduire plus de 1 600 vols d’essais.

Le futur programme vise une marche supplémentaire.

Les États-Unis préparent le F-47 et ses Collaborative Combat Aircraft. Le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon développent le GCAP. La Chine fait voler plusieurs démonstrateurs associés à la prochaine génération.

Séoul ne veut manifestement pas attendre que ces systèmes soient opérationnels pour commencer à réfléchir au sien.

Le budget de 900 millions de wons reste celui d’une étude, pas celui d’un programme industriel. Mais le signal est clair. La Corée du Sud ne veut plus seulement fabriquer un bon chasseur national. Elle veut maîtriser l’architecture complète du combat aérien des années 2040 : avion furtif, moteurs, intelligence artificielle, drones, capteurs distribués et réseaux de données.

Le véritable saut après le KF-21 pourrait donc ne pas être un avion plus performant. Il pourrait être le passage d’un chasseur national à un système de combat aérien entièrement coréen.

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