Seize Gripen C/D pourraient rejoindre l’Ukraine dès 2027, avant les Gripen E neufs. Une bascule industrielle et stratégique face à la Russie.
En résumé
Le dossier des Saab JAS 39 Gripen pour l’Ukraine vient de franchir un seuil politique et industriel décisif. Mais deux opérations doivent être distinguées. La Suède prévoit de donner jusqu’à 16 Gripen C/D d’occasion, dont les premières livraisons pourraient commencer au début de 2027. En parallèle, Saab a reçu une commande de 16 Gripen E neufs, évaluée à 24,6 milliards de couronnes suédoises, avec des livraisons prévues en 2029 et 2030.
Ce choix ne remplace pas les F-16 ukrainiens. Il construit une seconde filière occidentale, mieux adaptée aux opérations dispersées et aux infrastructures dégradées. Le missile Meteor pourrait surtout obliger les Su-34 russes à larguer leurs bombes planantes plus loin du front.
Cette décision traduit aussi le recentrage américain. Washington demande aux Européens de financer davantage la défense de l’Ukraine, tandis que ses propres stocks et priorités sont absorbés par d’autres théâtres. L’Europe commence donc à fournir des systèmes qu’elle aurait autrefois attendu des États-Unis.
La livraison de 2027 concerne les Gripen C/D et non les Gripen E
L’annonce demande une lecture précise. Seize avions sont bien attendus à partir de 2027, mais il s’agit des JAS 39 Gripen C/D actuellement utilisés par la Flygvapnet, l’armée de l’air suédoise.
Ces appareils doivent être prélevés sur la flotte nationale et transférés à l’Ukraine sous la forme d’une aide bilatérale. Le gouvernement suédois parle d’une division complète, soit jusqu’à 16 avions. Leur transfert reste lié à l’acquisition par Kyiv d’une nouvelle flotte de Gripen E et à l’autorisation budgétaire du Riksdag.
Une seconde opération a été officialisée le 30 juin 2026. Saab a signé avec la Swedish Defence Materiel Administration un contrat portant sur 16 Gripen E destinés à l’Ukraine. La valeur annoncée atteint 24,6 milliards de couronnes suédoises, soit environ 2,54 milliards de dollars et près de 2,3 milliards d’euros aux taux de change du moment.
Ces appareils ne seront pas livrés en 2027. Saab prévoit de les remettre à l’administration suédoise entre 2029 et 2030, avant leur transfert à l’Ukraine selon les modalités convenues.
Le calendrier comporte donc deux étages. Les Gripen C/D doivent fournir une capacité opérationnelle rapide. Les Gripen E doivent ensuite constituer le noyau d’une aviation ukrainienne modernisée sur le long terme.
Cette distinction est importante. Elle évite de présenter comme imminente une livraison de chasseurs neufs qui demandera encore plusieurs années de production.
Le projet avait été suspendu pour ne pas désorganiser les F-16
La Suède avait déjà préparé le terrain en 2023 et 2024. Des pilotes ukrainiens avaient découvert le Gripen. Des évaluations techniques avaient été lancées. Stockholm avait également étudié les conséquences d’un transfert sur sa propre sécurité.
Le projet avait pourtant été mis en retrait en septembre 2024. La raison était opérationnelle, et non politique. Les alliés voulaient donner la priorité à l’intégration des F-16.
L’Ukraine devait déjà absorber un changement considérable. Il fallait former des pilotes, des mécaniciens, des armuriers et des contrôleurs. Il fallait convertir des bases, établir des réseaux de pièces détachées et intégrer des missiles occidentaux. Ajouter immédiatement le Gripen aurait créé une deuxième chaîne logistique au moment le plus fragile.
Un avion de combat n’est jamais livré seul. Il arrive avec ses simulateurs, ses moyens d’essai, ses outils de maintenance, ses logiciels, ses équipements au sol et ses procédures de sécurité. Chaque nouveau type accroît la complexité de la flotte.
Kyiv exploite encore des appareils d’origine soviétique. Il a introduit le F-16, puis le Mirage 2000. L’ajout du Gripen crée une nouvelle famille. Le risque de dispersion est réel.
Le calcul a toutefois changé. Les F-16 sont désormais intégrés. Les équipes ukrainiennes ont accumulé une première expérience de la maintenance occidentale. La formation au Gripen peut donc commencer sans remettre en cause la filière américaine.
La Suède a également besoin de temps pour préparer les appareils, constituer les stocks de pièces et remplacer les avions qu’elle cédera. Le report initial n’a pas enterré le projet. Il a décalé son calendrier jusqu’à ce que l’Ukraine puisse l’absorber.
Le Gripen C/D répond directement aux contraintes ukrainiennes
Le Gripen n’est pas furtif. Il ne possède pas la portée ni les capacités de pénétration d’un F-35. Son intérêt pour l’Ukraine se trouve ailleurs.
La Suède l’a conçu pendant la guerre froide pour continuer à combattre après la destruction des grandes bases aériennes. Les avions devaient être dispersés sur des tronçons routiers, camouflés, ravitaillés rapidement et remis en vol avec des équipes réduites.
Cette philosophie correspond étroitement aux conditions ukrainiennes. Les aérodromes sont régulièrement frappés par des missiles balistiques, des missiles de croisière et des drones. Les avions doivent changer de site, éviter les stationnements prolongés et limiter leur dépendance à de lourdes infrastructures.
Selon un responsable de la coopération de défense ukrainienne interrogé par Reuters, une équipe de six personnes, composée d’un technicien qualifié et de cinq personnels moins spécialisés, peut ravitailler et réarmer un Gripen en moins de dix minutes. Le remplacement du moteur peut également être réalisé rapidement sur le terrain.
Ces caractéristiques ne sont pas accessoires. Dans une guerre d’attrition, la disponibilité quotidienne compte souvent davantage que la performance maximale inscrite sur une fiche technique.
Le Gripen C/D utilise le turboréacteur RM12, dérivé du General Electric F404. Sa vitesse maximale est proche de Mach 2. Il peut employer des armements européens et américains. Il est compatible avec l’AMRAAM, l’IRIS-T et surtout le Meteor.
La version biplace Gripen D pourra servir à la transformation opérationnelle, aux missions complexes et à l’entraînement avancé. Le Gripen C monoplace assurera l’essentiel des sorties de combat.
Le missile Meteor représente la véritable rupture opérationnelle
L’avion seul ne changera pas l’équilibre aérien. Le couple Gripen-Meteor peut en revanche imposer de nouvelles contraintes à l’aviation russe.
Le Meteor est un missile air-air à longue portée guidé par radar. Il utilise un statoréacteur à poussée modulable. Contrairement à un missile dont le moteur brûle rapidement après le lancement, il conserve une partie importante de son énergie jusqu’à la phase finale.
Cette caractéristique augmente sa zone d’interception efficace contre une cible qui manœuvre ou tente de fuir. La portée théorique ne suffit pas à mesurer cette efficacité. L’enjeu est la quantité d’énergie encore disponible lorsque le missile approche de sa cible.
Les Su-34 russes larguent fréquemment leurs bombes planantes à plusieurs dizaines de kilomètres de la ligne de front. Ces munitions permettent de frapper les positions ukrainiennes sans pénétrer profondément dans la zone couverte par les défenses sol-air.
Un Gripen C équipé du Meteor pourrait menacer ces avions pendant leur préparation au tir. Des experts estiment que cette combinaison offre une meilleure possibilité d’engager un Su-34 situé de 60 à 70 kilomètres derrière les lignes russes qu’un F-16 ukrainien doté des versions d’AMRAAM actuellement disponibles.
L’effet recherché n’est pas nécessairement de multiplier les avions abattus. Il consiste à déplacer les trajectoires russes. Si les Su-34 doivent voler plus bas, rester plus loin ou interrompre leur préparation, la portée et la précision de leurs bombes diminuent.
Le Meteor peut aussi contraindre les Su-35 chargés d’escorter les bombardiers tactiques. La Russie devra mobiliser davantage de moyens de guerre électronique, de surveillance et de défense aérienne.
Cette pression ne supprimera pas la menace. Les Gripen devront eux-mêmes éviter les S-300, les S-400, les chasseurs russes et les missiles à longue portée. Ils dépendront aussi de la qualité des renseignements reçus par les radars terrestres et les réseaux alliés.
Le Gripen apporte donc un levier. Il ne crée pas automatiquement une supériorité aérienne.
Le Gripen E prépare une aviation ukrainienne différente
Le Gripen E appartient à une génération profondément modernisée. Il ne s’agit pas d’une simple évolution du Gripen C.
Sa cellule emporte davantage de carburant. Son moteur General Electric F414G offre une poussée supérieure. L’appareil possède dix points d’emport et peut transporter une charge plus importante sur une distance accrue.
Son radar Raven ES-05 utilise une antenne active à balayage électronique. Celle-ci peut être orientée mécaniquement afin d’élargir le champ de recherche. L’appareil dispose également d’un système infrarouge IRST, d’une suite de guerre électronique plus puissante et d’une architecture informatique conçue pour recevoir des mises à jour rapides.
Ces capacités augmentent la détection passive. Elles permettent au pilote de rechercher certaines cibles sans utiliser continuellement son radar. Elles améliorent aussi la fusion des informations fournies par d’autres avions, les radars terrestres et les centres de commandement.
Le Gripen E est cependant plus coûteux et plus complexe. Saab doit déjà honorer les commandes de la Suède, du Brésil et d’autres clients. La production ukrainienne ne peut donc pas être improvisée.
Le contrat signé le 30 juin ne porte plus sur les 20 appareils évoqués à la fin du mois de mai, mais sur 16 Gripen E. Le changement peut refléter une redéfinition du premier lot, de son financement et des équipements associés.
La valeur contractuelle représente environ 1,54 milliard de couronnes suédoises par avion si elle est divisée mécaniquement par 16. Ce calcul, soit près de 159 millions de dollars par appareil, ne correspond toutefois pas au prix de la cellule seule. Le contrat comprend des pièces détachées, du matériel, des équipements et un soutien technique.
Comparer ce montant au prix catalogue d’un autre chasseur serait donc trompeur.
Les budgets révèlent deux logiques différentes
Le financement du programme repose sur plusieurs niveaux.
Le contrat des 16 Gripen E atteint 24,6 milliards de couronnes suédoises. L’Ukraine doit utiliser une partie du prêt européen destiné à ses besoins militaires. Une enveloppe de 2,5 milliards d’euros avait initialement été annoncée pour l’acquisition de 20 Gripen E/F.
La donation des Gripen C/D relève d’un autre budget. Le gouvernement suédois a évalué à 22,2 milliards de couronnes le dispositif comprenant les avions, les munitions avancées, la formation, le soutien et le remplacement de la capacité cédée.
Ce chiffre ne représente pas la valeur commerciale de 16 avions d’occasion. Il inclut notamment l’achat de Gripen E/F supplémentaires pour la Flygvapnet. La Suède ne veut pas aider l’Ukraine en créant durablement un trou dans sa propre défense aérienne.
Une enveloppe complémentaire de 1,5 milliard de couronnes porte sur les munitions, les moyens de guerre électronique et les capacités de frappe à longue distance.
Le coût d’utilisation constitue l’autre avantage du Gripen. Un responsable ukrainien a estimé son coût de vol à environ 8 000 dollars par heure. Ce montant doit être traité avec prudence, car les méthodes comptables varient selon les pays. Il reste nettement inférieur aux coûts complets généralement associés aux chasseurs lourds et aux appareils furtifs.
Dans une guerre où les avions doivent voler pendant plusieurs années, la consommation, les pièces, le nombre de mécaniciens et la durée des opérations au sol deviennent déterminants.
Un chasseur moins cher à exploiter peut effectuer davantage de missions avec une enveloppe identique. Cette réalité explique en partie pourquoi Kyiv ne cherche pas uniquement le système le plus performant. Il cherche un avion qu’il pourra maintenir sous les bombardements.

Le recentrage américain oblige l’Europe à prendre le relais
Le dossier Gripen ne peut pas être séparé de l’évolution politique américaine.
Washington reste un fournisseur central de missiles, de renseignements et de systèmes de défense aérienne. Mais son aide à l’Ukraine a nettement ralenti. L’administration américaine insiste sur la protection du territoire national, la reconstitution des stocks et le partage du fardeau avec les alliés.
La stratégie de sécurité nationale publiée en 2025 critique explicitement les engagements internationaux dont le lien avec les intérêts directs des États-Unis est jugé insuffisant. Le budget fédéral pour 2026 met également l’accent sur la défense nationale, la frontière et la réduction de certaines aides extérieures.
Cette orientation répond à plusieurs forces politiques intérieures. Une partie de l’électorat républicain refuse les engagements prolongés à l’étranger. Certains élus demandent que les Européens paient davantage pour une guerre menée sur leur continent. Les déficits fédéraux et les dépenses domestiques nourrissent aussi la contestation.
Le Congrès reste plus favorable à l’Ukraine que certaines composantes de l’exécutif. En juin 2026, une commission du Sénat a proposé 750 millions de dollars pour l’Ukraine Security Assistance Initiative. La Chambre a soutenu un dispositif comprenant plus d’un milliard de dollars d’aide et jusqu’à 8 milliards de prêts.
Ces montants montrent un soutien persistant. Ils restent toutefois éloignés des grandes enveloppes votées au début de la guerre.
La difficulté est également industrielle. Les États-Unis doivent approvisionner leurs propres forces, leurs alliés de l’OTAN, Israël et leurs partenaires du Pacifique. La demande mondiale de missiles Patriot dépasse les rythmes de production. Les tensions au Moyen-Orient ont encore renforcé cette concurrence.
Le ralentissement américain ne signifie donc pas un abandon total. Il correspond à une combinaison de choix politiques, de contraintes industrielles et de priorités stratégiques.
Le contrat Gripen illustre la réponse européenne. La Suède fournit les avions. L’Union européenne finance l’achat. Kyiv forme les personnels et intègre le système. L’Europe prend en charge une fonction qui aurait auparavant reposé plus largement sur Washington.
Le besoin ukrainien d’armement reste impossible à rassasier
L’Ukraine ne demande pas seulement des chasseurs. Elle manque simultanément de missiles antiaériens, d’obus, de drones, de radars, de pièces détachées et de moyens de guerre électronique.
Au printemps 2026, des unités de défense aérienne ukrainiennes auraient utilisé des lanceurs seulement à moitié chargés. Kyiv en était parfois réduit à demander des lots de cinq ou dix missiles pour ses systèmes NASAMS et IRIS-T.
Le programme tchèque d’achat de munitions cherchait à mobiliser 5 milliards d’euros. En février, seuls 1,4 milliard avaient été engagés. Cette différence résume le problème ukrainien. Les armes existent parfois sur le marché, mais les financements arrivent trop lentement.
L’Union européenne a donc adopté un prêt de 90 milliards d’euros pour 2026 et 2027. Une enveloppe indicative de 60 milliards doit soutenir l’industrie de défense et les acquisitions militaires. Pour 2026, 28,3 milliards sont prévus pour les capacités industrielles ukrainiennes. Une première tranche de 3,9 milliards a été affectée aux drones.
Ces montants paraissent immenses. Ils sont absorbés par une guerre menée chaque jour sur plus de 1 000 kilomètres de front, sous des vagues de drones et de missiles.
Les besoins se renouvellent continuellement. Un missile tiré disparaît du stock. Un canon usé doit être remplacé. Un radar allumé révèle sa position. Un avion nécessite des heures de maintenance après chaque série de missions.
Le terme « insatiable » décrit donc une mécanique matérielle. Il ne s’agit pas d’une préférence politique de Kyiv. C’est la conséquence d’une guerre industrielle longue face à un adversaire disposant d’une base de production massive.
Les armements ukrainiens commencent à peser lourdement sur la Russie
L’arrivée des Gripen ne produira ses premiers effets qu’en 2027. Mais l’augmentation générale des capacités ukrainiennes frappe déjà la Russie bien au-delà du front.
Les drones ukrainiens ont touché des raffineries, des dépôts, des ports et des stations de pompage sur plusieurs milliers de kilomètres. En août 2025, des frappes sur dix raffineries avaient perturbé au moins 17 % de la capacité russe, soit environ 1,1 million de barils par jour.
En mars 2026, les attaques contre les ports, les oléoducs et les terminaux auraient temporairement interrompu près de 40 % de la capacité d’exportation pétrolière russe. En juin, certaines régions ont subi des pénuries, des files d’attente et des prix dépassant 100 roubles par litre dans des stations indépendantes.
La Russie a dû augmenter ses importations de carburant et renforcer la protection de ses installations. Chaque système antiaérien déplacé vers une raffinerie ou un port n’est plus disponible pour défendre une base militaire ou soutenir les forces terrestres.
Le coût économique s’ajoute à l’effort budgétaire. Selon une analyse de Reuters Breakingviews, les dépenses militaires russes ont atteint un rythme équivalant à environ 12 % du produit intérieur brut au premier trimestre 2026. Cette estimation n’est pas une donnée budgétaire définitive, mais elle traduit le poids croissant de la guerre sur l’économie.
L’impact ne signifie pas que la Russie est proche de l’effondrement. Elle continue de produire des missiles, des drones, des chars et des bombes planantes. Elle dispose encore d’importantes ressources humaines et énergétiques.
Mais le prix augmente. Les infrastructures doivent être réparées. Les raffineries doivent être protégées. Les équipages doivent opérer plus loin. Les missiles antiaériens sont consommés contre des drones bien moins chers.
Les Gripen s’inscrivent dans cette logique. Leur objectif n’est pas seulement d’abattre des avions. Ils doivent obliger la Russie à modifier ses opérations et à dépenser davantage pour obtenir le même résultat.
Les seize appareils ne seront pas une arme miracle
Une flotte de 16 Gripen C/D reste limitée. Une partie des appareils sera nécessaire à l’entraînement. D’autres seront immobilisés pour la maintenance. Les avions ne pourront pas couvrir seuls l’ensemble du territoire ukrainien.
Leur efficacité dépendra du stock de Meteor, d’AMRAAM et d’IRIS-T. Elle dépendra aussi de la survivabilité des bases dispersées, de la disponibilité des radars et de la qualité du renseignement.
La Russie cherchera les Gripen au sol. Elle tentera de brouiller leurs communications, de frapper leurs dépôts et de viser les équipes de maintenance. Elle adaptera les trajectoires de ses Su-34 et renforcera leurs escortes.
Le Gripen ne supprimera donc ni les missiles balistiques, ni les drones, ni l’artillerie russe. Il ne donnera pas à l’Ukraine une maîtrise générale du ciel.
Son apport peut néanmoins être important. Il ajoute une capacité mobile, peu exigeante en infrastructures et dotée d’un missile air-air particulièrement dangereux. Il oblige l’adversaire à intégrer une nouvelle menace dans chaque plan de mission.
L’intérêt stratégique se situe précisément là. Seize avions peuvent modifier les calculs russes, même s’ils ne peuvent pas gagner seuls la guerre.
Le dossier Gripen annonce une européanisation durable de la guerre
La première livraison prévue en 2027 ne constitue pas seulement une nouvelle aide militaire. Elle marque la construction d’une aviation ukrainienne moins dépendante d’un fournisseur unique.
Les F-16 restent essentiels. Les Gripen C/D fourniront une capacité plus dispersable et un accès au Meteor. Les Gripen E prépareront la flotte de la prochaine décennie. Les systèmes européens de défense aérienne, les drones ukrainiens et les financements de l’Union compléteront cette architecture.
Cette diversification a un coût. Elle multiplie les chaînes de maintenance et les formations. Mais elle réduit aussi la vulnérabilité politique de Kyiv. Une décision prise à Washington ne pourra plus interrompre à elle seule l’ensemble du soutien aérien occidental.
La Russie fait face à une évolution comparable dans les autres domaines. L’Ukraine ne dépend plus uniquement des stocks disponibles chez ses alliés. Elle achète, produit et codéveloppe des systèmes destinés à une guerre longue.
Le Gripen arrive donc au moment où le conflit change de nature. Le débat ne porte plus seulement sur la prochaine livraison. Il porte sur la capacité de l’Europe à entretenir une force ukrainienne moderne pendant plusieurs années.
Le véritable test commencera lorsque les premiers appareils devront décoller depuis une route ukrainienne, éviter les frappes russes, tirer un Meteor et être remis en vol quelques minutes plus tard. C’est dans cette routine, et non dans l’annonce politique, que se mesurera la valeur du choix suédois.
Sources
Gouvernement suédois, « Sweden to sell Gripen E/F fighter aircraft to Ukraine », 28 mai 2026. Don de 16 Gripen C/D, calendrier, munitions, formation et enveloppe de 22,2 milliards de couronnes.
Gouvernement suédois, « Ukraine to procure Swedish fighter jets », 28 mai 2026. Financement européen de 2,5 milliards d’euros et projet initial portant sur 20 Gripen E/F.
Saab, « Saab signs contract for Gripen E for Ukraine », 30 juin 2026. Commande de 16 Gripen E pour 24,6 milliards de couronnes et livraisons prévues en 2029 et 2030.
Reuters, « Saab signs $2.54 billion Gripen fighter jet deal with Ukraine », 30 juin 2026. Distinction entre les Gripen C/D attendus en 2027 et les Gripen E neufs.
Gouvernement suédois, « New military support package to strengthen Ukraine’s defence capabilities », 9 septembre 2024. Mise en retrait temporaire du Gripen afin de prioriser l’intégration des F-16.
Reuters, « Sweden’s Gripen faces moment of truth in Ukraine’s air war with Russia », 4 juin 2026. Coût d’exploitation annoncé, opérations dispersées et intérêt du missile Meteor contre les porteurs de bombes planantes.
Saab, « Gripen E-series ». Motorisation F414G, radar AESA, système IRST, guerre électronique et dix points d’emport.
Ministère ukrainien de la Défense, « Gripen fighter aircraft armed with Meteor missiles will strengthen Ukraine’s Air Force », mai 2026. Emploi envisagé contre les Su-34 russes.
Conseil de l’Union européenne, « Council finalises €90 billion support loan to Ukraine », 23 avril 2026. Financement des besoins budgétaires et militaires ukrainiens en 2026 et 2027.
Commission européenne, « Commission disburses €3.9 billion for drones », 30 juin 2026. Répartition entre soutien budgétaire, défense et industrie ukrainienne.
Reuters, « Ukraine says it is running short of air defence missiles », 8 mai 2026. Épuisement des stocks de missiles antiaériens ukrainiens.
Maison-Blanche, « National Security Strategy », décembre 2025. Priorité donnée aux intérêts directs des États-Unis et au partage du fardeau avec les alliés.
Reuters, « US lawmakers seek $750 million for Ukraine », 11 juin 2026. Divergences entre le Congrès et l’administration sur la poursuite de l’aide militaire.
Reuters, « At least 40% of Russia’s oil export capacity halted », 25 mars 2026. Effets des frappes ukrainiennes sur les capacités énergétiques russes.
Reuters, « Russian fuel crisis pushes some pump prices past 100 roubles », 30 juin 2026. Pénuries et hausse des prix provoquées par les perturbations du raffinage.
Reuters Breakingviews, « Defence spending chokes Russia to stagnation », 25 juin 2026. Poids croissant des dépenses militaires sur l’économie russe.
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