À l’occasion des 15 ans du J-20, Pékin met en scène sa trajectoire furtive tandis que la production du J-35A s’accélère et que l’étude des tactiques occidentales s’intensifie.

En résumé

Le 11 janvier, la Chine a diffusé des images inédites du premier vol du J-20, symbole d’une aviation de combat entrée dans l’ère furtive il y a quinze ans. Ce rappel historique n’est pas anodin. Il accompagne une phase d’accélération industrielle autour du J-35A, le nouveau chasseur de cinquième génération destiné à compléter, puis à élargir, le dispositif aérien chinois, y compris dans une perspective navale. Parallèlement, des informations font état de simulations de combat aérien opposant des J-16 chinois à des Rafale français, signe d’un intérêt soutenu pour l’analyse des doctrines et tactiques occidentales. L’ensemble dessine une stratégie cohérente : consolider un programme arrivé à maturité, industrialiser un successeur plus flexible et nourrir l’entraînement par des références opérationnelles crédibles. Derrière la communication, c’est une montée en puissance structurée de la PLAAF qui se confirme, à la fois industrielle, doctrinale et stratégique.

La célébration du J-20 comme message stratégique

La diffusion d’images inédites du premier vol du J-20, intervenu le 11 janvier 2011, relève d’un choix calculé. En rappelant cette date fondatrice, Pékin souligne la continuité industrielle d’un programme longtemps sous-estimé à l’Ouest. Quinze ans plus tard, le J-20 n’est plus un prototype controversé mais un appareil intégré dans des unités opérationnelles, produit à un rythme soutenu et régulièrement modernisé.

La mise en scène de cet anniversaire sert plusieurs objectifs. Elle affirme d’abord la maturité technologique du programme. Le J-20 a progressivement évolué, avec l’intégration de moteurs plus performants, l’amélioration des capteurs et l’adaptation de sa configuration pour des missions variées. Elle rappelle ensuite que la Chine est désormais capable de mener un programme furtif sur le long terme, sans rupture industrielle majeure. Enfin, elle prépare le terrain pour la génération suivante, en inscrivant le J-35A dans une trajectoire logique plutôt que comme un saut isolé.

La place actuelle du J-20 dans la force aérienne chinoise

Le J-20 constitue aujourd’hui le cœur du segment furtif de la PLAAF. Les estimations ouvertes évoquent plus de 200 appareils déjà produits, avec une cadence annuelle qui dépasserait plusieurs dizaines d’unités. Sans confirmer de chiffres officiels, la Chine laisse entendre que le J-20 est désormais un outil de masse relative, et non plus une capacité marginale.

Sur le plan opérationnel, l’appareil est présenté comme un chasseur de supériorité aérienne à longue portée, optimisé pour l’interception et la domination informationnelle. Son rôle ne se limite pas au combat rapproché. Il s’inscrit dans un système de systèmes, combinant capteurs, liaisons de données et plateformes de soutien. Cette approche explique pourquoi Pékin insiste moins sur des comparaisons directes et plus sur l’intégration globale.

La communication autour de l’anniversaire vise donc à rappeler que le J-20 n’est pas figé. Il constitue une base, appelée à coexister avec d’autres plateformes furtives plus spécialisées.

L’accélération industrielle du J-35A

En parallèle de cet anniversaire, la production du J-35A connaît une phase d’accélération visible. Conçu par Shenyang Aircraft Corporation, le J-35A se distingue par une architecture plus compacte et par une polyvalence accrue. Contrairement au J-20, pensé d’abord pour la supériorité aérienne, le J-35A est présenté comme un chasseur multi-rôle furtif, capable d’opérer depuis des bases terrestres et, à terme, depuis des porte-avions.

Les images et informations diffusées ces derniers mois suggèrent une industrialisation progressive, avec plusieurs cellules observées simultanément. Cette montée en cadence traduit une volonté claire : disposer d’un second pilier furtif, plus adaptable et potentiellement plus exportable. Même si aucune annonce officielle n’a été faite sur l’export, le format du J-35A correspond davantage aux besoins de partenaires disposant de moyens plus limités que ceux requis pour le J-20.

Sur le plan budgétaire, cette accélération reflète un arbitrage assumé. Pékin investit dans des chaînes capables de produire en volume, en acceptant des coûts initiaux élevés pour sécuriser des économies d’échelle sur le long terme.

Shenyang J-35A

Une logique de complémentarité entre J-20 et J-35A

La coexistence du J-20 et du J-35A ne relève pas d’une redondance mais d’une stratégie de segmentation. Le premier conserve un rôle de chasseur lourd, à grande allonge et forte capacité de commandement. Le second vise des missions plus variées, avec une intégration facilitée dans des environnements navals ou expéditionnaires.

Cette approche rappelle celle observée aux États-Unis avec le couple F-22 et F-35, même si les équilibres diffèrent. Pour la Chine, l’enjeu est de couvrir un spectre opérationnel large tout en évitant une dépendance excessive à un seul modèle. Le J-35A permet aussi d’absorber une partie de la charge industrielle, en soulageant les lignes du J-20 et en accélérant la montée globale de la flotte furtive.

Les simulations J-16 contre Rafale comme outil doctrinal

Un autre élément notable concerne les simulations de combat aérien rapportées entre des J-16 chinois et des Rafale français. Ces exercices, menés dans des environnements virtuels ou semi-réalistes, ne signifient pas une confrontation directe. Ils traduisent un travail doctrinal approfondi.

Le J-16, dérivé lourd du Su-27, représente l’épine dorsale non furtive mais fortement modernisée de la PLAAF. Le Rafale, de son côté, incarne une approche occidentale fondée sur la fusion de données, la polyvalence et l’emploi coordonné de capteurs et d’armements. Étudier ce type d’appareil permet à la Chine d’affiner ses tactiques face à des adversaires technologiquement avancés mais différents des plateformes américaines.

Ces simulations servent plusieurs objectifs. Elles alimentent l’entraînement des pilotes. Elles testent des hypothèses tactiques, notamment en matière de détection, de guerre électronique et de coordination multi-appareils. Elles nourrissent enfin le développement futur, en identifiant les points forts et les limites des architectures occidentales.

L’intérêt chinois pour les tactiques occidentales

L’intérêt pour des appareils comme le Rafale ne relève pas d’une fascination technique, mais d’un pragmatisme opérationnel. La Chine sait que ses futurs engagements, réels ou dissuasifs, l’opposeront à des forces utilisant des doctrines variées. Comprendre ces logiques permet d’adapter la formation, les règles d’engagement et les architectures de commandement.

Cette démarche s’inscrit dans une tradition d’analyse approfondie. Pékin observe, simule et intègre. Le recours aux J-16 dans ces exercices souligne aussi une réalité : les avions non furtifs modernisés restent essentiels, y compris face à des plateformes de cinquième génération. La PLAAF ne mise pas tout sur la furtivité. Elle construit un équilibre de flotte.

Une montée en puissance cohérente de la PLAAF

Pris ensemble, l’anniversaire du J-20, l’accélération du J-35A et les simulations doctrinales dessinent une trajectoire claire. La PLAAF ne se contente plus de rattraper. Elle structure une aviation de combat pensée pour durer, avec des volumes, des doctrines et une base industrielle solide.

Les investissements consentis reflètent une priorité stratégique. La Chine consacre chaque année des ressources croissantes à son aviation, non seulement pour produire des appareils, mais pour former des équipages, moderniser les infrastructures et développer des outils de simulation avancés. Cette approche globale explique la cohérence apparente entre communication, production et entraînement.

Une communication maîtrisée, tournée vers l’extérieur

Enfin, la communication autour du J-20 et du J-35A vise clairement un public externe. Elle envoie un message aux voisins régionaux, aux partenaires potentiels et aux compétiteurs stratégiques. Pékin montre qu’il maîtrise désormais le cycle complet : conception, industrialisation, modernisation et doctrine.

Ce message n’est ni triomphaliste ni discret. Il est calibré. Il rappelle que la Chine est entrée durablement dans le club restreint des puissances capables de produire des avions de chasse furtifs en série, et qu’elle entend y rester.

L’évolution du J-35A sera particulièrement scrutée. Sa capacité à tenir une cadence élevée, à intégrer des améliorations rapides et, éventuellement, à s’ouvrir à l’export dira beaucoup de la prochaine phase de l’aviation de combat chinoise. Dans ce paysage, le J-20 n’est plus seulement un symbole du passé. Il est devenu la référence à partir de laquelle Pékin construit la suite.

Sources

Communications officielles et médias d’État chinois sur l’anniversaire du J-20, janvier.
Analyses ouvertes sur la production et l’industrialisation du J-35A par Shenyang Aircraft Corporation.
Rapports et analyses spécialisées sur la PLAAF et l’évolution de ses flottes de chasse.
Informations issues de médias asiatiques et occidentaux sur des simulations de combat J-16 et Rafale.

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