Safran développe le M88 T-REX pour le Rafale F5, avec 20 % de poussée supplémentaire. Technologies, performances, modernisation et calendrier.
En résumé
Safran Aircraft Engines prépare une évolution majeure du moteur M88 équipant le Rafale. Baptisé M88 T-REX, ce nouveau turboréacteur doit développer 9 tonnes de poussée avec postcombustion, contre 7,5 tonnes actuellement, soit une augmentation de 20 %.
Présenté au Salon du Bourget en juin 2025, le programme a franchi une nouvelle étape en septembre 2026 avec la notification par la Direction générale de l’armement d’un contrat de conception préliminaire.
L’amélioration repose sur trois modifications principales : un compresseur basse pression capable d’absorber davantage d’air, une turbine haute pression utilisant de nouveaux matériaux et des circuits de refroidissement optimisés, et une tuyère redessinée.
L’objectif est de préserver les performances du Rafale malgré l’alourdissement de ses équipements et l’intégration de nouvelles armes. Safran entend conserver les dimensions et la modularité du moteur actuel afin de faciliter son installation sur les futures versions du Rafale F5, attendues à partir de 2033.
Le M88 T-REX doit apporter 20 % de poussée supplémentaire au Rafale
Le 17 juin 2025, au Salon du Bourget, Safran Aircraft Engines a officiellement présenté le M88 T-REX, une nouvelle version du moteur qui propulse le Dassault Rafale depuis son entrée en service.
L’ambition est précise : augmenter la poussée maximale de 7,5 à 9 tonnes-force par moteur, soit environ 74 à 88 kN. Pour un Rafale équipé de deux réacteurs, la poussée totale passerait ainsi d’environ 147 à 177 kN avec postcombustion.
Cette augmentation intervient sans modification annoncée des dimensions extérieures du moteur. Safran souhaite conserver l’architecture modulaire du M88-2, tout en améliorant plusieurs composants essentiels.
Le projet a franchi une étape institutionnelle le 10 septembre 2026. La Direction générale de l’armement (DGA) a confirmé avoir notifié à Safran un marché portant sur la conception préliminaire du nouveau moteur.
Il ne s’agit pas encore d’une commande de moteurs de série. Le programme reste en développement, avec une qualification prévue en cohérence avec le calendrier du Rafale F5.
Le moteur M88 constitue l’un des éléments essentiels du Rafale
Développé initialement par Snecma, devenu Safran Aircraft Engines, le M88 est un turboréacteur à double flux, double corps et postcombustion.
Il mesure 3,54 mètres de longueur pour 696 mm de diamètre, avec une masse à sec d’environ 897 kg.
Sa poussée atteint 50 kN sans postcombustion et approximativement 75 kN lorsque celle-ci est activée.
Cette dernière consiste à injecter du carburant dans les gaz d’échappement après leur passage dans les turbines. La combustion supplémentaire augmente leur énergie et la vitesse d’éjection, mais entraîne une consommation de carburant considérablement plus élevée.
Le M88 a été conçu pour combiner compacité, accélération rapide et consommation maîtrisée en régime normal.
Son architecture comprend six modules principaux, remplaçables individuellement lors des opérations de maintenance. Cette conception réduit les immobilisations et facilite les évolutions techniques successives.
Safran souhaite préserver cette caractéristique sur le T-REX.
Le nouveau compresseur doit augmenter le débit d’air dans le moteur
La première modification concerne le compresseur basse pression.
Dans un turboréacteur, l’air entrant est comprimé avant d’atteindre la chambre de combustion. Une partie de l’énergie des gaz chauds entraîne les turbines, qui actionnent à leur tour les compresseurs.
Pour augmenter la poussée, il faut notamment accroître la masse d’air traversant le moteur et améliorer l’énergie transmise au flux propulsif.
Safran prévoit donc une évolution du compresseur basse pression permettant d’admettre un débit d’air supérieur.
Cette transformation exige une optimisation de l’aérodynamique interne, notamment des profils d’aubes et des écoulements entre les différents étages.
L’enjeu consiste à augmenter le débit sans dégrader la stabilité du compresseur ni compromettre les performances sur l’ensemble du domaine de vol.
Le constructeur n’a pas publié les nouvelles valeurs de débit massique, de rapport de compression ou de rendement attendues.

La turbine haute pression doit fonctionner à des températures plus élevées
La deuxième évolution porte sur la turbine haute pression, l’une des parties les plus sollicitées du réacteur.
Située immédiatement après la chambre de combustion, elle est exposée à des gaz extrêmement chauds. Ses aubes doivent résister simultanément aux contraintes thermiques et aux efforts centrifuges.
Le M88 T-REX intégrera de nouveaux matériaux et des circuits de refroidissement améliorés.
L’objectif est d’autoriser des températures de fonctionnement supérieures, tout en préservant la durée de vie des composants.
La DGA et Safran travaillent déjà sur ces technologies dans le cadre du programme Turenne.
Les recherches portent notamment sur les superalliages de nouvelle génération, les matériaux céramiques et les améliorations aérodynamiques des aubes.
Des essais conduits sur un M88 permettent d’évaluer le comportement de ces composants dans des conditions représentatives de fonctionnement.
Ces technologies ne constituent cependant pas encore un moteur T-REX complet et qualifié.
La tuyère optimisée doit exploiter plus efficacement les gaz d’échappement
La troisième modification concerne la tuyère.
Cet élément accélère les gaz en sortie du moteur et contribue directement à la production de poussée.
Safran prévoit d’en améliorer l’aérodynamique pour mieux exploiter l’énergie disponible.
L’optimisation devra tenir compte des différents régimes de fonctionnement, notamment de l’utilisation de la postcombustion.
Ces trois évolutions sont complémentaires. Augmenter uniquement le débit d’air ne suffirait pas si la turbine ou la tuyère limitaient les performances.
Le Rafale F5 doit conserver ses performances malgré des charges croissantes
Le développement du T-REX répond directement à l’évolution des missions du Rafale.
L’appareil possède une masse maximale au décollage de 24,5 tonnes et une capacité théorique d’emports externes de 9,5 tonnes, répartis sur 14 points d’accrochage.
Les futures configurations d’armement du Rafale devront intégrer des équipements plus lourds et des armes de nouvelle génération.
Le Rafale F5 emportera notamment le futur missile nucléaire hypersonique ASN4G, dont l’entrée en service est prévue vers 2035.
Il bénéficiera également du radar RBE2-XG, de la nouvelle suite de guerre électronique SPECTRA F5 et de capacités avancées de combat collaboratif.
Ces évolutions accroîtront les besoins électriques, thermiques et informatiques de l’appareil.
Une poussée supplémentaire permettra surtout de conserver des marges d’accélération, de montée et de manœuvre avec des charges externes importantes.
Elle ne produira toutefois pas directement davantage d’électricité. L’alimentation des nouveaux équipements dépendra également des génératrices et des systèmes de gestion énergétique.
La motorisation renforcée doit améliorer les performances en configuration lourde
L’augmentation de poussée pourrait améliorer plusieurs paramètres opérationnels.
Un Rafale lourdement chargé dispose d’une réserve de poussée plus faible pour accélérer ou prendre de l’altitude. Cette limite devient particulièrement sensible après un décollage avec des réservoirs supplémentaires et plusieurs armements.
Le T-REX doit permettre de retrouver une partie de ces marges.
Les bénéfices pourraient également concerner les opérations à haute altitude, où la densité de l’air diminue, ou dans des conditions de forte température extérieure.
La puissance supplémentaire devra néanmoins être exploitée sans dépasser les limites structurelles de l’avion.
Les commandes de vol électriques continueront à gérer les contraintes aérodynamiques et les limites de facteur de charge.
Une hausse de 20 % de poussée ne signifie donc pas une augmentation équivalente de vitesse maximale, de rayon d’action ou de charge militaire autorisée.
Ces performances dépendront de la configuration de l’appareil et des résultats des essais.
La modularité du T-REX doit faciliter la modernisation des Rafale existants
Safran veut conserver les dimensions et les interfaces principales du M88 actuel afin de limiter les adaptations nécessaires à son installation.
La compatibilité des modules doit faciliter la maintenance et permettre de mutualiser une partie du soutien logistique avec les moteurs existants.
Cette approche pourrait également rendre possible une modernisation des Rafale déjà en service.
Elle ne garantit cependant pas un remplacement immédiat et sans modification.
L’intégration devra vérifier les performances des entrées d’air, la résistance thermique, les interfaces mécaniques, les systèmes de carburant et les commandes numériques du moteur.
Le motoriste devra également démontrer que l’augmentation des températures ne compromet pas la fiabilité ni les intervalles de maintenance.
Safran affiche l’objectif de conserver les avantages du M88 en matière de consommation et de coût de possession. Aucune donnée publique ne permet encore de quantifier ces résultats sur le T-REX.
La qualification du moteur s’inscrit dans le calendrier du Rafale F5
La mise au point bénéficie des infrastructures de la DGA et de Safran, notamment des installations d’essais de Saclay et d’Istres.
En octobre 2026, Safran a engagé plusieurs dizaines de millions d’euros pour moderniser ses moyens d’essais à Istres.
Le site devrait disposer de quatre bancs d’essais moteurs d’ici trois ans, contre un actuellement. Ces investissements concernent plusieurs programmes, dont le M88 T-REX.
La qualification du moteur devra couvrir les performances, l’endurance, les conditions extrêmes et la sécurité de fonctionnement.
Le Rafale F5 est désormais attendu autour de 2033, avec l’intégration progressive de nouvelles capacités, dont l’ASN4G vers 2035.
Le T-REX devra suivre ce calendrier, mais aucun premier vol ni aucune date définitive de qualification n’a été officiellement annoncé.
Le programme représente un défi industriel important. Safran doit obtenir davantage de poussée dans un volume inchangé, sans compromettre la fiabilité d’un moteur déjà largement éprouvé.
Le véritable succès du M88 T-REX ne se mesurera donc pas uniquement à ses 9 tonnes de poussée. Il dépendra de sa capacité à offrir ce gain dans la durée, avec une maintenance soutenable et des performances constantes sur l’ensemble des missions du Rafale.