Radar RBE2-XG, M88 T-REX, SPECTRA, ASN4G et drone furtif : la DGA prépare le Rafale F5, une rénovation majeure attendue vers 2033.

En résumé

La France vient de franchir une nouvelle étape dans le développement du Rafale F5. Durant l’été 2026, la Direction générale de l’armement a notifié à Dassault Aviation, Thales, Safran Aircraft Engines et MBDA plusieurs contrats destinés à sécuriser les technologies du futur standard avant son lancement en réalisation. Qualification visée : autour de 2033. Le F5 introduira le radar AESA RBE2-XG, une nouvelle génération numérique de SPECTRA, la liaison de données furtive IVDL, une centrale inertielle à très faible dérive et potentiellement le réacteur M88 T-REX, dont la poussée maximale doit passer de 7,5 à 9 tonnes. Il devra également mettre en œuvre le missile nucléaire hypersonique ASN4G à partir d’environ 2035 et combattre avec un drone furtif collaboratif dérivé des acquis de nEUROn. Pris séparément, ces équipements sont des évolutions majeures. Ensemble, ils transforment surtout le Rafale en nœud central d’un système de combat distribué.

Le standard F5 constitue une rénovation beaucoup plus profonde qu’un nouveau logiciel

Parler d’une simple modernisation du Dassault Rafale serait trompeur. La DGA décrit elle-même le standard F5 comme une rénovation à mi-vie destinée à maintenir l’avion pertinent face aux défenses aériennes de l’horizon 2035 et au-delà.

Les contrats annoncés en septembre 2026 ne marquent d’ailleurs pas le début absolu du programme. Des études et premières commandes avaient déjà été engagées, notamment en 2023 et 2024. Les marchés notifiés durant l’été 2026 préparent le lancement en réalisation du F5 prévu fin 2026.

L’architecture change autant que les équipements. L’objectif est de rendre le système de mission plus ouvert, plus facilement évolutif et capable de fusionner des informations provenant non seulement du Rafale, mais aussi d’autres aéronefs et d’un drone de combat.

Le RBE2-XG doit voir plus loin et mieux distinguer les cibles furtives

Le changement le plus visible concerne le radar. Le RBE2 AESA actuel utilise déjà une antenne active composée d’un grand nombre de modules émetteurs-récepteurs. Le faisceau est orienté électroniquement sans déplacement mécanique de l’antenne.

Le futur RBE2-XG pour eXtended Generation conserve l’encombrement du radar actuel, contrainte importante puisque le diamètre du nez du Rafale ne change pas. L’amélioration doit donc venir de l’électronique, de la puissance radiofréquence et du traitement numérique.

Le programme s’appuie notamment sur des composants au nitrure de gallium, ou GaN. Ce semi-conducteur supporte des densités de puissance et des températures supérieures à celles des générations précédentes. Il permet d’obtenir davantage de puissance radiofréquence disponible tout en maîtrisant les contraintes thermiques.

La DGA annonce une forte augmentation de puissance et de portée, sans publier de distance précise. C’est une prudence normale. Pour un radar, la portée dépend de la puissance, mais aussi de la fréquence, du gain d’antenne, du traitement du signal, de l’environnement électromagnétique et surtout de la surface équivalente radar de la cible.

L’objectif explicite est notamment d’améliorer la détection et l’identification des appareils présentant une surface équivalente radar extrêmement faible.

Le calculateur du RBE2-XG sera également beaucoup plus puissant. L’intelligence artificielle doit aider au traitement et à la classification des données. Le radar ne sera donc plus seulement un capteur produisant ses propres pistes. Il devra travailler automatiquement avec les autres capteurs de la formation.

Thales avait indiqué un calendrier comprenant un premier radar assemblé en 2027, des premiers essais en vol à partir de 2028 et une montée progressive vers une configuration représentative du F5.

Le SPECTRA F5 bascule vers une guerre électronique entièrement numérique

Le Rafale actuel possède déjà une particularité importante : son système de guerre électronique SPECTRA n’est pas une nacelle ajoutée sous l’avion. Il est intégré à la cellule.

SPECTRA associe des détecteurs d’émissions radar, des détecteurs laser, des détecteurs infrarouges de départ missile, des moyens de brouillage électronique et des lance-leurres. Son calculateur fusionne ces informations pour identifier une menace, déterminer sa direction et proposer ou déclencher une contre-mesure adaptée.

Avec SPECTRA F5, le cœur du système passe au tout numérique.

Cette évolution répond à une modification du champ de bataille électromagnétique. Les radars modernes peuvent modifier rapidement fréquence, largeur d’impulsion, rythme d’émission et forme d’onde. Les systèmes Low Probability of Intercept cherchent précisément à devenir difficiles à détecter et à classifier.

Un système numérique peut analyser plus rapidement un spectre plus large, comparer les signaux à des bibliothèques de menaces et adapter ses traitements. La DGA vise explicitement une amélioration sensible de la détection et du brouillage.

SPECTRA devient ainsi indissociable de la capacité dite d’« entrée en premier » : pénétrer un espace couvert par des radars et missiles sol-air modernes, les localiser, les éviter, les brouiller ou permettre leur destruction.

Le M88 T-REX ajoute près de 30 kN de poussée au Rafale

Safran Aircraft Engines travaille parallèlement sur la transformation du M88-2 en M88 T-REX. La DGA a notifié sa phase de conception préliminaire. Cela signifie qu’il ne faut pas encore considérer sa configuration finale comme définitivement figée.

Le chiffre principal est néanmoins officiel : la poussée maximale avec postcombustion doit passer de 7,5 à 9 tonnes-force par moteur, soit environ 73,5 à 88,3 kN. Pour les deux réacteurs, la poussée maximale théorique passe ainsi d’environ 147 à 176,5 kN.

Le gain atteint 20 %.

Safran ne cherche pourtant pas à concevoir un moteur entièrement nouveau. Le T-REX doit conserver les dimensions et l’architecture modulaire du M88 afin de rester compatible avec le Rafale.

L’augmentation de poussée repose sur trois modifications principales. Le compresseur basse pression acceptera un débit d’air supérieur. La turbine haute pression utilisera de nouveaux matériaux et des circuits de refroidissement de nouvelle génération. Enfin, la tuyère recevra une aérodynamique optimisée.

Ces évolutions sont importantes car augmenter la température et le débit d’un turboréacteur accroît rapidement les contraintes mécaniques et thermiques sur les parties chaudes.

La poussée supplémentaire doit aussi absorber l’augmentation progressive de masse et de traînée provoquée par les nouveaux capteurs, équipements électroniques et armements du Rafale, sans dégrader excessivement les performances de l’avion.

Rafale rupture technologique

La nouvelle liaison IVDL prépare le Rafale au combat en réseau contesté

La puissance des capteurs ne sert à rien si leurs informations ne peuvent pas être partagées.

Le Rafale dispose déjà de la Liaison 16. Le F5 recevra en complément une nouvelle Inter-Vehicle Data Link développée par Thales.

L’IVDL reposera sur une forme d’onde haut débit, discrète et résistante au brouillage. Les fréquences, débits exacts et méthodes de transmission restent naturellement classifiés.

L’objectif opérationnel est néanmoins clair : permettre aux Rafale et aux autres plateformes de continuer à échanger une situation tactique dans une zone où l’adversaire tente simultanément de détecter les émissions et de brouiller les communications.

La discrétion compte autant que le débit. Une liaison émettant puissamment dans toutes les directions pourrait révéler la présence et potentiellement la position d’un avion pourtant difficile à détecter au radar.

L’IVDL devient surtout indispensable lorsque le pilote ne commande plus seulement son avion. Il doit intégrer les informations provenant de plusieurs plateformes et coopérer avec un drone.

La centrale inertielle prépare le F5 à combattre sans GPS

Autre équipement moins spectaculaire mais stratégique : la nouvelle centrale inertielle à gyroscope hémisphérique résonnant, ou HRG.

Une centrale inertielle calcule la position de l’avion à partir des accélérations et rotations mesurées depuis une position initiale connue. Elle fonctionne sans émission extérieure et ne peut donc pas être brouillée comme un signal GNSS.

Son problème est la dérive. De minuscules erreurs de mesure s’accumulent avec le temps et finissent par provoquer une erreur croissante de position.

La technologie HRG vise précisément une très faible dérive. Dans un conflit contre une puissance capable de brouiller ou de leurrer le GPS, cette autonomie devient critique.

Des travaux menés pour le F5 associent également navigation inertielle, horloges très précises et recalage sur des cartes radar SAR. Le radar peut alors comparer le terrain observé à une référence enregistrée afin de corriger progressivement la position de l’avion.

L’ASN4G transforme le Rafale F5 en vecteur nucléaire hypersonique

La mission la plus sensible du standard F5 concerne la dissuasion.

Le 2 juin 2026, la DGA a officiellement notifié à MBDA le marché de développement de l’ASN4G, Air-Sol nucléaire de quatrième génération. Sa mise en service est prévue vers 2035, après la qualification initiale du F5.

Il remplacera l’ASMPA rénové.

Les caractéristiques précises restent classifiées. Une donnée essentielle est cependant publique : l’ASN4G devra dépasser Mach 5 tout en conservant des capacités de manœuvre.

Cette combinaison est beaucoup plus exigeante qu’une simple vitesse maximale élevée. À plusieurs kilomètres par seconde, l’échauffement aérodynamique, la navigation, la stabilité, le contrôle de trajectoire et les communications deviennent des problèmes physiques majeurs.

L’intérêt militaire est évident. L’hypervélocité réduit brutalement le temps disponible pour détecter, identifier, suivre puis engager le missile. Les manœuvres rendent parallèlement sa trajectoire moins prévisible.

L’intégration au F5 ne consistera donc pas simplement à accrocher un missile sous l’avion. Elle implique interfaces mécaniques et électriques, échanges de données, planification de mission, procédures de séparation, essais en vol et qualification complète du système nucléaire.

L’ASN4G sera destiné aux Forces aériennes stratégiques mais également à la Force aéronavale nucléaire.

Le drone furtif transforme le Rafale en chef d’une formation distribuée

Le changement doctrinal le plus profond se situe probablement ailleurs.

Depuis octobre 2024, Dassault Aviation, Thales et Safran développent un drone de combat furtif destiné à accompagner le standard F5. Le projet capitalise sur le démonstrateur européen nEUROn, qui a réalisé plus de 170 vols d’essai.

Le futur appareil doit disposer de technologies furtives, d’une certaine autonomie sous supervision humaine et d’une soute interne pour préserver sa discrétion radar.

Ses missions envisagées comprennent l’entrée en premier, le combat air-air, l’attaque air-sol et la suppression des défenses aériennes adverses.

Le concept du Rafale F5 et son drone de combat change la géométrie de l’engagement. Le pilote peut rester davantage en retrait tandis qu’un appareil sans équipage s’approche des défenses, collecte des informations, transporte des armes ou oblige l’adversaire à révéler ses radars.

Dassault précise toutefois que l’humain restera dans la boucle. Il ne s’agit pas de confier librement la décision d’emploi de la force à une intelligence artificielle.

Le Rafale F5 devient moins un avion qu’un système de systèmes

Pris séparément, le RBE2-XG, SPECTRA F5 ou le T-REX ressemblent à des améliorations classiques de radar, de guerre électronique et de propulsion. Ce serait manquer l’essentiel.

La logique du standard F5 consiste à relier ces capacités. Le radar détecte. SPECTRA écoute l’environnement électromagnétique. L’IVDL distribue l’information. L’intelligence artificielle aide à la fusion. La centrale inertielle maintient la navigation lorsque le GNSS disparaît. Le drone déporte capteurs et armements. L’ASN4G garantit la composante nucléaire face aux défenses des années 2035.

C’est cette architecture qui constitue la véritable rupture. Le Rafale F5 restera extérieurement proche du Rafale actuel, mais son rôle changera profondément. Le chasseur devient le centre décisionnel d’une bulle de combat distribuée, conçue pour continuer à fonctionner lorsque les radars, les communications et la navigation sont simultanément attaqués.