Guidances 2026, F-35, missiles, cash-flow : Lockheed, RTX et Northrop avancent, mais un ordre Trump menace dividendes et rachats en cas de retards.

En résumé

Entre le 27 et le 29 janvier 2026, Lockheed Martin, RTX et Northrop Grumman ont publié des résultats solides et, surtout, des prévisions 2026 qui confirment une dynamique rare dans l’industrie de défense : la demande est forte, les carnets de commandes restent élevés, et la production de munitions devient un sujet stratégique. Lockheed Martin anticipe une hausse de chiffre d’affaires portée par les systèmes missiles et le F-35, avec un objectif de flux de trésorerie libre élevé. RTX mise sur une croissance organique, nourrie par un backlog massif en défense comme en aéronautique civile. Northrop affiche un carnet record mais une guidance jugée prudente. En parallèle, la Maison-Blanche a posé une contrainte politique nouvelle : l’administration Trump veut lier les dividendes et les rachats d’actions à la performance industrielle, en ciblant les retards et dépassements de coûts. Ce mécanisme change l’équilibre entre actionnaires et capacité de production.

Le contraste entre l’euphorie des guidances et la contrainte politique

Les trois groupes publient, en quelques jours, une photographie cohérente : les tensions géopolitiques entretiennent la demande, l’État pousse à produire plus vite, et les programmes structurants tirent les revenus. Dans un marché normal, ce cocktail se traduit par une hausse des perspectives et des retours de capital soutenus.

Sauf que l’administration Trump ajoute une variable qui n’est ni une hausse de taux ni un choc de matières premières : une contrainte de gouvernance. Le message politique est simple, presque brutal : l’industrie de défense n’est pas un secteur comme les autres, et les actionnaires ne doivent pas être servis avant les forces armées. Derrière ce slogan, un enjeu opérationnel : l’appareil industriel américain a montré, sur plusieurs segments, des limites de cadence, de qualité et de respect des délais.

Cette tension crée un paradoxe. Les entreprises promettent plus de chiffre d’affaires et plus de cash, mais la distribution de ce cash pourrait devenir conditionnelle. Cela introduit une forme de « prime de livraison » dans la valorisation boursière : la performance financière ne suffit plus, il faut prouver la performance industrielle.

Les résultats et la trajectoire 2026 de Lockheed Martin

Lockheed Martin arrive avec une guidance 2026 au-dessus des attentes, structurée par deux moteurs : la montée en cadence de systèmes de défense aérienne et la continuité des ventes d’avions de combat. Le groupe vise un chiffre d’affaires 2026 d’environ 77,5 à 80,0 milliards de dollars, et un bénéfice par action ajusté de 29,35 à 30,25 dollars. Il projette aussi un flux de trésorerie libre élevé, annoncé entre 6,5 et 6,8 milliards de dollars.

La logique industrielle derrière la hausse

La demande « missiles et défense aérienne » n’est plus un segment parmi d’autres. Lockheed a mis en avant une accélération sur des intercepteurs et munitions clés, avec des objectifs de production spectaculaires : THAAD d’environ 96 à 400 unités annuelles sur plusieurs années, et PAC-3 d’environ 600 à 2 000 unités annuelles. Ce sont des volumes qui transforment la chaîne d’approvisionnement : plus de propulseurs, plus d’électronique, plus d’essais, et une pression directe sur les sous-traitants.

Côté aéronautique, le F-35 reste le pivot. Lockheed a indiqué avoir livré 191 appareils en 2025, un record, ce qui alimente la visibilité court terme. La demande export et les besoins alliés renforcent l’idée que le F-35 n’est pas un simple produit, mais une plateforme dont l’écosystème (maintenance, pièces, modernisations) stabilise les revenus.

Le point sensible pour les actionnaires

Lockheed a un historique de retour aux actionnaires important. À titre d’ordre de grandeur, l’entreprise a versé environ 3,13 milliards de dollars de dividendes en 2025. Dans un environnement normal, une guidance de cash-flow de ce niveau donne de l’oxygène pour maintenir dividendes et rachats. Désormais, le sujet devient : quel degré de liberté restera-t-il si l’administration considère que certains programmes ne respectent pas le triptyque « qualité, délais, budget » ?

La lecture de RTX entre défense, aéronautique civile et cash-flow

RTX publie une performance trimestrielle robuste, avec un chiffre d’affaires du quatrième trimestre 2025 d’environ 24,2 milliards de dollars, en hausse d’environ 12% sur un an. La guidance 2026 vise 92 à 93 milliards de dollars de ventes ajustées et un bénéfice par action ajusté de 6,60 à 6,80 dollars.

Le poids du backlog comme amortisseur

RTX se distingue par un carnet de commandes massif : environ 268 milliards de dollars, dont 107 milliards en défense et 161 milliards côté civil. Cette composition compte. Si la défense accélère sur les munitions et missiles, l’aéronautique civile reste une usine à cash à moyen terme via les moteurs, la maintenance et les équipements.

L’entreprise a aussi signalé des efforts de montée en cadence sur les munitions, avec une augmentation de production d’environ 20% sur l’année précédente. Ce point est central : l’administration ne veut pas seulement des promesses, elle veut des capacités physiques et mesurables.

La vulnérabilité spécifique face à l’ordre exécutif

RTX est exposée à deux types de contraintes. D’abord, les contraintes industrielles « dures » : goulots d’étranglement, pièces critiques, main-d’œuvre qualifiée. Ensuite, une contrainte d’image : l’entreprise a déjà été sous pression politique ces dernières années sur la performance industrielle de certains segments. Dans ce contexte, tout mécanisme qui conditionne les buybacks peut peser sur la stratégie de capital allocation et sur le soutien du cours en Bourse.

La prudence de Northrop Grumman malgré un carnet record

Northrop Grumman affiche un carnet de commandes record d’environ 95,7 milliards de dollars, signe d’une visibilité élevée. Pourtant, la guidance 2026 a été perçue comme prudente : chiffre d’affaires attendu de 43,5 à 44,0 milliards de dollars et bénéfice par action ajusté de 27,40 à 27,90 dollars. L’entreprise projette aussi un flux de trésorerie libre autour de 3,1 à 3,5 milliards de dollars.

La logique de prudence

Northrop est présente sur des programmes à cycles longs, où la reconnaissance des revenus et les jalons industriels comptent autant que la demande. Une guidance prudente peut être une manière de se protéger contre les aléas de calendrier et de coûts. Mais, dans le nouveau cadre politique, la prudence n’est pas seulement un sujet de communication financière : elle devient une stratégie de réduction de risque vis-à-vis d’une administration qui veut sanctionner l’écart entre promesse et livraison.

Les arbitrages immédiats

Sur les retours aux actionnaires, Northrop a indiqué vouloir maintenir le dividende, tout en évoquant une pause ou un frein sur les rachats dans l’immédiat. Ce point prend une dimension nouvelle : si les rachats deviennent conditionnels à la conformité industrielle, l’entreprise peut être incitée à rediriger du cash vers l’outil de production, l’outillage, les stocks de sécurité et la qualité.

F-35 Guidance 26

Le contenu et la mécanique de l’ordre exécutif

L’ordre exécutif intitulé « Prioritizing the Warfighter in Defense Contracting » a été publié par la Maison-Blanche début janvier 2026. La formulation est volontairement agressive : les entreprises jugées défaillantes ne doivent pas verser de dividendes ni racheter d’actions tant qu’elles ne livrent pas un produit supérieur, à temps et dans le budget.

La cible réelle : la performance contractuelle, pas la rentabilité

Il faut lire l’ordre comme un instrument de pression sur le comportement des contractants. L’administration veut changer la fonction objectif : moins de pilotage par métriques financières court terme, plus de pilotage par métriques industrielles. Le texte et ses analyses juridiques insistent aussi sur l’idée d’intégrer ces exigences dans les contrats futurs et sur l’identification de contractants « underperforming ».

Le mécanisme est donc double :

  • une capacité de désignation de « sous-performance » sur des programmes critiques,
  • des conséquences directes sur les distributions de capital et, plus largement, sur la rémunération incitative des dirigeants, orientée vers les livraisons et l’augmentation de production.

Le signal envoyé au marché

Ce que l’administration vise, c’est une discipline de chaîne. Si la Bourse récompense une entreprise qui augmente son bénéfice par action via des rachats alors même qu’elle accumule des retards, la politique veut casser cette logique. Le message est : investissez d’abord dans les usines, les équipes, les tests, la résilience d’approvisionnement.

Les impacts pour les entreprises, entre usine, finance et stratégie

La réallocation du cash vers l’outil industriel

À court terme, l’impact le plus probable est un changement de priorité : plus de capex, plus de stocks de composants critiques, plus d’intégration verticale sur certaines pièces, plus de redondance fournisseurs. Lockheed annonce déjà des dépenses d’investissement élevées, et les cadences THAAD/PAC-3 impliquent des investissements continus. RTX et Northrop pourraient accélérer la même logique, ne serait-ce que pour réduire le risque d’être « étiquetés » comme sous-performants.

La montée du risque « calendrier » comme risque financier

Traditionnellement, les retards affectent la marge, la pénalité, la relation client. Désormais, ils peuvent affecter la structure même du rendement actionnarial. Autrement dit : le risque industriel devient un risque de valorisation, car la capacité à soutenir des rachats réguliers est un facteur clé de performance boursière dans la défense américaine.

Le jeu d’équilibre avec les actionnaires

Pour les actionnaires, la question n’est pas morale, elle est mécanique : si les rachats d’actions sont freinés, la trajectoire du bénéfice par action peut être moins « lissée » et le soutien technique du cours plus faible. Les dividendes, eux, deviennent une variable politique. Les investisseurs vont donc regarder non seulement les marges, mais aussi les indicateurs de production : livraisons, taux de non-conformité, temps de cycle, capacité de montée en cadence.

Les conséquences pour l’actionnariat et pour la concurrence

Les gagnants seront les industriels « prévisibles »

Ce nouvel environnement favorise les entreprises capables de démontrer une excellence d’exécution. La défense n’est pas un marché de mode : le client paie cher et exige des livraisons. Si une entreprise prouve qu’elle sait tenir un calendrier, elle protège sa capacité à distribuer du capital et, potentiellement, gagne des parts de marché sur les futurs appels d’offres.

Le risque d’effets pervers

Il existe néanmoins un risque : si la pression politique pousse à « livrer à tout prix », les entreprises peuvent être tentées de sur-accélérer, d’augmenter les coûts, ou de créer des tensions qualité. Or un défaut qualité sur un système d’armes est plus destructeur qu’un trimestre de marge en moins. Le meilleur scénario est donc une pression qui améliore la discipline sans casser la rigueur technique.

La nouvelle équation : une industrie jugée sur la livraison, pas sur la narration

L’épisode de fin janvier 2026 met en lumière une bascule. Les résultats et guidances 2026 montrent une industrie en pleine demande, avec des chiffres impressionnants : revenus attendus à 77,5–80,0 milliards pour Lockheed, 92–93 milliards pour RTX, 43,5–44,0 milliards pour Northrop, et des carnets de commandes record. Mais l’administration Trump introduit une règle politique qui transforme la lecture de ces chiffres.

Le marché va continuer à aimer le cash-flow. Il va simplement poser une question supplémentaire, plus dure, plus concrète : « livrez-vous vraiment ? » Dans la défense, cette question n’est pas une posture. Elle est en train de devenir le principal test de crédibilité, et peut-être la principale variable de performance boursière.

Sources

  • White House, « Prioritizing the Warfighter in Defense Contracting », 7 janvier 2026.
  • White House, Fact Sheet associé à l’ordre, 7 janvier 2026.
  • Reuters, sur l’ordre exécutif visant dividendes et rachats, 7 janvier 2026.
  • Reuters, résultats et guidance 2026 de Lockheed Martin, 29 janvier 2026.
  • Reuters, résultats et guidance 2026 de RTX, 27 janvier 2026.
  • The Wall Street Journal, résultats RTX et backlog, 27 janvier 2026.
  • Barron’s, guidance 2026 de Northrop Grumman et backlog, 27 janvier 2026.
  • Northrop Grumman, earnings release (investor relations), 2025 results / 2026 outlook.
  • Sidley, note d’analyse sur l’ordre exécutif et ses implications contractuelles, janvier 2026.
  • JD Supra, analyse juridique sur l’intégration potentielle dans les contrats, janvier 2026.

Retrouvez les informations sur le vol en avion de chasse.