Le Tejas Mk 1A entre en service en 2026. Capacités, enjeux industriels et attentes pour l’Indian Air Force.
En résumé
Le 2 janvier 2026, le Ministry of Defence of India a confirmé que le premier squadron de Tejas Mk 1A atteindra sa capacité opérationnelle complète d’ici mars 2026. Cinq à six appareils sont déjà engagés dans leurs essais finaux d’acceptation. Cette étape marque un tournant pour l’Indian Air Force, qui attend depuis plus d’une décennie un avion de combat léger moderne, produit localement, capable de remplacer progressivement les MiG-21 encore en service. Le Mk 1A n’est pas un simple ajustement du Tejas initial. Il intègre un radar AESA, une avionique profondément revue, une meilleure disponibilité et une maintenance rationalisée. Au-delà de la performance pure, l’appareil cristallise une ambition stratégique : réduire la dépendance aux importations et structurer une base industrielle aéronautique crédible. Les attentes sont élevées, tant sur le plan opérationnel que politique et industriel.
Le calendrier de mise en service enfin clarifié
Après plusieurs reports, l’annonce officielle de janvier 2026 apporte une visibilité rare dans un programme souvent critiqué pour ses retards. Les premiers Tejas Mk 1A sont désormais en phase d’essais d’acceptation finale, dernière étape avant leur transfert opérationnel à l’Indian Air Force.
Selon les autorités indiennes, 5 à 6 cellules sont actuellement concernées. Cela peut sembler modeste, mais ce volume correspond à la montée en puissance initiale d’un squadron, généralement composé d’environ 18 avions de combat. La pleine capacité opérationnelle annoncée pour mars 2026 implique non seulement la livraison des appareils, mais aussi la qualification des pilotes, des mécaniciens, et la validation des chaînes logistiques.
Ce calendrier est stratégique. Il intervient alors que l’Inde fait face à une pression croissante sur deux fronts, avec la Chine au nord et le Pakistan à l’ouest. La disponibilité rapide d’un avion de combat supplémentaire, même léger, est un facteur de stabilisation capacitaire.
Le Tejas Mk 1A dans la doctrine de l’Indian Air Force
L’Indian Air Force ne cherche pas avec le Tejas Mk 1A un chasseur de supériorité aérienne lourd. Son rôle est plus pragmatique. Il s’agit d’un avion de combat léger multirôle, conçu pour des missions de défense aérienne locale, de police du ciel, d’attaque légère et d’entraînement avancé.
Avec une masse maximale au décollage d’environ 13,5 tonnes (13 500 kg), le Tejas se positionne bien en dessous des Su-30MKI ou des Rafale. En revanche, son coût d’exploitation est nettement inférieur. Les estimations indiennes évoquent un coût horaire compris entre 7 000 et 9 000 dollars, contre plus de 16 000 dollars pour des chasseurs lourds.
Dans un contexte où le nombre total de squadrons est tombé sous la barre des 32 unités, alors que l’objectif officiel est de 42, le Mk 1A est un outil de volume. Il permet de maintenir une présence aérienne crédible sans épuiser les budgets ni les flottes de première ligne.
Les évolutions techniques majeures du standard Mk 1A
Le passage du Tejas Mk 1 au Mk 1A ne relève pas du marketing. Plusieurs améliorations structurantes expliquent l’attente autour de ce standard.
La plus visible est l’intégration d’un radar AESA. Les premières séries utilisent le radar israélien ELM-2052, en attendant la montée en puissance du radar indigène Uttam développé par le Defence Research and Development Organisation. Ce type de radar améliore la portée de détection, la résistance au brouillage et la capacité de suivi simultané de cibles aériennes et terrestres.
L’avionique a été rationalisée. Le Mk 1A embarque une suite de guerre électronique intégrée, un cockpit modernisé avec écrans multifonctions améliorés, et une architecture logicielle plus ouverte. Cela facilite l’intégration future de nouveaux armements ou capteurs.
Sur le plan structurel, des efforts ont été faits pour améliorer la disponibilité opérationnelle, point faible du Tejas initial. La réduction du nombre de pièces remplaçables et une meilleure accessibilité des systèmes doivent permettre un taux de disponibilité supérieur à 70 %, contre environ 55 à 60 % sur les premiers appareils.

Un enjeu industriel central pour l’autonomie stratégique indienne
Le Tejas Mk 1A dépasse largement la question militaire. Il est au cœur de la politique “Make in India”. L’appareil est assemblé par Hindustan Aeronautics Limited, avec une part locale revendiquée supérieure à 60 % en valeur.
Ce chiffre reste discuté, notamment en raison du moteur F404 d’origine américaine et de plusieurs sous-systèmes critiques importés. Néanmoins, la dynamique est réelle. Plus de 400 entreprises indiennes, dont une majorité de PME, participent désormais à la chaîne de production.
Le contrat principal porte sur 83 appareils Mk 1A, pour une valeur estimée à environ 6,5 milliards d’euros (7,2 milliards USD). À terme, l’Indian Air Force pourrait en commander plus de 120 unités, selon l’évolution des performances et des délais.
Pour New Delhi, le succès du Mk 1A conditionne la crédibilité des programmes suivants, notamment le Tejas Mk 2 et l’AMCA, l’avion de combat de cinquième génération indien.
Les attentes opérationnelles face aux voisins régionaux
Sur le plan strictement militaire, le Tejas Mk 1A n’a pas vocation à rivaliser directement avec des chasseurs lourds chinois comme le J-20. En revanche, il est bien adapté pour faire face aux flottes pakistanaises de JF-17 et de F-16 dans des scénarios de défense aérienne régionale.
Sa capacité à emporter des missiles air-air modernes, combinée à un radar AESA, lui permet de traiter des menaces à moyenne portée. En mission air-sol, il peut emporter jusqu’à 4 tonnes d’armement, incluant des bombes guidées de précision et des missiles air-sol légers.
L’attente principale de l’Indian Air Force reste la fiabilité. Les appareils doivent être disponibles, interopérables avec les systèmes existants, et capables de tenir le rythme opérationnel sur des bases parfois éloignées et exposées.
Les limites et les zones de vigilance du programme
Malgré l’optimisme officiel, le Tejas Mk 1A n’est pas exempt de fragilités. Le moteur F404, bien que fiable, limite les performances en charge et en altitude par rapport à certains concurrents. La version Mk 2, plus puissante, reste encore à plusieurs années de la production.
La cadence industrielle est un autre point critique. HAL a longtemps été critiquée pour sa lenteur. Atteindre un rythme de 16 à 24 avions par an sera indispensable pour répondre aux besoins de l’Indian Air Force sans créer de nouveaux goulets d’étranglement.
Enfin, la dépendance persistante à des fournisseurs étrangers pour des composants clés pose la question de la résilience en cas de crise diplomatique ou de sanctions, un sujet sensible pour New Delhi.
Une étape décisive mais pas un aboutissement
L’entrée en service du Tejas Mk 1A en 2026 n’est ni une fin, ni une simple formalité. Elle représente un test grandeur nature pour la capacité de l’Inde à concevoir, produire et maintenir un avion de combat moderne en série.
Si le Mk 1A tient ses promesses en matière de disponibilité et de coûts, il renforcera durablement l’Indian Air Force et crédibilisera l’industrie aéronautique nationale. En revanche, un nouvel enchaînement de retards ou de problèmes techniques pèserait lourdement sur la confiance accordée aux futurs programmes indigènes.
Le Tejas Mk 1A n’est donc pas seulement un avion. C’est un marqueur stratégique. Sa réussite ou son échec aura des répercussions bien au-delà du premier squadron attendu en mars 2026.
Sources
- Ministry of Defence of India – communiqué officiel du 2 janvier 2026
- Indian Air Force – déclarations opérationnelles sur le Tejas
- Hindustan Aeronautics Limited – données industrielles et contrats
- Defence Research and Development Organisation – programmes radar et avionique
- Rapports parlementaires indiens sur la modernisation de l’aviation de combat
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