Le premier Eurofighter Tranche 4 allemand a volé à Manching. Radar, stratégie et export : Berlin peut-il désormais rivaliser avec le Rafale ?

En résumé

Le premier Eurofighter allemand construit dans le cadre du Project Quadriga a effectué son vol inaugural le 14 juillet 2026 depuis Manching, en Bavière. L’appareil 34+02 est resté environ une heure en vol pour un essai d’acceptation de production. Ce jalon ouvre la voie à la livraison de 38 Eurofighter Tranche 4 destinés à remplacer les anciens appareils de Tranche 1 de la Luftwaffe. Le programme, autorisé pour environ 5,5 milliards d’euros, comprend aussi des pièces, des équipements de maintenance et des moyens d’essai. La véritable rupture réside dans le radar AESA ECRS Mk1, même si les premiers avions recevront une version transitoire Step 0 avant le standard Step 1. Quadriga renforce la souveraineté industrielle allemande et la position d’Airbus Defence and Space. Mais l’Allemagne ne dispose toujours pas de l’autonomie commerciale et technologique française. Face au Rafale, elle gagne en puissance, pas encore en liberté d’action.

Le premier vol ouvre enfin la voie aux livraisons allemandes

Le 14 juillet 2026, l’Eurofighter portant l’immatriculation militaire 34+02 a décollé du centre aéronautique militaire d’Airbus Defence and Space à Manching. Le vol a duré environ une heure. Il s’agissait d’un Production Flight Acceptance Test, ou essai d’acceptation de production.

Ce type de vol ne constitue pas une mission d’évaluation tactique. Il sert d’abord à vérifier le comportement général de l’avion. Le pilote contrôle les moteurs, les commandes de vol, les circuits hydrauliques, la production électrique, la navigation et les principaux systèmes embarqués. L’objectif est de confirmer que l’appareil construit en série peut poursuivre le processus de réception avant son transfert à la Luftwaffe.

La nuance est importante. Ce vol est un jalon industriel, pas une capacité opérationnelle complète. Il ne démontre pas encore que toutes les fonctions du radar, de la guerre électronique et des armements sont certifiées dans leur configuration définitive.

L’appareil devrait être livré à la Luftwaffe avant la fin de 2026. Airbus avait initialement annoncé des livraisons entre 2025 et 2030. Le programme accuse donc au moins un an de décalage par rapport au calendrier présenté lors du lancement industriel. Ce retard reste contenu pour un nouvel incrément de combat, mais il montre que la qualification de l’avionique et du radar demeure complexe.

L’avion 34+02 ne doit pas être confondu avec le 34+03, présenté publiquement en mai 2026 pendant le Defence Summit d’Airbus à Manching. Le second avait été utilisé comme vitrine industrielle. Le premier est devenu l’appareil ayant réellement ouvert la campagne de vols de production du Project Quadriga.

Le Project Quadriga remplace une génération devenue trop limitée

L’Allemagne a commandé 38 Eurofighter Tranche 4 en novembre 2020. La configuration annoncée comprend 30 monoplaces et huit biplaces. Trois appareils doivent également servir aux essais, à l’intégration de nouveaux équipements et au développement futur du système.

Le programme a été autorisé à hauteur de 5,5 milliards d’euros. Ce montant ne correspond pas au seul prix des avions. Il comprend des pièces de rechange, des moyens de contrôle au sol, des outillages spéciaux et différents équipements de soutien.

Une simple division donne un coût budgétaire moyen proche de 145 millions d’euros par appareil. Ce chiffre ne doit pas être présenté comme le prix de la cellule. Il représente le coût moyen d’un ensemble militaire comprenant les avions et une partie de leur environnement opérationnel. ([bmvg.de][3])

Les nouveaux appareils doivent remplacer les Eurofighter Tranche 1 acquis entre 2003 et 2008. Ces premiers avions ont été conçus principalement pour la défense aérienne. Leur architecture électronique est moins évolutive. Certaines pièces ne sont plus produites. Leur transformation complète aurait exigé des modifications lourdes, notamment dans les calculateurs, le câblage et les réseaux numériques internes.

Berlin a donc choisi de construire des avions neufs plutôt que de reconstruire les plus anciens. Cette décision peut sembler coûteuse. Elle est pourtant cohérente. Moderniser profondément une cellule ancienne peut devenir presque aussi cher qu’un appareil neuf, tout en conservant des contraintes de fatigue structurelle et de maintenance.

Les appareils de Tranche 4 disposent d’une durée d’utilisation théorique allant au-delà de 2060. Ils doivent offrir une base compatible avec les futures évolutions logicielles, les nouveaux armements, le combat collaboratif et les fonctions de guerre électronique. ([Eurofighter Typhoon][4])

Le radar AESA constitue la principale rupture technologique

La nouveauté la plus visible du Project Quadriga est l’arrivée du radar ECRS Mk1. Il s’agit d’un radar à antenne active, ou AESA. Son antenne comprend de nombreux modules électroniques capables d’émettre et de recevoir individuellement.

Un radar mécanique traditionnel déplace physiquement son antenne pour orienter son faisceau. Un AESA modifie électroniquement sa direction. Il peut donc balayer plusieurs zones très rapidement, suivre davantage de cibles et changer de mode presque instantanément.

Cette technologie permet de rechercher un avion, de cartographier le sol et de poursuivre plusieurs objectifs avec une meilleure résistance au brouillage. Elle offre aussi une probabilité d’interception plus faible, car le radar peut modifier rapidement ses fréquences, ses formes d’onde et ses séquences d’émission.

Le premier standard reste une configuration intermédiaire

Il serait pourtant inexact d’affirmer que le premier Quadriga dispose déjà de toutes les performances promises par le futur ECRS Mk1.

Les premiers appareils doivent recevoir l’ECRS Mk1 Step 0. Cette version est dérivée de l’ECRS Mk0 utilisé sur les Eurofighter du Koweït et du Qatar. Elle comprend des adaptations allemandes et une nouvelle antenne, mais elle ne correspond pas encore au niveau définitif attendu.

La véritable progression doit arriver avec l’ECRS Mk1 Step 1. Hensoldt et Indra développent pour cette version un récepteur multicanal, un nouveau processeur et une alimentation d’antenne plus performante. Les premiers systèmes Step 1 doivent être livrés à l’Allemagne et à l’Espagne à partir de 2027.

Le nouveau processeur doit augmenter la capacité de calcul et accélérer le passage entre les différents modes. Il doit aussi préparer des fonctions de reconnaissance automatique, de traitement parallèle, de fusion des données et d’assistance au pilote.

L’architecture prévoit des capacités air-air avancées, une cartographie air-sol à haute résolution et des fonctions de guerre électronique passive et active. Une partie de ces performances dépendra toutefois de versions logicielles ultérieures.

Les nouveaux calculateurs ne transforment pas encore le cockpit

La Tranche 4 possède une architecture avionique modernisée et davantage de capacité de traitement que les anciennes tranches. Elle offre surtout une marge de croissance supérieure pour les logiciels, les communications et l’intégration des armements.

Il faut néanmoins éviter de lui attribuer par avance toutes les évolutions prévues pour l’Eurofighter de nouvelle génération. Le grand écran panoramique, les nouveaux calculateurs de vol, les nouveaux ordinateurs de mission et l’architecture logicielle plus ouverte relèvent principalement du programme Long-Term Evolution et de la future Tranche 5.

Quadriga prépare cette évolution. Il ne la livre pas intégralement dès le premier avion. Cette distinction est essentielle pour mesurer honnêtement l’écart entre une promesse industrielle et une capacité effectivement disponible.

La Luftwaffe construit une flotte à plusieurs niveaux

Quadriga ne doit pas être analysé isolément. L’Allemagne met en place une aviation de combat composée de plusieurs plateformes complémentaires.

Les 38 Tranche 4 doivent remplacer les Tranche 1. Berlin a également commandé 20 Eurofighter supplémentaires en octobre 2025. Ces appareils, généralement présentés comme la Tranche 5, doivent être livrés entre 2031 et 2034.

L’Allemagne disposera donc de 58 Eurofighter neufs issus de ces deux commandes successives, en plus des appareils plus récents déjà en service. L’objectif historique du ministère allemand était de conserver une flotte durable d’environ 140 Eurofighter.

Parallèlement, 15 Eurofighter doivent être adaptés à la guerre électronique dans le cadre du programme Eurofighter EK. Ces avions utiliseront notamment des équipements Saab Arexis et des missiles antiradar AGM-88E AARGM pour détecter, localiser et attaquer les défenses sol-air ennemies.

Cette mission est stratégique. Elle doit remplacer une partie des capacités du Tornado ECR, spécialisé dans la suppression des défenses aériennes. La certification de l’Eurofighter EK est visée autour de 2030. Certains appareils Quadriga doivent recevoir les équipements nécessaires après leur livraison initiale.

Enfin, l’Allemagne a acheté 35 F-35A pour près de 10 milliards d’euros, avec leurs armements, les pièces et cinq années de soutien. Le F-35 assurera notamment la mission de partage nucléaire de l’OTAN. Les premières formations allemandes doivent commencer aux États-Unis en 2026, avant l’arrivée des avions à Büchel à partir de 2027.

La future Luftwaffe reposera donc sur trois piliers. Le F-35 apportera la furtivité et la pénétration. L’Eurofighter assurera la défense aérienne, l’interception et une partie des frappes conventionnelles. L’Eurofighter EK prendra en charge la guerre électronique et la neutralisation des radars.

Cette organisation est plus crédible que la recherche d’un avion unique capable d’accomplir toutes les missions. Elle sera aussi coûteuse. Deux familles de chasseurs signifient deux chaînes logistiques, deux formations, deux systèmes de soutien et des infrastructures différentes.

L’Allemagne consolide sa place industrielle en Europe

Le Project Quadriga possède une dimension industrielle aussi importante que sa dimension militaire. L’assemblage final allemand est réalisé à Manching. Airbus Germany produit également la partie centrale du fuselage.

L’Eurofighter repose cependant sur une organisation partagée. BAE Systems fournit notamment le fuselage avant et la dérive. Leonardo produit l’aile gauche et participe au fuselage arrière. Airbus Spain fabrique l’aile droite.

Le programme associe plus de 400 entreprises et environ 100 000 emplois qualifiés en Europe. L’Allemagne représente officiellement 33 % de la structure industrielle du programme et environ 25 000 emplois. Plus de 120 fournisseurs allemands participent directement à la chaîne de valeur. ([Airbus][9])

La commande des 20 Tranche 5 prolonge l’activité de Manching jusqu’en 2034. Sans elle, la chaîne allemande aurait risqué de fermer après la livraison du dernier Quadriga en 2030.

Cette continuité est cruciale. Une ligne de chasseurs ne peut pas être arrêtée puis redémarrée facilement. Les compétences disparaissent. Les ingénieurs changent de secteur. Les fournisseurs démontent leurs installations. Les procédés industriels doivent ensuite être recréés et certifiés.

Quadriga est donc une assurance contre la perte de souveraineté industrielle allemande. Il maintient les équipes capables d’assembler, de tester, d’intégrer et de soutenir un avion de combat moderne.

L’abandon du chasseur SCAF change la portée du programme

Le premier vol du Quadriga intervient dans un contexte politique très particulier. En juin 2026, la France et l’Allemagne ont abandonné le développement commun du futur chasseur piloté du Système de combat aérien du futur.

Les désaccords entre Dassault Aviation et Airbus portaient notamment sur la maîtrise d’œuvre, le partage des responsabilités, la propriété intellectuelle et la répartition industrielle. Certaines briques du programme, dont le cloud de combat, doivent continuer. Le pilier central consacré à l’avion de combat commun a toutefois été abandonné.

Dans cette nouvelle situation, l’Eurofighter ne constitue plus seulement une transition vers un appareil franco-allemand commun. Il devient le principal socle sur lequel Berlin peut préserver ses compétences nationales jusqu’à la définition d’une solution post-2040.

Cette réalité augmente considérablement la valeur stratégique de Quadriga et de la Tranche 5. L’Allemagne ne peut plus considérer l’Eurofighter comme un programme arrivé au terme de son évolution. Elle doit désormais investir dans ses calculateurs, ses radars, son armement et sa coopération avec des drones.

La difficulté est claire. L’Eurofighter reste un avion conçu dans les années 1980 et entré en service au début des années 2000. Il peut être profondément modernisé. Il ne deviendra pas pour autant un véritable chasseur furtif de sixième génération.

Berlin gagne du temps. Il ne résout pas encore la question de son avion de combat après 2040.

Eurofighter Typhoon

Les nouvelles commandes relancent les chances à l’export

L’Eurofighter a longtemps souffert d’une image commerciale compliquée. Son prix est élevé. Son organisation industrielle est lourde. Toute exportation importante peut nécessiter l’accord de quatre pays partenaires.

Le programme connaît néanmoins une nouvelle dynamique. Il revendique désormais plus de 769 commandes et plus de 600 livraisons. Les pays fondateurs sont l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne. Les clients extérieurs comprennent l’Autriche, l’Arabie saoudite, Oman, le Koweït, le Qatar et désormais la Türkiye.

La Türkiye a commandé 20 appareils en octobre 2025. Ce succès est important. Il relance la production britannique et montre que l’Eurofighter peut encore battre des offres américaines, françaises ou suédoises lorsque le contexte politique lui est favorable.

Mais cette affaire a aussi démontré la faiblesse du consortium. Berlin avait longtemps freiné l’exportation vers Ankara. Le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne soutenaient la vente, mais ne pouvaient pas avancer sans l’autorisation allemande. Le veto a finalement été levé en juillet 2025.

L’Allemagne possède donc un pouvoir politique considérable sur les exportations d’Eurofighter. Elle ne possède pas pour autant la capacité de vendre seule l’avion.

Cette différence limite sa réactivité. Un client doit négocier avec une organisation industrielle et politique multinationale. Chaque partenaire défend ses emplois, ses équipements, ses règles d’exportation et sa politique étrangère.

Le Rafale conserve un avantage commercial très net

La comparaison avec la France est inévitable. Le Rafale et l’Eurofighter appartiennent à la même génération générale. Ce sont deux chasseurs bimoteurs européens, mais leurs philosophies industrielles sont très différentes.

L’Eurofighter est le produit d’un consortium multinational. Le Rafale a été conçu sous maîtrise d’œuvre française. Dassault Aviation dirige le programme. Safran fournit les moteurs. Thales occupe une place centrale dans le radar et l’avionique.

Cette organisation donne à la France une chaîne de décision beaucoup plus courte. Paris peut négocier un contrat d’État à État, définir les armements proposés et organiser les adaptations sans obtenir l’accord de trois autres gouvernements.

À la fin de 2025, 533 Rafale avaient été commandés depuis le lancement du programme, dont 323 Rafale à l’export par huit pays. Le carnet de commandes de Dassault comprenait encore 220 appareils, dont 175 pour les clients étrangers.

L’Eurofighter conserve un nombre total de commandes supérieur grâce aux volumes initiaux des quatre pays fondateurs. Mais sur le marché export pur, le Rafale a pris une avance considérable.

Les cinq clients historiques extérieurs de l’Eurofighter avaient commandé 151 appareils. La commande turque porte ce total à environ 171 avions. Le Rafale approche donc du double en nombre de commandes étrangères.

Cette différence ne s’explique pas uniquement par la qualité de l’avion. Elle résulte aussi de la cohérence politique française, des financements proposés, de l’intégration des armements et de l’absence de veto multinational.

Le Quadriga réduit l’écart technique sans inverser le rapport de force

Dans le combat aérien, l’Eurofighter conserve des qualités majeures. Il dispose d’un rapport poussée-poids élevé. Il monte rapidement en altitude. Il peut maintenir une vitesse importante et emporter une charge significative de missiles air-air.

Ces caractéristiques le rendent particulièrement efficace pour l’alerte rapide, l’interception et le combat à longue distance. L’association du radar AESA, du missile Meteor et de nouvelles liaisons de données doit renforcer cette spécialisation.

Le Rafale est moins centré sur la seule supériorité aérienne. Il a été conçu dès l’origine comme un appareil omnirôle. Il peut assurer la défense aérienne, la frappe profonde, la reconnaissance, l’attaque maritime, la mission nucléaire et les opérations depuis un porte-avions.

Son radar AESA RBE2 est en service depuis plus d’une décennie. Sa suite de guerre électronique SPECTRA bénéficie d’une longue expérience opérationnelle. Le Rafale a également été engagé en Afghanistan, en Libye, au Sahel, en Irak et en Syrie.

La Tranche 4 permet à l’Allemagne de réduire son retard dans les radars à balayage électronique et les capacités de calcul. Elle ne place pas automatiquement l’Eurofighter devant le Rafale F4.

Le calendrier compte autant que la fiche technique. Lorsque l’ECRS Mk1 Step 1 atteindra sa maturité, la France poursuivra le développement du Rafale F5. Ce standard doit entrer en service entre 2033 et 2035 avec de nouveaux armements, une connectivité renforcée et un drone de combat furtif dérivé des acquis du démonstrateur nEUROn.

Le duel ne se résume donc pas à ECRS Mk1 contre RBE2, ou à Eurofighter contre Rafale. Il oppose deux systèmes industriels, deux rythmes de modernisation et deux conceptions de la souveraineté.

La puissance budgétaire allemande ne suffit pas à créer l’autonomie

L’Allemagne peut consacrer davantage de ressources à sa défense que la France grâce à la taille de son économie. Elle peut commander des F-35, financer l’Eurofighter, développer des radars et soutenir une base industrielle européenne.

Cette puissance financière lui permet de redevenir un acteur majeur de l’aviation de combat. Elle peut peser sur les choix européens, imposer des conditions d’exportation et soutenir Airbus Defence and Space face à Dassault Aviation.

Mais l’argent ne remplace pas la maîtrise d’œuvre. L’Allemagne ne contrôle pas seule l’Eurofighter. Elle ne produit pas son propre moteur de combat complet. Elle ne peut pas décider seule de chaque évolution ni garantir seule une exportation.

La France dispose d’une autonomie plus cohérente. Elle contrôle la conception de l’avion, le moteur, le radar, la guerre électronique, les principaux armements et la certification. Elle possède aussi les missions les plus exigeantes, dont les opérations aéronavales et la dissuasion nucléaire.

L’Allemagne dispose en revanche d’une force que la France ne possède pas au même niveau : sa capacité à agréger plusieurs partenaires industriels et à financer des volumes importants. Si Berlin transforme cette puissance en stratégie stable, il peut devenir le centre de gravité budgétaire de l’aviation militaire européenne.

Le véritable duel se jouera après 2030

Le premier vol du 34+02 ne bouleverse pas immédiatement l’équilibre militaire européen. Il confirme cependant que l’Allemagne refuse de laisser disparaître sa capacité à construire et à moderniser des avions de combat.

Le Project Quadriga donnera à la Luftwaffe des appareils nettement plus polyvalents que les Tranche 1. Le radar ECRS Mk1, les nouveaux traitements numériques et la future version de guerre électronique amélioreront sensiblement la défense aérienne allemande.

Berlin retrouvera aussi un argument commercial. Un avion moderne commandé par son pays industriel d’origine est plus crédible à l’export qu’un programme maintenu artificiellement en vie.

L’Allemagne ne dépasse pourtant pas encore la France. Elle dépend d’un consortium pour vendre et faire évoluer l’Eurofighter. Le Rafale possède une avance commerciale, une chaîne souveraine et une architecture opérationnelle déjà mûre.

Le rapport de force pourrait évoluer après 2030. Tout dépendra de la réussite de l’ECRS Mk1, de l’Eurofighter EK, de la Tranche 5 et de la capacité allemande à définir un successeur après l’échec du chasseur SCAF.

La France possède aujourd’hui le système le plus autonome. L’Allemagne possède les moyens financiers de contester cette position. Quadriga est le premier signe concret de cette montée en puissance. Ce n’est pas encore une victoire allemande. C’est le début d’une compétition européenne beaucoup plus directe.

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