Le House Armed Services Committee a étendu l’interdiction de retirer les F-22 Raptor jusqu’à l’exercice 2032. Cette décision maintient les 184 appareils en service face aux retards du futur F-47, préservant une capacité critique de supériorité aérienne.
En résumé
Le 4 juin 2026, le House Armed Services Committee a approuvé par vote de voix un amendement au ND AA pour l’exercice 2027 proposé par le représentant Austin Scott (républicain de Géorgie). Cet amendement prolonge jusqu’au 30 septembre 2032 l’interdiction de retirer tout F-22 Raptor, contre une échéance précédente fixée à 2027. Les quelque 184 appareils restants, fleuron de la supériorité aérienne américaine, demeurent ainsi opérationnels plus longtemps. Cette mesure reflète les préoccupations du Congrès face à un parc de chasseurs vieillissant, aux retards du programme NGAD (F-47) et à la nécessité de maintenir une capacité inégalée contre des adversaires comme la Chine ou la Russie. Elle évite une réduction prématurée de la flotte tout en soulignant les coûts élevés de maintenance et les défis logistiques d’un avion dont la chaîne de production est fermée depuis 2012.
Le contexte de l’amendement au NDAA
Le National Defense Authorization Act encadre chaque année les priorités budgétaires et opérationnelles du Pentagone. Dans sa version House pour l’exercice 2027, le comité a intégré plusieurs amendements sur l’aviation. Celui d’Austin Scott prolonge une protection législative mise en place en 2023, lorsque l’US Air Force souhaitait retirer 32 F-22 Block 20 jugés trop coûteux à moderniser pour un usage combat. Ces appareils servaient principalement à l’entraînement. Le Congrès avait alors bloqué ces retraits jusqu’en 2027. L’extension à 2032 va au-delà des plans initiaux de l’Air Force, qui envisageait autrefois un retrait progressif dès 2030.
Cette décision n’est pas anecdotique. Elle intervient alors que la flotte globale de chasseurs de l’US Air Force subit une pression structurelle : vieillissement des appareils, retards dans les programmes de remplacement et tensions géopolitiques accrues dans le Pacifique. Le maintien des 184 F-22 garantit un noyau dur de supériorité aérienne pendant que le successeur, le F-47, mûrit.
Les capacités techniques uniques du F-22 Raptor
Le F-22 Raptor, développé par Lockheed Martin avec Boeing, reste l’avion de supériorité aérienne le plus abouti au monde. Conçu dans les années 1990 dans le cadre du programme Advanced Tactical Fighter, il intègre stealth, supercruise, manœuvrabilité extrême et fusion de capteurs.
Ses deux turboréacteurs Pratt & Whitney F119 délivrent chacun environ 15 875 kilogrammes (35 000 livres) de poussée avec post-combustion et vectorisation de poussée bidimensionnelle (±20 degrés). Cela permet au pilote d’effectuer des manœuvres à haute incidence que peu d’avions peuvent égaler, tout en maintenant un contrôle précis. Le F-22 peut ainsi supercruiser à plus de Mach 1,5 (environ 1 850 km/h) sans post-combustion, augmentant son rayon d’action, réduisant sa signature infrarouge et préservant le carburant.
La furtivité repose sur une forme soignée, des matériaux absorbants et des baies internes pour les armements (jusqu’à six missiles AIM-120 AMRAAM et deux AIM-9 Sidewinder en configuration air-air typique). Sa surface équivalente radar (SER) est estimée à 0,0001 m² dans certaines incidences, soit l’équivalent d’une bille d’acier. Les capteurs AN/APG-77 (radar AESA) et les systèmes de guerre électronique permettent une détection et un engagement avant d’être détecté.
Dimensions : envergure de 13,6 mètres, longueur de 18,9 mètres, poids à vide autour de 19 700 kilogrammes. Vitesse maximale supérieure à Mach 2 avec post-combustion. Rayon de combat supérieur à 850 kilomètres en configuration interne. Ces caractéristiques en font un outil dominant pour les missions de contre-air dans des environnements contestés.

Coûts, production limitée et défis de maintenance
Le programme a produit 195 exemplaires au total (187 opérationnels), contre un objectif initial de 750. Le dernier a été livré en 2012. Le coût unitaire de production avoisinait 143 millions de dollars, mais le coût programme complet, amorti sur un faible nombre d’appareils, dépasse largement 300 millions par unité en incluant R&D. Les heures de vol coûtent cher, en raison de la complexité stealth et des matériaux composites.
L’US Air Force investit des milliards dans les mises à niveau : modernisation des logiciels, amélioration des communications (pour une meilleure intégration avec d’autres plateformes) et potentiellement des revêtements réduisant davantage la signature infrarouge. Malgré ces coûts, le Congrès juge le retrait prématuré risqué. La chaîne de production est arrêtée ; la relancer serait extrêmement onéreuse et chronophage.
Comparaison avec le F-35 et positionnement stratégique
Le F-22 excelle dans la supériorité aérienne pure : vitesse, manœuvrabilité et furtivité optimisée pour le combat air-air. Le F-35 Lightning II, plus polyvalent, se concentre sur les frappes et la pénétration de défenses avec une furtivité optimisée pour les radars de basse fréquence et une meilleure connectivité. Les deux se complètent : le F-22 ouvre la voie, le F-35 exploite les brèches. Mais avec seulement 184 Raptor, la flotte reste vulnérable à l’attrition.
Face à la Chine, qui déploie en masse des J-20 et modernise ses défenses anti-aériennes, conserver chaque F-22 disponible renforce la dissuasion dans le Pacifique. Les déploiements réguliers à Kadena (Japon) ou en Alaska illustrent ce rôle.
Le successeur F-47 et le calendrier incertain
Boeing a remporté le contrat NGAD pour le F-47 en mars 2025. Premier vol visé vers 2028, mais entrée en service opérationnelle attendue dans les années 2030, probablement vers le milieu de la décennie. L’Air Force prévoit environ 200 exemplaires. Le programme intègre des Collaborative Combat Aircraft (drones wingmen) pour multiplier la masse de combat.
L’extension de la protection des F-22 comble ce délai. Sans elle, la flotte risquait de descendre sous un seuil critique, compromettant la capacité à générer des sorties massives en cas de conflit majeur. Le Congrès signale ainsi sa méfiance face aux projections optimistes du Pentagone sur les nouveaux programmes.
Implications opérationnelles et budgétaires
Maintenir 184 F-22 impose des investissements soutenus en maintenance, pièces détachées et formation. L’Air Force devra équilibrer ce coût avec les besoins en F-35, F-15EX (dont la production pourrait augmenter) et modernisation des infrastructures. La décision reflète aussi une priorité bipartisane : la supériorité aérienne ne se négocie pas.
Techniquement, les Block 20 restants pourraient bénéficier de mises à niveau partielles pour regagner des capacités combat, comme envisagé précédemment. Cela augmenterait la disponibilité opérationnelle sans attendre le F-47.
Le débat souligne une réalité plus large : les États-Unis ne peuvent plus se permettre de réduire leur flotte de chasseurs haut de gamme alors que les rivaux investissent massivement. La furtivité, la supercruise et la fusion de capteurs du F-22 restent des multiplicateurs de force irremplaçables aujourd’hui.
Cette prolongation jusqu’en 2032 offre un répit précieux. Elle oblige cependant à une gestion rigoureuse des ressources pour que, lorsque le F-47 arrivera, la transition se fasse sans rupture de capacité. L’enjeu dépasse le seul avion : il s’agit de la capacité américaine à dominer le ciel dans les conflits futurs.
Retrouvez notre guide des avions de chasse.