Le programme FCAS franco-germano-espagnol traverse une crise majeure. IG Metall et le BDLI appellent Berlin à se retirer faute d’accord industriel.

En résumé

Le programme FCAS (Future Combat Air System), pilier de l’ambition européenne de développer un chasseur de sixième génération destiné à remplacer le Rafale et l’Eurofighter Typhoon à partir de 2040, traverse une nouvelle phase de turbulence. Le 11 février 2026, le syndicat allemand IG Metall et la fédération industrielle BDLI ont publiquement demandé au gouvernement allemand d’envisager un retrait du programme. En cause : l’absence de contrat signé pour la phase 2, censée lancer le démonstrateur, et des désaccords persistants entre Dassault Aviation et Airbus Defence & Space sur la répartition des responsabilités industrielles et le leadership technologique. Cette crise soulève des questions profondes sur la souveraineté industrielle, la gouvernance des grands programmes de défense européens et la capacité de l’Europe à innover face aux États-Unis et à la Chine.

Le contexte stratégique du programme FCAS

Le FCAS est lancé officiellement en 2017 par la France et l’Allemagne, rejointes par l’Espagne en 2019. Son objectif est ambitieux : concevoir un système de combat aérien complet autour d’un avion de nouvelle génération (NGF), accompagné de drones d’escorte, d’un cloud de combat et d’une architecture numérique intégrée.

Le calendrier prévoit une entrée en service vers 2040. Le budget estimé sur la durée du programme dépasse 100 milliards d’euros. La phase 1B, dédiée aux études préliminaires et aux maquettes technologiques, a mobilisé environ 3,8 milliards d’euros. La phase 2, attendue en 2026, doit financer le démonstrateur du NGF.

À ce stade, aucun contrat n’a été signé pour cette phase critique. Ce blocage nourrit les inquiétudes allemandes.

La perception allemande et la montée des tensions

Le 11 février 2026, IG Metall, puissant syndicat représentant des dizaines de milliers de salariés de l’aéronautique allemande, et le BDLI ont exprimé publiquement leur frustration. Leur message est clair : l’Allemagne ne peut rester dans un programme où le leadership industriel serait dominé par un acteur français.

La perception allemande repose sur trois éléments.

D’abord, la crainte d’un déséquilibre industriel. Airbus Defence & Space, basé en Allemagne et en Espagne, estime que la gouvernance actuelle accorde à Dassault un rôle trop central dans la conception du chasseur NGF.

Ensuite, l’inquiétude concernant les retombées industrielles. L’Allemagne souhaite garantir un partage équitable des travaux, notamment sur les systèmes avioniques, la structure et l’intégration logicielle.

Enfin, la question de la souveraineté technologique. Berlin considère que les compétences accumulées sur l’Eurofighter doivent être pleinement valorisées dans le futur programme.

Le différend entre Dassault et Airbus

Le cœur du conflit porte sur la maîtrise d’œuvre du NGF. La France défend le principe d’un leadership clair, assuré par Dassault Aviation, en tant que concepteur historique du Rafale. Paris estime qu’un avion de combat ne peut être développé efficacement sans un maître d’œuvre unique responsable de l’architecture globale.

L’Allemagne plaide pour une gouvernance plus collégiale. Airbus revendique un rôle équivalent à celui de Dassault dans la conception et l’intégration.

Le différend n’est pas idéologique. Il est industriel. Dans les grands programmes aéronautiques, la fragmentation des responsabilités entraîne des retards et des surcoûts. L’exemple de l’Eurofighter, développé par un consortium quadripartite, a montré les limites d’une gouvernance dispersée.

La France redoute une dilution des responsabilités. L’Allemagne redoute une marginalisation de son industrie.

FCAS Europe

La question du partage du travail industriel

Le partage du travail est central. Le FCAS comprend plusieurs piliers : le NGF, les drones d’accompagnement, le moteur développé par Safran et MTU, et le cloud de combat.

L’Allemagne souhaite sécuriser un volume significatif de production et de développement sur son territoire. IG Metall insiste sur la préservation des emplois hautement qualifiés, estimés à plusieurs dizaines de milliers sur le long terme.

Les industriels allemands considèrent que le modèle proposé ne garantit pas un retour équitable sur investissement.

Du côté français, l’argument est différent : le leadership technique doit être cohérent avec les compétences existantes. Dassault a conçu le Rafale sans coopération externe sur la cellule. Paris défend cette expérience comme un atout stratégique.

La France est-elle perçue comme arrogante ?

Dans certains cercles politiques allemands, la France est perçue comme inflexible. Cette perception est alimentée par le refus français de partager certains codes sources ou éléments critiques liés à l’architecture de vol.

Il faut toutefois rappeler que la protection des technologies sensibles est une pratique courante dans l’industrie de défense. Aucun pays ne cède l’intégralité de ses briques critiques.

La question dépasse l’orgueil national. Elle touche à la notion de souveraineté. La France souhaite conserver la capacité autonome de concevoir un chasseur complet. L’Allemagne, de son côté, ne veut pas devenir simple fournisseur de sous-systèmes.

L’impact potentiel sur l’innovation européenne

Le blocage du programme FCAS intervient dans un contexte de compétition accrue. Les États-Unis investissent massivement dans le programme NGAD. La Chine développe déjà des prototypes avancés.

Un retrait allemand affaiblirait considérablement l’ambition européenne. Il fragmenterait les budgets et risquerait de conduire à deux programmes concurrents.

L’Europe investit environ 240 milliards d’euros par an dans la défense, mais ces dépenses restent éclatées entre États. Sans coopération structurée, le continent peine à rivaliser avec les géants américains.

L’innovation de défense nécessite des cycles longs, des financements stables et une gouvernance claire. Le FCAS devait incarner cette maturité industrielle européenne.

Le calendrier et les enjeux industriels

La phase 2 du démonstrateur est cruciale. Elle doit valider les technologies clés : furtivité, propulsion nouvelle génération, architecture numérique distribuée.

Un retard de deux à trois ans décalerait mécaniquement l’entrée en service au-delà de 2040. Cela poserait un problème capacitaire pour remplacer le Rafale et l’Eurofighter.

Les industriels européens ont besoin de visibilité. Sans contrat signé, les chaînes d’ingénierie ne peuvent pas se structurer. Les compétences risquent de se disperser vers d’autres programmes.

Les scénarios possibles

Trois scénarios sont envisageables.

Le premier est un compromis politique rapide. Paris et Berlin redéfinissent le partage industriel et signent la phase 2.

Le deuxième est un gel prolongé. Le programme continue à bas bruit, mais perd son ambition initiale.

Le troisième est une rupture. L’Allemagne pourrait renforcer sa coopération avec le Royaume-Uni et l’Italie autour du programme Tempest.

Un retrait allemand du FCAS serait un signal politique fort. Il traduirait une incapacité européenne à surmonter ses rivalités industrielles.

Le FCAS n’est pas qu’un avion. C’est un test politique. Il mesure la capacité de l’Europe à dépasser ses réflexes nationaux pour bâtir une base industrielle cohérente. Les prochains mois diront si Paris et Berlin parviennent à dépasser leurs divergences ou si l’Europe accepte de rester dépendante des solutions américaines. Le débat dépasse largement la question d’un démonstrateur. Il engage l’autonomie stratégique du continent pour plusieurs décennies.

Sources :

Communiqués IG Metall février 2026
Déclarations publiques BDLI février 2026
Rapports Bundestag sur FCAS 2024-2025
Communications Dassault Aviation et Airbus Defence & Space
Analyses budgétaires défense UE 2025

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