Avec le « Super Typhoon » (Captor-E, Meteor, ECRS Mk2), l’Europe veut prolonger l’Eurofighter jusqu’aux années 2040 et résister au Rafale et au F-35 sur le marché export.
En résumé
Le concept de « Super Typhoon » désigne un ensemble d’upgrades profonds de l’Eurofighter Typhoon, centrés sur le radar AESA Captor-E / ECRS (Mk0, Mk1, Mk2), l’intégration du missile air-air longue portée Meteor et une modernisation complète de l’avionique, de la guerre électronique et, à terme, des moteurs. L’objectif affiché est clair : maintenir l’appareil crédible au combat jusqu’aux années 2040, en tant que pont opérationnel entre les flottes de chasseurs de 4e génération et les futurs systèmes de 6e génération comme FCAS ou GCAP. Avec une antenne AESA de grande dimension, un champ de vision élargi et des fonctions de brouillage actives, le Captor-E/ECRS Mk2 doit transformer le Typhoon en plateforme multirôle 4,5+ génération, capable de détection lointaine, d’attaque électronique et de tir « no escape zone » avec Meteor.
Sur le marché, ce « Super Eurofighter Typhoon » arrive au moment où certains pays européens cherchent à compléter des flottes de F‑35, mais aussi à préserver une base industrielle aéronautique souveraine. Il se positionne directement face au Rafale F4 puis F5, que Dassault projette de livrer au-delà de 2035 avec un nouveau radar RBE2-XG à technologie GaN, une architecture de données renforcée et un rôle clé dans la dissuasion française. Les débats budgétaires sont toutefois brutaux : un rapport cité fin 2025 évoque un coût unitaire d’Eurofighter pouvant atteindre 140 millions d’euros, soit presque le double du Rafale Air estimé à environ 75 millions d’euros pour la France, tandis que certains contrats export de Rafale dépassent 250 à 269 millions d’euros l’appareil, selon la configuration. Dans ce contexte, l’offre « Super Typhoon » cible surtout les clients déjà engagés dans le programme, mais aussi quelques pays cherchant un compromis entre F‑35 et Rafale, avec un horizon opérationnel jusqu’aux années 2040.
Le concept d’un « Super Eurofighter Typhoon »
L’expression « Super Typhoon » recouvre aujourd’hui un faisceau de modernisations plutôt qu’un nouveau standard unique officiel. Eurofighter et ses partenaires industriels décrivent une évolution graduelle, par « blocs » de capacités, qui combine nouveaux capteurs, nouvelles armes, électronique de bord et, à terme, propulsion améliorée.
Le cœur du concept repose sur trois piliers techniques :
- l’adoption généralisée du radar AESA Captor-E / ECRS, en versions Mk0, Mk1 et Mk2 selon les nations ;
- l’intégration complète du missile air-air longue portée Meteor sur ces radars AESA ;
- une montée en puissance de la guerre électronique (suite Praetorian modernisée, fonctions EW intégrées au radar, éventuelles variantes EK dédiées).
Un article spécialisé évoque, pour cette génération « Super Eurofighter », un bond de l’ordre de 200 fois de la puissance de calcul de l’avionique, accompagné d’une amélioration des liaisons de données, de l’intégration du casque Striker II et d’une mise à niveau du système défensif Praetorian DASS. L’objectif est de faire du Typhoon non plus seulement un chasseur de supériorité aérienne, mais un véritable appareil « swing-role », capable de passer très rapidement d’une mission air-air longue portée à une frappe de précision air-sol dans un environnement contesté.
Le radar Captor-E / ECRS, pierre angulaire de la modernisation
Le passage du radar mécanique M-Scan au radar à antenne active Captor-E / ECRS constitue la transformation la plus structurante pour le « Super Typhoon ». Le consortium ECRS regroupe trois variantes : Mk0, déjà en intégration, Mk1 pour l’Allemagne et l’Espagne, Mk2 pour le Royaume-Uni avec de fortes capacités d’attaque électronique.
Hensoldt, qui développe l’ECRS Mk1 avec Indra, met en avant plusieurs caractéristiques clés :
- une nouvelle architecture de réception multicanal ;
- des modules émetteurs-récepteurs large bande de nouvelle génération ;
- des performances accrues en détection et classification de cibles, même en environnement fortement brouillé ;
- des fonctions intégrées de guerre électronique (ESM et EA).
Un point déterminant tient à la taille de l’antenne : le Typhoon dispose d’un nez plus large que la majorité de ses concurrents, ce qui permet une antenne AESA plus grande et donc plus puissante. Combinée à une capacité de rotation mécanique de l’antenne, cette architecture offrirait jusqu’à 50% de couverture angulaire supplémentaire par rapport à des AESA fixes classiques, augmentant à la fois le champ de vision et la zone de détection utile.
Au Royaume-Uni, le programme ECRS Mk2, piloté par BAE Systems et Leonardo UK, vise une mise en service opérationnelle dans la seconde moitié des années 2020 après des essais en vol lancés en 2024. Ce radar doit fournir des capacités de brouillage offensif et de suivi simultané de multiples cibles tout en menant des actions de guerre électronique, transformant le Typhoon en plateforme de supériorité électronique et non plus seulement en chasseur « cinétique ».
Le missile Meteor et la mutation du combat air-air
La modernisation du Typhoon n’aurait pas de sens sans l’armement correspondant. Le missile Meteor, développé par MBDA, est désormais au centre du discours sur le « Super Typhoon ».
Ce missile à statoréacteur se distingue par une combinaison de grande portée et de large « no escape zone », c’est-à-dire une zone dans laquelle la cible ne peut plus échapper au missile par manœuvres ou par accélération. Grâce au maintien d’une forte énergie en fin de trajectoire, Meteor est conçu pour imposer sa loi dans les engagements au-delà de la portée visuelle, y compris contre des adversaires évoluant à haute altitude ou en manœuvre.
Une récente suite de contrats dite de « capability enhancement » prévoit précisément le transfert de la pleine capacité Meteor des anciens radars mécaniques vers les nouveaux radars E-Scan, avec une standardisation de cette capacité sur l’ensemble de la flotte. L’intégration de Meteor se combine avec d’autres munitions avancées, comme les missiles de croisière Storm Shadow et Taurus pour la frappe en profondeur, ou les Brimstone pour l’appui rapproché de précision.
Dans la configuration « Super Typhoon », l’avion devient ainsi une plateforme de combat air-air longue portée et air-sol stratégique, ce qui renforce son intérêt pour des pays cherchant à mutualiser les rôles plutôt qu’à multiplier les flottes spécialisées.

Le positionnement face au Rafale F4 et F5
Face au « Super Typhoon », Dassault prépare son propre « Super Rafale » avec le standard F5, attendu au début des années 2030. Ce standard doit intégrer un nouveau radar RBE2-XG à technologie GaN, relié à une architecture de données en fibre optique pour absorber les flux massifs de données générés par les capteurs et le combat collaboratif.
Le Rafale F5 est pensé par la France pour maintenir une posture de dissuasion nucléaire jusqu’aux années 2050, ce qui suppose une compatibilité avec les futurs missiles air-sol de croisière et une survivabilité renforcée face aux chasseurs furtifs comme les Chengdu J‑20 ou Su‑57. Il mise aussi sur la coopération avec des drones de combat et sur une bulle de guerre électronique très dense, dans une logique de chasseur « système » plutôt que de simple vectorisateur de missiles.
En termes de performances brutes, un article note que Typhoon et Rafale surpassent le F‑35 en vitesse et en rayon d’action : Typhoon affiche une vitesse maximale d’environ Mach 2,35 quand Rafale atteint Mach 1,8, au prix toutefois de coûts unitaires importants. Sur le plan industriel, le Rafale dispose d’un carnet de commandes d’environ 220 appareils fin 2025, dont 45 pour la France et 175 pour l’export, avec une production prolongée au moins jusqu’en 2035.
Côté coûts, ce même panorama souligne que certains contrats export de Rafale atteignent 250 à 269 millions d’euros par appareil, tandis que le coût unitaire pour l’armée de l’Air française pour 42 Rafale F4 aurait dépassé 5 milliards d’euros, soit environ 120 millions par avion. Un rapport cité en France avance, pour sa part, qu’un Eurofighter pourrait revenir à environ 140 millions d’euros, soit presque deux fois le coût estimé d’un Rafale Air autour de 75 millions d’euros, même si ces chiffres varient fortement selon la configuration, les offsets et le périmètre des contrats.
Dans ce contexte, le « Super Typhoon » cherche à se présenter comme une alternative technique crédible, mais aussi comme une solution politique permettant de répartir les retombées industrielles entre l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne, quand le Rafale, lui, porte une filière française concentrée autour de Dassault, Safran et Thales.
Les enjeux budgétaires et industriels
La montée en gamme du Typhoon a un coût, mais elle s’inscrit dans un mouvement plus large d’augmentation des budgets de défense en Europe, dans le sillage de la guerre en Ukraine et des objectifs de 2% du PIB fixés par l’OTAN. Pour les pays partenaires de l’Eurofighter, investir dans un « Super Typhoon » permet de prolonger la valeur d’une flotte déjà en service, plutôt que de basculer entièrement vers des solutions américaines comme le F‑35 ou d’attendre des programmes encore hypothétiques comme FCAS ou GCAP.
Le consortium Eurofighter met en avant que l’ECRS Mk1 peut être installé sur tous les Typhoon à partir de la Tranche 2, ce qui ouvre la voie à une modernisation à grande échelle sans reconstruire une flotte neuve. Une interview interne mentionne déjà 126 appareils concernés par les contrats de développement et d’intégration du radar E-Scan Mk1, avec cinq forces aériennes planifiant d’exploiter un Typhoon compatible E-Scan et quatre programmes de production confirmés.
En parallèle, l’industrie britannique porte l’ECRS Mk2 comme un outil de souveraineté technologique, destiné à garder au Royaume-Uni des compétences critiques en électronique de défense et à nourrir le futur programme GCAP. Pour Berlin, Rome et Madrid, le maintien d’une chaîne Typhoon modernisée constitue un levier industriel non négligeable, en particulier si des commandes additionnelles venaient prolonger une production aujourd’hui limitée à environ 14 appareils par an, selon certaines analyses.
Ce schéma a toutefois une contrepartie : la tentation d’étirer la vie du Typhoon peut absorber des marges budgétaires qui pourraient sinon aller vers des programmes de 6e génération. Les partenaires jouent donc un numéro d’équilibriste : financer un pont crédible jusqu’en 2040 sans compromettre la montée en puissance des systèmes de combat aérien du futur.
Les clients visés et l’impact sur le marché
Le « Super Typhoon » s’adresse d’abord aux clients existants : Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Espagne, mais aussi des utilisateurs export au Moyen-Orient et en Europe. Pour eux, le passage au Captor-E/ECRS, l’intégration Meteor et la mise à niveau de la guerre électronique sont un moyen de rester au niveau face aux F‑35 voisins, sans basculer sur un nouvel appareil.
Les pays ayant déjà commandé ou évalué le Typhoon – comme l’Arabie saoudite, le Koweït ou le Qatar – constituent également une cible potentielle pour des rétrofits et des compléments de flotte. Dans certains cas, ces clients combinent déjà Typhoon et F‑15 ou F‑35, ce qui renforce l’argument du Typhoon comme chasseur de masse et de supériorité, pendant que le F‑35 prend le rôle de plateforme furtive de pénétration.
Plus largement, ce « Super Typhoon » se positionne sur le segment des pays qui :
- n’acceptent pas forcément toutes les contraintes politiques et opérationnelles du F‑35 ;
- recherchent un niveau technologique élevé, mais compatible avec leurs budgets ;
- veulent préserver ou développer une base industrielle locale, via la participation au programme Eurofighter.
Face à eux, le Rafale F4/F5 apparaît comme le concurrent européen le plus sérieux, avec un pipeline d’export très dynamique et un horizon de production solide. Le duel Rafale – Super Typhoon se jouera autant sur les performances techniques que sur les offres de coopération industrielle, la flexibilité politique et la capacité à livrer rapidement dans un marché marqué par l’urgence de reconstituer des stocks et des flottes.
Un pont vers 2040, mais pas une fin de l’histoire
Le « Super Eurofighter Typhoon » condense une vision assumée : celle d’un chasseur de 4e génération profondément modernisé pour rester pertinent dans un ciel dominé par les capteurs, les liaisons de données et la guerre électronique. En combinant radar AESA large bande, Meteor, capacités EW avancées et potentiellement une motorisation EJ200 améliorée de 15% de poussée, l’appareil se donne les moyens de tenir le choc jusqu’aux premières livraisons de chasseurs de 6e génération dans les années 2040.
Reste une question que ni Eurofighter ni Dassault ne peuvent esquiver : dans un environnement où le F‑35 s’impose comme standard OTAN de fait, combien d’armées de l’air accepteront de financer deux lignes de modernisation majeures, l’une sur un chasseur 4,5 génération, l’autre sur un programme de 6e génération ? À mesure que les contrats se préciseront, on verra si le « Super Typhoon » demeure un pont stratégique ou devient, faute de mieux, un substitut de long terme à des systèmes de combat du futur qui tarderaient à se matérialiser.
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