Le budget 2026 de l’USAF réduit la commande de F-35A et pousse les drones de combat, le B-21 Raider et le F-47. Une bascule assumée.
En résumé
Le budget 2026 de l’US Air Force ne retire pas le F-35 de l’équation. Il le remet à sa place. La demande américaine pour l’USAF tombe à 24 F-35A, contre 44 l’année précédente, pendant que l’effort de modernisation bascule vers trois priorités plus lourdes : le B-21 Raider, le futur système de combat piloté et non piloté formé par le F-47 et les Collaborative Combat Aircraft, ainsi que les munitions de longue portée. Ce choix n’est pas cosmétique. Il traduit une révision de la hiérarchie des besoins face à la Chine. Washington considère désormais qu’un chasseur tactique supplémentaire n’apporte pas la même valeur qu’un bombardier pénétrant, qu’un drone de combat collaboratif ou qu’une architecture de frappe à longue distance. Le message est net : l’USAF veut moins de volume tactique classique, plus de portée, plus d’autonomie et plus de masse distribuée. Le F-35 reste central. Mais il n’est plus le centre de gravité exclusif du futur format aérien américain.
Le budget 2026 acte un changement de logique plus qu’une simple coupe
Le point de départ est clair. La demande budgétaire 2026 du Department of the Air Force atteint 249,5 milliards de dollars, dont 209,6 milliards pour la seule U.S. Air Force. À l’intérieur de ce total, la structure des crédits montre où se situe désormais l’effort : 46,4 milliards pour la RDT&E, 36,2 milliards pour la procurement, 77,7 milliards pour l’operation and maintenance, et 44,5 milliards pour le personnel. La hausse la plus spectaculaire concerne la recherche et développement, avec un bond de 39 % au niveau du Department of the Air Force dans le briefing officiel. C’est le signe le plus important. L’USAF n’achète pas seulement des équipements. Elle tente de changer son architecture de combat.
Ce basculement ne doit pas être lu comme un abandon du combat aérien piloté. Il faut le lire comme une redistribution entre trois horizons. Le premier est le présent, avec la disponibilité des flottes actuelles. Le deuxième est la décennie 2030, avec le B-21 Raider et les premières briques du F-47. Le troisième est la montée d’une masse moins coûteuse et plus distribuée grâce aux drones de combat collaboratifs. Dans ce schéma, le F-35 reste utile, mais il cesse d’être le réceptacle automatique de l’essentiel de l’effort supplémentaire.
La baisse des commandes de F-35A est nette et politiquement assumée
Le chiffre le plus commenté est celui-ci : la demande 2026 pour l’USAF prévoit 24 F-35A, contre 44 en 2025 dans les documents de procurement de l’Air Force. Le coût total demandé pour cette ligne s’élève à 3,965 milliards de dollars, avec 410,2 millions d’advance procurement. Le document officiel précise aussi que ces crédits couvrent les appareils, les moteurs et les équipements associés nécessaires à la production, à la livraison, à la montée en puissance des escadrons et au soutien logistique. Autrement dit, il ne s’agit pas d’un arrêt du programme. Il s’agit d’un ralentissement volontaire.
Ce ralentissement a une logique industrielle et technique. Le briefing budgétaire de l’Air Force souligne que le F-35 doit encore sécuriser son avantage technologique via le couple Tech Refresh-3 et Block 4. Cela signifie que l’USAF ne veut pas seulement plus d’avions. Elle veut des avions mis à niveau, plus pertinents, et capables d’intégrer les évolutions prévues. Les retards liés au TR-3 ont déjà eu des effets en chaîne sur les livraisons et la crédibilité du calendrier de modernisation. Reuters rappelait en juillet 2025 que les retards logiciels et matériels continuaient de peser sur les livraisons, au point que le Pentagone retenait encore une partie des paiements sur les jets livrés.
Il faut donc être franc. La coupe dans les achats de F-35A n’est pas seulement un arbitrage doctrinal. C’est aussi un message envoyé à Lockheed Martin et à l’ensemble du programme : l’USAF ne veut plus empiler des cellules si la maturation des standards attendus reste en retard. Acheter moins, mais pousser la modernisation utile, est devenu plus rationnel que poursuivre le rythme précédent sans résoudre les points durs.
Le B-21 Raider capte une part décisive de l’effort de modernisation
Le grand gagnant silencieux du budget 2026 est le B-21 Raider. Le briefing du Department of the Air Force met en avant 11,3 milliards de dollars pour le programme B-21. Dans les documents d’Aircraft Procurement de l’Air Force, la ligne B-21 inclut 4,689 milliards de dollars pour la procurement 2026, dont 2,590 milliards en crédits discrétionnaires et 2,099 milliards en crédits obligatoires issus de la réconciliation. À cela s’ajoutent 862 millions d’advance procurement pour protéger les calendriers de livraison et les longs délais industriels. Le document précise aussi que la production à faible cadence a déjà commencé.
Ce choix n’a rien d’étonnant. Face à la Chine, l’USAF veut davantage qu’un chasseur tactique performant. Elle veut une capacité de pénétration lointaine, survivable, apte à frapper dans la profondeur et à tenir dans un environnement fortement contesté. Le B-21 Raider répond directement à cette logique. Il sert la dissuasion conventionnelle, la composante nucléaire, la frappe initiale, la suppression de défenses avancées et la pression stratégique sur un théâtre Indo-Pacifique immense. À ce niveau, le bombardier n’est pas une plateforme parmi d’autres. Il devient un pivot.
Il faut ajouter un point souvent sous-estimé. Le bombardier apporte de la portée et de la capacité d’emport là où le combat tactique consomme beaucoup de ravitaillement, de bases avancées et de vulnérabilités logistiques. Pour une planification tournée vers le Pacifique, cela compte énormément. Le budget 2026 ne dit pas que le bombardier remplace le chasseur. Il dit que, dans la hiérarchie des investissements, le bombardier retrouve une priorité qu’il n’avait plus occupée à ce niveau depuis longtemps.
Les drones de combat deviennent un axe budgétaire et non plus un pari théorique
Le deuxième virage majeur concerne les drones de combat. Le briefing officiel du Department of the Air Force indique que le budget 2026 fournit 4,3 milliards de dollars pour poursuivre le développement du F-47 et des Collaborative Combat Aircraft. Cette somme agrégée est essentielle. Elle montre que l’USAF considère désormais l’équipe formée par un chasseur de 6e génération et des drones collaboratifs comme un seul problème opérationnel, et non comme deux programmes séparés.
Ce point est capital pour comprendre la réduction relative du F-35. Le futur modèle américain ne repose plus seulement sur un avion habité haut de gamme produit en grand nombre. Il repose sur une combinaison : un nombre plus limité de plateformes pilotées très performantes, entourées de drones capables d’emporter des capteurs, de la guerre électronique, des missiles ou de prendre des risques que l’on n’accepte pas pour un avion habité. Reuters résumait bien cette orientation en juin 2025 : la demande budgétaire met davantage l’accent sur les missiles de haute technologie et les drones, tout en réduisant l’effort sur des plateformes plus classiques comme le F-35.
Il ne faut pas raconter d’histoires. Le mot d’ordre n’est pas « le drone remplace le chasseur ». Le mot d’ordre est plus subtil et plus dur : le drone permet d’obtenir de la masse tactique à un coût et à un rythme que le chasseur piloté ne permet plus. C’est ce que les Américains appellent affordable mass. Et c’est exactement ce que l’USAF cherche à construire face à un adversaire capable de saturer le théâtre par le nombre, la portée et la densité des défenses.

La ventilation des crédits montre des priorités très lisibles
Quand on regarde la ventilation, le tableau devient cohérent. D’un côté, le document budgétaire met en avant 7,0 milliards de dollars pour le F-35, 3,0 milliards pour le F-15EX Eagle II, et 3,6 milliards pour le F-47. De l’autre, il souligne 11,3 milliards pour le B-21, 4,3 milliards pour le développement du tandem F-47/CCA, 4,3 milliards aussi pour les munitions et armes de longue portée liées à la base industrielle, et 656 millions pour commencer la procurement de la Family of Affordable Mass Missiles. Ce n’est pas un budget dispersé. C’est un budget qui pousse simultanément la profondeur stratégique, la masse distribuée et les stocks de frappe.
La présence du F-15EX dans l’équation est également révélatrice. Le briefing précise qu’il sert à maintenir la chaîne industrielle et à préserver la base de défense. Les documents de procurement indiquent même une demande obligatoire de 2,409 milliards de dollars pour 21 F-15EX Lot 7 avec leurs besoins associés. Là encore, l’USAF ne choisit pas la pure élégance doctrinale. Elle choisit une combinaison de besoin opérationnel, de continuité industrielle et de calendrier réaliste.
Autrement dit, la ventilation des budgets raconte une histoire simple. Les États-Unis continuent d’acheter des chasseurs, mais ils refusent de miser l’essentiel du supplément budgétaire sur un seul modèle tactique. L’argent va d’abord vers ce qui augmente la portée, la survivabilité, la profondeur de frappe et la capacité à produire de la masse.
La priorité réelle est la Chine, pas le confort industriel du programme F-35
La meilleure façon de lire ce budget est géographique. L’USAF regarde d’abord le Pacifique. Le théâtre indo-pacifique impose des distances immenses, des bases vulnérables, des chaînes logistiques étirées et des défenses aériennes de plus en plus denses. Dans ce contexte, un budget dominé par l’achat supplémentaire de chasseurs tactiques ne répond plus à tous les besoins. Il faut des bombardiers furtifs, des missiles à longue portée, des drones collaboratifs et une architecture de combat plus distribuée. Le site budgétaire officiel du Department of the Air Force le dit d’ailleurs explicitement : le budget 2026 est façonné par la nécessité de suivre le rythme de la montée en puissance militaire chinoise.
C’est aussi la raison pour laquelle la RDT&E bondit aussi fortement. Les guerres futures ne se joueront pas seulement sur le nombre de cellules achetées cette année. Elles se joueront sur l’intégration de capteurs, l’autonomie de mission, les réseaux, les armes à longue portée, la résilience et la capacité à réapprovisionner vite. Le budget 2026 ne cherche pas à maximiser un inventaire immédiat de F-35. Il cherche à financer l’ossature d’un système de combat plus étendu.
Le F-35 reste indispensable, mais il n’est plus intouchable
Il serait faux de conclure que l’USAF tourne le dos au F-35A. Le programme reste au cœur de la flotte tactique américaine. Le briefing budgétaire insiste même sur la nécessité de sécuriser l’avantage technologique du F-35 avec le Block 4 et le TR-3. Mais le statut du programme a changé. Il n’est plus protégé par un réflexe d’achat automatique. Il est désormais en concurrence avec d’autres urgences, plus lourdes et parfois plus structurantes.
Cela en dit long sur l’état d’esprit américain. Le F-35 a longtemps été présenté comme la colonne vertébrale quasi universelle de la puissance aérienne occidentale. Le budget 2026 dit autre chose : un très bon chasseur ne suffit plus. Il faut aussi des bombardiers furtifs, des drones de combat, des missiles de masse, des chaînes industrielles robustes et des budgets de développement capables d’absorber la prochaine rupture technologique. Le F-35 reste une pièce maîtresse. Mais dans la hiérarchie de l’USAF, il est redevenu une pièce parmi d’autres, et non plus la réponse à tout.
Ce choix budgétaire peut encore évoluer au Congrès. Il peut être contesté, amendé, ou partiellement rééquilibré. Mais la direction prise est déjà lisible. Le centre de gravité se déplace. Moins de dépendance à une seule plateforme. Plus d’insistance sur la portée, la pénétration, la masse distribuée et la frappe en profondeur. C’est un arbitrage sévère pour le F-35. C’est surtout un révélateur brutal des guerres que Washington pense devoir préparer.
Sources
Department of the Air Force, FY26 President’s Budget Request, page de synthèse et ventilation générale des crédits.
Department of the Air Force, FY26 Budget Request Summary Brief, montants globaux, priorités, F-35, F-47, B-21, CCA, munitions.
U.S. Air Force, FY26 Air Force Aircraft Procurement Vol I, ligne F-35A : 24 appareils et 3,965 milliards de dollars.
U.S. Air Force, FY26 Air Force Aircraft Procurement Vol I, ligne B-21 Raider : 4,689 milliards de dollars en procurement total et 862 millions d’advance procurement.
U.S. Air Force, FY26 Air Force Aircraft Procurement Vol I, ligne F-15EX : financement obligatoire pour 21 appareils du Lot 7.
Reuters, 26 juin 2025, orientation générale du budget 2026 vers les drones et missiles avec baisse des F-35.
Reuters, 14 juillet 2025, livraisons F-35 et retards liés au TR-3.
Reuters, 20 juillet 2024, reprise des livraisons F-35 après les blocages liés au TR-3.
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